{"id":64675,"date":"2022-01-31T17:48:33","date_gmt":"2022-01-31T16:48:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=64675"},"modified":"2022-01-31T19:08:52","modified_gmt":"2022-01-31T18:08:52","slug":"autobiographie-9","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-9\/","title":{"rendered":"autobiographies #09 |\u00a0oubli\u00e9s l\u00e0"},"content":{"rendered":"\n<p>Une vaste salle, amphith\u00e9\u00e2tre ; sur l\u2019estrade, un homme, col roul\u00e9 noir, petites lunettes ; devant lui des piles de papiers, chemises cartonn\u00e9es de couleurs ; des cris, des invectives, des questions de la part de jeunes gens, peu de jeunes-filles, assis ou debout dans les gradins ; au mur, \u00e0 cot\u00e9&nbsp; du tableau des affiches s\u00e9rigraphie rouge ou noire, certaines se chevauchant, on y voit un poing lev\u00e9 en haut \u00e0 droite, on lit AG demain 14 h rajout\u00e9 \u00e0 la main ; brouhaha, l\u2019homme derri\u00e8re son bureau enfourne nerveusement ses papiers dans un cartable. Le silence et&nbsp; la nuit. Deux rang\u00e9es de lits aux barreaux de fer, align\u00e9s sym\u00e9triquement, peinture verte \u00e9caill\u00e9e ; une rang\u00e9e sous&nbsp; des fen\u00eatres ouvertes en grand, des odeurs d\u2019oignons montent du rez-de-chauss\u00e9e, le claquement des sandalettes sur le carrelage glissant se m\u00eale au bruissement des feuilles dont certaines pouss\u00e9es par le vent tombent sur les lits aux draps blancs liss\u00e9s sur une couverture rugueuse marron ; une fillette assise sur un lit \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9fait peine \u00e0 enfiler par la t\u00eate une chemisette bleue assortie \u00e0&nbsp; un short en coton; l\u2019odeur de lessive contrebalance celle d\u2019eau de javel qui saisit d\u00e8s qu\u2019on ouvre la porte pour sortir du dortoir. Le silence et la nuit.&nbsp; Mont\u00e9e des marches moussues du perron ; la porte franchie, vacarme assourdissant entre les cris, les rires, la musique de <em>Yellow<\/em> <em>Submarine <\/em>des Beatles \u00e0 fond ; visages d\u00e9form\u00e9s par les effets stroboscopiques&nbsp; des&nbsp; lumi\u00e8res clignotantes, silhouettes en minijupe et cuissardes, chemisiers en coton vichy \u00e0 carreaux aux d\u00e9collet\u00e9s pigeonnants, filles cern\u00e9es par des gar\u00e7ons qui leur soufflent la fum\u00e9e dans le visage, mains possessives sur leur taille, tandis que d\u2019autres, un verre \u00e0 la main, sont affal\u00e9s sur le canap\u00e9 du salon, jambes pendantes, d\u00e9mesur\u00e9es dans leur pantalon pattes d\u2019\u00e9l\u00e9phant prolong\u00e9 par des chaussures en pointe que doivent enjamber les quelques danseurs qui s\u2019essaient au twist ou au rock and roll sur le parquet d\u00e9j\u00e0 collant. Le silence et la nuit . Les pieds s\u2019enfoncent ; douceur de la moquette \u00e9paisse ; hauts plafonds \u00e0 corniches de stuc ; porte int\u00e9rieure&nbsp; vitrail \u00e0 petits carreaux ouverte, \u00e0 droite une chemin\u00e9e \u00e0 dessus en marbre qui n\u2019est plus que d\u00e9corative. Au-dessus le grand miroir au cadre dor\u00e9 o\u00f9 se refl\u00e8tent des vases chinois semblables \u00e0 des jarres \u00e0 motifs d\u2019arbres tordus, de femmes en kimonos, mains sur le coeur serrant leur \u00e9ventail ; un tapis moelleux d\u2019inspiration chinoise aux grandes fleurs pulpeuses, corolles d\u00e9ploy\u00e9es sur fond vert c\u00e9ladon ; face \u00e0 la porte, une haute fen\u00eatre o\u00f9 peu de lumi\u00e8re p\u00e9n\u00e8tre car de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue s\u2019\u00e9l\u00e8ve un immeuble qu\u2019on aper\u00e7oit \u00e0 peine entre les feuilles en coeur l\u00e9g\u00e8rement dentel\u00e9es des g\u00e9raniums install\u00e9s sur le rebord de la baie ; sur un canap\u00e9 rouge, une femme dissimul\u00e9e par le quotidien <em>Le Monde <\/em>grand ouvert, chevelure soyeuse d\u2019un blond v\u00e9nitien et mules en soie orientales qui font penser \u00e0 des babouches. Le silence et la nuit. Gestes de la main pour \u00e9carter les toiles d\u2019araign\u00e9es qui s\u2019agrippent au visage ; \u00e0 droite sur un \u00e9tabli poussi\u00e9reux, un sabot en bois semble attendre qu\u2019on le finisse, il porte encore les traces ac\u00e9r\u00e9es des ciseaux \u00e0 bois align\u00e9s au dessus de l\u2019\u00e9tabli sur un panneau vermoulu, piqu\u00e9 par les vers ; on glisse sur des clous tomb\u00e9s sur le sol en gr\u00e8s brut qu\u2019on croirait celui d\u2019une caverne ; pile de journaux jaunis aux bords d\u00e9chiquet\u00e9s par les incisives des souris ; un brin de paille ressort par le milieu d\u2019un tabouret auquel il manque un barreau ; odeur fan\u00e9e de camomille en bouquet suspendu t\u00eate en bas \u00e0 une poutre et oubli\u00e9 l\u00e0, sous la poussi\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Catherine Guillerot-Renier le 31 janvier 2022<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une vaste salle, amphith\u00e9\u00e2tre ; sur l\u2019estrade, un homme, col roul\u00e9 noir, petites lunettes ; devant lui des piles de papiers, chemises cartonn\u00e9es de couleurs ; des cris, des invectives, des questions de la part de jeunes gens, peu de jeunes-filles, assis ou debout dans les gradins ; au mur, \u00e0 cot\u00e9&nbsp; du tableau des affiches s\u00e9rigraphie rouge ou noire, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-9\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #09 |\u00a0oubli\u00e9s l\u00e0<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":448,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,2963],"tags":[],"class_list":["post-64675","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-09"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64675","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/448"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64675"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64675\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64675"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64675"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64675"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}