{"id":64699,"date":"2022-03-07T06:00:00","date_gmt":"2022-03-07T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=64699"},"modified":"2022-05-27T18:56:28","modified_gmt":"2022-05-27T16:56:28","slug":"encor-ou-le-chantier-reve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/encor-ou-le-chantier-reve\/","title":{"rendered":"NOTES DE CHANTIERS"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>1. Cet \u00e9crit-l\u00e0&nbsp;est une esp\u00e8ce de masse en mouvement, un magma dormant, il couve, s\u2019ignore encore \u2013 c\u2019est \u00e0 voir. Il est une exp\u00e9rience, un laboratoire de <em>laisser-monter.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019en rien attendre, si ce n\u2019est une contraction de langue. N\u2019en rien attendre parce que ne rien attendre est une force, ce qui se pr\u00e9sente est forc\u00e9ment une&nbsp;<em>aubaine<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/aubaine\/1\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>2. On croit les chantiers solides et l\u2019on se trompe ; ils se fissurent au premier glissement de terrain venu. On les croit sages et \u00e0 l\u2019abri et l\u2019on se trompe, ils se chevauchent, se reproduisent entre eux\u00a0; parfois seulement ils g\u00e9n\u00e8rent de l\u2019inattendu. On croit les chantiers fragiles et l\u2019on se trompe ; ils rhizoment et r\u00e9apparaissent l\u00e0 et quand on ne les attend plus<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/aubaine\/1\">https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/aubaine\/1<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>3<\/em>.<strong> Langue de chantier<\/strong>. <em>Rhizomer<\/em>&nbsp;: rhizome, rhizomer&nbsp;; verbe sauvage&nbsp;; il pla\u00eet cependant&nbsp;; \u00e0 quand sa lexicalisation&nbsp;? un mot des sols, il revient souvent dans le chantier <em>De chair, de sols et de langages<\/em> ; mot utilis\u00e9 avec jubilation pour la premi\u00e8re fois il y a sept-huit ans par association avec <em>drageon, drageonner,<\/em> sur les traces de deux jardineurs de l\u2019Essonne&nbsp;; <em>rhizomer<\/em> n\u2019est pas une entorse, plut\u00f4t un pas de c\u00f4t\u00e9, comme tous les n\u00e9ologismes quand ils ouvrent \u00e0 la langue une porte l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y en avait pas. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Jardineur \/ jardineuse<\/em> : du mot jardin, jardineur, euse, le substantif est sauvage, bien davantage que chine, <em>chiner, chineur \/ chineuse<\/em> (de <em>china<\/em>, porcelaine) ; jardineur \/ euse : quiconque prend plaisir \u00e0 fouiller la terre pour l&rsquo;oxyg\u00e9ner, au m\u00eame titre que l&rsquo;on brasse la langue pour qu&rsquo;elle respire et s&rsquo;amplifie.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>4. Ici, le titre n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 ce qu&rsquo;il annonce : il est un chantier potentiel \u2013 le titre en chantier d\u2019un <em>ouvroir de chantiers potentiels <\/em>(voire celui d\u2019un potentiel chantier), titre en chantier, potentiellement d\u00e9finitif, potentiellement provisoire, c&rsquo;est sa libert\u00e9. Aucune obligation de r\u00e9sultats par ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous ce titre, il accueille sans distinction ce qui se veut d\u00e9finitif et l\u2019est rarement, ; ce qui aimerait l\u2019\u00eatre sans se trop faire d\u2019illusions ; ce qui, enfin, ne se veut surtout pas d\u00e9finitif&nbsp;; le mot qui vient est <em>\u00e9ph\u00e9m\u00e8re<\/em>, avec le souvenir des longues et fines ailes de ces insectes d&rsquo;un vert diaphane finissant par se griller contre la lampe \u00e0 p\u00e9trole au dessus de la table. Sa priorit\u00e9 : garantir les respirations, \u00e9couter les hoquets, les apn\u00e9es, observer les m\u00e9andres, comprendre les r\u00e9tractions, vaincre les crispations, les d\u00e9sirs d\u2019effacements, d\u2019abandons, d\u2019\u00e9croulements, de reconstructions et de restaurations. Rien de surprenant, donc, \u00e0 ce qu\u2019en cours de chantier le titre change ; il ne se cherche pas, il avance, il s&rsquo;adapte, s&rsquo;efface et rena\u00eet autrement, il se moule au gr\u00e9 de ce qui le