{"id":63769,"date":"2022-01-21T17:21:48","date_gmt":"2022-01-21T16:21:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=63769"},"modified":"2022-01-21T18:31:33","modified_gmt":"2022-01-21T17:31:33","slug":"autobiographie-n-8","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-n-8\/","title":{"rendered":"autobiographies #08 | la cuisine du Berry"},"content":{"rendered":"\n<p><br>C\u2019\u00e9tait le tablier noir \u00e0 points blancs ; la main rid\u00e9e pour \u00e9carter les cheveux gris du visage ; \u00e0 rajuster le peigne en nacre ; les gouttes de sueur au-dessus de la cuisini\u00e8re ; le tisonnier pointe gliss\u00e9e dans le creux du rond en fonte ; \u00e0 se br\u00fbler les doigt sur la tige tenue par un chiffon ; le visage rosi par les flammes ; le bas de la porte pouss\u00e9 d\u2019un coup par les sabots en bois aux bouts pointus ; le p\u00e8re Joseph dans sa vareuse bleue en coton assortie au pantalon ; courb\u00e9, \u00e0 la main le panier tress\u00e9 en osier rafistol\u00e9 par un fil de fer ; \u00e0 ras bord de b\u00fbches ; on \u00e9tait r\u00e9veill\u00e9 d\u00e8s l\u2019aube \u00e0 sentir l\u2019odeur des tranches du \u00ab pain de deux \u00bb grill\u00e9es sur la cuisini\u00e8re ; le robinet et son tuyau flexible au caoutchouc craquel\u00e9 ; \u00e0 le toucher une sensation bizarre ; monter sur la pointe des pieds pour se laver les mains ; la petite coupelle en \u00e9mail bleu ciel d\u00e9cor\u00e9e d\u2019une rose rouge accroch\u00e9e trop haut ; le savon noir \u00e0 l\u2019odeur acre ; la goutte persistante du robinet qui fuyait ; se faire gronder ; puis devant les grands bols blancs \u00e0 motifs fleuris ; assis sur les chaises paill\u00e9es ; \u00e0 entendre les glouglou de la cafeti\u00e8re \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la casserole du lait ; se lever pr\u00e9cipitamment d\u00e8s le clac-clac de l\u2019antimonte lait ; les pantoufles fourr\u00e9es glissent sur les tomettes cir\u00e9es ; ne t\u2019approche pas, j\u2019ai entendu ; le coup sonore du facteur frappant \u00e0 la vitre de la porte d\u2019entr\u00e9e ; sa sacoche en cuir au grand rabas sur son ventre ; le verre de vin rouge propos\u00e9 et englouti debout ; la grand-m\u00e8re s\u2019essuyant les mains sur son tablier ; et puis saisir l\u2019\u00e9tui gris sur le rebord du vaisselier encastr\u00e9 dans le mur ; pour mettre ses fines lunettes<br>cercl\u00e9es en aluminium ; le canif en m\u00e9tal sorti de la poche du pantalon, gliss\u00e9 avec soin entre l\u2019\u00e9tiquette bandeau avec l\u2019adresse et le journal \u00ab La Nouvelle R\u00e9publique \u00bb ; mouvement pr\u00e9cis des doigts ; la lame avance en diagonale ; grignotement de souris ; il pose le bandeau du quotidien sur un tas avec les autres ; les nouvelles du jour \u00e9tal\u00e9es sur la toile cir\u00e9e ; taches d\u2019encre laiss\u00e9es ; la porte en fonte bleue ouverte pour y enfourner le poulet ; avant pousser les torchons \u00e0 carreaux rouges s\u00e9chant sur la barre de cuivre ; tra\u00eener dans la cuisine envelopp\u00e9e par la chaleur; r\u00eaver dans les vapeurs de lessiveuse ; les bocaux en verre dansant une dr\u00f4le de gigue ; les vieux tissus ne suffisant pas \u00e0 les caler ; onze heures ; on \u00e9touffe ici ; ouvrir les vantaux vitr\u00e9s sup\u00e9rieurs de la porte ; caqu\u00e8tement d\u2019une poule dans la cour.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019atelier<br>Accol\u00e9 au pavillon ; verri\u00e8re sur trois c\u00f4t\u00e9s au dessus d\u2019un muret de un m\u00e8tre vingt de hauteur ; pour laisser entrer la lumi\u00e8re par les vitres verticales entre les montants en acier ; mastic cr\u00e8me se d\u00e9collant parfois ; \u00e0 cligner des yeux \u00e9blouies d\u00e8s le franchissement de la porte vitr\u00e9e ; les jappements de joie de l\u2019\u00e9pagneul aux oreilles tombantes ; cartables balanc\u00e9s au sol ; happ\u00e9es par l\u2019odeur de l\u2019encre et des gitanes ma\u00efs ; toujours aux l\u00e8vres des ouvriers salopettes bleues ; paquets entrouverts ; la silhouette noire de la gitane levant son tambourin danse sur l\u2019\u00e9tabli ; puis observer les doigts jaunis tenant d\u00e9licatement la fine pince ; fascin\u00e9es par les minuscules lettres class\u00e9es dans de petites cases ; les grands tiroirs d\u2019imprimerie \u00e0 moiti\u00e9 sortis ; \u00e0 penser aux p\u00e2tes alphabet de la soupe ; aux mots \u00e9crits dans la cuill\u00e8re ; l\u00e0 tout l\u2019alphabet en plusieurs dimensions ; se demander comment ils se retrouvaient dans les ribambelles de lettres ; jeu de patience pour nous \u00e0 deviner les mots agenc\u00e9s \u00e0 l\u2019envers ; \u00e0 imaginer le sens de la phrase ; pour eux dext\u00e9rit\u00e9 rapidit\u00e9 ; penser aux caract\u00e8res espace, noir devenant blanc sur la feuille ; les rayons du soleil \u00e0 travers la verri\u00e8re se refl\u00e9taient sur les loupes \u00e0 la poign\u00e9e en \u00e9b\u00e8ne ; et puis le prospectus, la page imprim\u00e9e premi\u00e8re \u00e9preuve ; intimid\u00e9es \u00e0 l\u2019instant crucial o\u00f9 le patron prenait entre ses doigts l\u2019\u00e9preuve, v\u00e9rifiait ; tout s\u2019arr\u00eatait ; joie ou col\u00e8re ; si c\u2019\u00e9tait \u00e0 recommencer des heures suppl\u00e9mentaires en perspective pour livrer \u00e0 temps ; si c\u2019\u00e9tait bon appuyer sur le bouton tchik tchik tchik des rotatives ; l\u2019 atelier envahi par l\u2019odeur de l\u2019encre ; on sortait par la porte qui donnait dans le sous-sol du pavillon ; elle, la femme du patron, derri\u00e8re son bureau r\u00e9digeait les factures \u00e0 envoyer aux clients ; vous pouvez monter les filles ; le quatre heure est pr\u00eat ; Teddy, le chien se faufilait entre nos jambes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le coucher<br>Se pencher \u00e0 la fen\u00eatre ; \u00e9tirer les bras ; pour fermer les persiennes grenat ; aper\u00e7ues \u00e0 travers les branches du saule les vitres embu\u00e9es du Tabac ; la carotte au-dessus de la bo\u00eete \u00e0 lettres jaune ; \u00e0 remarquer l\u2019homme au b\u00e9ret ; titubant sur le trottoir luisant ; sous la fen\u00eatre le radiateur en fonte ; le pschitt quand on le purgeait ; \u00e0 se br\u00fbler les doigts ; tirer les doubles rideaux en cretonne fleurie ; assortis aux dessus de lit ; l\u2019 anneau en bois qui coince ; bien plier le dessus de lit au bout ; avec la main lisser le tissu ; glouglou du robinet de la salle de bain attenante ; sifflement d\u2019un train au loin ; \u00e0 la va-vite le baiser d\u00e9pos\u00e9 sur les joues ; trop grande pour les histoires racont\u00e9es ; avant de sortir \u00e9teindre le lustre en ch\u00eane aux ampoules bougies ; noir ; la main cherche la poire conique de la lampe de chevet ; sur le mur des rais de lumi\u00e8re horizontaux ; dessins \u00e9tranges des fentes des persiennes ; imaginer la vie des poup\u00e9es de la vitrine ; la duchesse robe de velours bleu clair, perruque argent\u00e9e ; autour sa cour de provinciales ; Ni\u00e7oise au chapeau de paille ; Sablaise, haute coiffe en dentelle, sabots noirs \u00e0 talons ; penser \u00e0 la grand-m\u00e8re qui en rapportait \u00e0 toutes les vacances ; sans pouvoir s\u2019endormir ; avec l\u2019envie d\u2019aller faire pipi ; les pieds sur la descente de lit, le parquet ; froid du carrelage du couloir ; \u00e0 t\u00e2tons sans allumer ; \u00e0 jouer les espionnes derri\u00e8re le rideau de la salle \u00e0 manger ; hypnotis\u00e9e par les flashs noirs et blancs de la t\u00e9l\u00e9vision ; \u00e0 regretter que cela ne soit pas le soir de \u00ab La piste aux \u00e9toiles \u00bb ; tir\u00e9e par la chemise de nuit dans la chambre ; ma soeur ; viens de te coucher, je vais le dire aux parents ; se consoler avec le livre de la collection \u00ab Rouge et Or \u00bb ; juste pour s\u2019endormir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait le tablier noir \u00e0 points blancs ; la main rid\u00e9e pour \u00e9carter les cheveux gris du visage ; \u00e0 rajuster le peigne en nacre ; les gouttes de sueur au-dessus de la cuisini\u00e8re ; le tisonnier pointe gliss\u00e9e dans le creux du rond en fonte ; \u00e0 se br\u00fbler les doigt sur la tige tenue par un chiffon ; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-n-8\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #08 | la cuisine du Berry<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":448,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2949],"tags":[],"class_list":["post-63769","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-08"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/63769","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/448"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=63769"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/63769\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=63769"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=63769"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=63769"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}