transforme, il est le premier des chantiers qu&rsquo;il h\u00e9berge &#8212; <em>caminante, no hay camino, el camino se hace al andar<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><strong>[1]<\/strong><\/a><\/em>\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00e9sent chantier ne revendique rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un d\u00e9sir, une pulsion \u2013 pulsion, dont on croise les doigts pour que la long\u00e9vit\u00e9 (qui n\u2019est gu\u00e8re la vocation d\u2019une pulsion) permette d\u2019en voir <em>r\u00e9ception des travaux<\/em>, i.e. une esp\u00e8ce d&rsquo;espace l&rsquo;aboutissement, qui serait le jaillissement d&rsquo;autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce chantier r\u00eav\u00e9 <\/em>sera libre du choix de &nbsp;sa mati\u00e8re, de ses modes, de sa langue, de ses rythmes, de sa progression&nbsp;; son titre est une esp\u00e8ce de poussoir, de d\u00e9clencheur, voire de <em>d\u00e9clenchoir<\/em> \u2013 i.e. un d\u00e9clencheur \u00e0 d\u00e9clenchements. <em>Encor ou le chantier r\u00eav\u00e9<\/em> se veut germoir, observateur, voyeur, laboratoire de ce qu\u2019il est potentiellement mais ignore encore. Il ne s\u2019interdira rien, la chute n\u2019est que passage.<\/p>\n\n\n\n<p>5.<strong> Permis de construire en surface.<\/strong> Le long de la<em> vte<\/em> (abr\u00e9viation de <em>vieille route<\/em> sur les formulaires informatiques), on compte en ce moment une dizaine de chantiers. Chaque chantier va son rythme, avec toutefois un point commun : celui de leurs acteurs diff\u00e8re de celui du passant&nbsp;;&nbsp; le passant ne per\u00e7oit que la partie visible du chantier : le panneau de permis de construire par exemple, plant\u00e9 dans la terre gorg\u00e9e d\u2019eau ; le vent d&rsquo;autan n&rsquo;a pas souffl\u00e9 mais l&rsquo;automne a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement pluvieux&nbsp;;&nbsp;si l\u2019on se penche, sur ce panneau, on y trouve&nbsp;:&nbsp;le nom\/la raison sociale du b\u00e9n\u00e9ficiaire&nbsp;&nbsp; |&nbsp;&nbsp; &nbsp;le N\u00b0 du permis&nbsp; |  la date de d\u00e9livrance du permis&nbsp;&nbsp; |&nbsp;&nbsp; l\u2019adresse de la mairie o\u00f9 le dossier est consultable&nbsp;&nbsp; |&nbsp;&nbsp; &nbsp;la superficie du terrain&nbsp;&nbsp; |&nbsp;&nbsp; la surface de plancher autoris\u00e9e&nbsp;&nbsp; |&nbsp;&nbsp; la hauteur de la\/des constructions&nbsp;&nbsp; |&nbsp; la nature des travaux&nbsp;&nbsp; | le droit de recours. Les acteurs savent que le chantier a commenc\u00e9 bien avant leur ballet de va-et-vient.<\/p>\n\n\n\n<p>5. <strong>Liste non exhaustive de chantiers<\/strong> : on pense souvent aux <em>chantiers de construction<\/em> mais un chantier peut \u00eatre (liste non exhaustive) chantier de d\u00e9molition&nbsp;\/de fouilles\/arch\u00e9ologique\/de restauration \/ de r\u00e9novation\/ naval (ex.&nbsp;: chantier de la fr\u00e9gate Hermione-La Fayette \u00e0 l\u2019Arsenal de Rochefort visit\u00e9 en 19??, m\u00eame jour que la maison de Pierre Loti, une guide exceptionnel&nbsp;\/ chantier de r\u00e9cup\u00e9ration \/ chantier d\u2019\u00e9criture&nbsp;\/ d\u2019insertion\/chantier mobile \/nocturne&nbsp;\/ participatif ou solidaire (nettoyage de plages, lits de rivi\u00e8res)&nbsp;\/ d\u2019enfance (non&nbsp;<em>de jeunesse<\/em>) \/en cours, [inachev\u00e9\u2026] \/ interminable \/ permanent, perp\u00e9tuel \/ inachevable \/ en friches&nbsp;(voir celui de V.F. et B.) \/ en jach\u00e8re (ne pas prendre un chantier en jach\u00e8re pour un chantier en friches) \/&nbsp;au point mort \/ immense, grand, gros, gigantesque, colossal, titanesque, pharaonique\u2026 \/<em>has-been \/<\/em>avort\u00e9&nbsp;\/ en qu\u00eate d\u2019un architecte&nbsp;\/ en deuil de son architecte&nbsp;: on a vu plus d\u2019un chantier avoir raison de leur architecte, soit l\u2019ayant \u00e0 l\u2019usure, le tuant accidentellement, en \u00eatre la s\u00e9pulture&nbsp;\/ chantier d\u00e9licat, sensible \/ chantier p\u00e9rilleux, voire scabreux \/ entam\u00e9 d\u2019urgence \/ambitieux, audacieux \/ humble mais non sans pr\u00e9tention \/ ferm\u00e9 ou bien ouvert au public \/ pressant,&nbsp;oppressant \/ \u00e0 prendre avec des pincettes \/ explosif \/ invasif \/ lumineux \/ en voie d\u2019ach\u00e8vement \/<\/p>\n\n\n\n<p>Un chantier peut en cacher un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Un chantier peut \u00eatre humble <em>et<\/em> perp\u00e9tuel, donc toujours inachev\u00e9, voire inachevable, en attente du prochain architecte qui prendra la rel\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p>6<strong>. Affinit\u00e9 avec les chantiers<\/strong> : texte \u00e9crit lu, relu, amplifi\u00e9 en passant par <em># Transversales 1<\/em>. Je le retire et le verse dans le projet en cours <em>De <\/em>chair, de sols et de langages <\/p>\n\n\n\n<p>7<strong>. Chantier d&rsquo;\u00e9criture<\/strong>. Un chantier d&rsquo;\u00e9criture est une gestation, un cheval d\u2019orgueil que la langue chevauche dans l\u2019espoir de le dompter un jour&nbsp;; on le voudrait secret quand il cr\u00e8ve les yeux et la peau et qu&rsquo;il consume le dedans ; on le voudrait rien qu\u2019\u00e0 soi et s\u2019en d\u00e9faire \u00e0 la fois ; on voudrait en finir, qu\u2019il aboutisse et pourtant rien y fait ; il est l\u00e0 et vous tient et ne vous l\u00e2chera pas, il ne vous l\u00e2chera plus, laissant entendre qu\u2019il ne tient plus qu\u2019\u00e0 vous d&rsquo;en voir enfin la fin ; vous comprenez comme il vous a men\u00e9, vous comprenez  que vous pourriez bien en crever de ce chantier-l\u00e0 que \u00e7a ne changerait rien \u00e0 rien, que la Terre continuerait de tourner sans vous, tourner sans lui, qu&rsquo;il s&rsquo;endormirait bien et qu&rsquo;on n&rsquo;en parlerait plus, la Terre est grosse de tant et tant d&rsquo;autres chantiers ; celui-ci est le v\u00f4tre cependant, c&rsquo;est en vous qu&rsquo;il a creus\u00e9 et, m\u00eame si son histoire ne tient pas \u00e0 vous, il vous faut  l&rsquo;assumer ce chantier, l&rsquo;endosser, le porter jusqu&rsquo;au bout pour que tous les autres \u00e0 na\u00eetre puissent aussi voir le jour. Vous comprenez surtout que vous ne voulez pas en crever de vos errances dans sa cacophonie, vous comprenez qu&rsquo;il vous faut l&rsquo;orchestrer \u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>8. <strong>Chantier de fond<\/strong>. Il y a ce chantier derri\u00e8re moi &#8211; derri\u00e8re moi et palpable au moment o\u00f9 j&rsquo;\u00e9cris dans la pi\u00e8ce. L&rsquo;\u00e9paisseur en est moindre, la surface aussi mais il a de la pr\u00e9sence.  Voil\u00e0 quasiment huit ans que je travaille dessus, un break impos\u00e9 et une reprise toute autre qu&rsquo;imagin\u00e9e en ont voulu ainsi, je m&rsquo;y tiens, c&rsquo;est ma fa\u00e7on de tenir contre l&rsquo;adversit\u00e9.  A l&rsquo;origine, l&rsquo;objectif \u00e9tait simple, rendre, \u00e0 plat sur une toile, le l\u00e9ger d\u00e9hanchement de deux arbres allant bras dessus, bras dessous, sur un plateau queyrassin ; la toile est un coton ordinaire, clout\u00e9 sur un ch\u00e2ssis de 120 cm x 80 cm ; le format \u00e9tait tout \u00e0 fait adapt\u00e9 au sujet ; juste qu&rsquo;un sujet pareil se peint debout et qu&rsquo;il est malais\u00e9 aujourd&rsquo;hui, de peindre, assise, une toile de cette dimension-l\u00e0 ; trouver les solutions ne me fait pas peur, ma pratique de la peinture est loin d&rsquo;\u00eatre acad\u00e9mique. Il y a surtout qu&rsquo;avec cette toile-l\u00e0 tout est partie en vrille d\u00e8s le d\u00e9part &#8211; allez savoir si le d\u00e9hanchement n&rsquo;y est pas pour quelque chose ! &#8211;  je les avais pourtant vus de mes yeux vus ces deux bouleaux-l\u00e0 &#8211; l&rsquo;homonymie fait sourire, m\u00eame si je peins pour oublier les mots, c&rsquo;\u00e9tait leur contorsion amoureuse qui m&rsquo;avait attir\u00e9e. Ils sont rapidement pass\u00e9s par toutes couleurs, sans d\u00e9roger cependant au l\u00e9ger d\u00e9hanchement ni au <em>bras dessus bras dessous<\/em>. La contorsion sensuelle na\u00eet tout au pied de leurs troncs r\u00e9unis,  se prolonge jusqu&rsquo;\u00e0 mi-hauteur pour se mouvoir en une d\u00e9routante tendresse. Chantier pirat\u00e9. il est  un champ d&rsquo; investigation, d&rsquo;une qu\u00eate dont il ignoren encore comme il en sortira. Sur la toile, ce sont les troncs qui ont men\u00e9 la danse avec les voiles de leur \u00e9corce.<\/p>\n\n\n\n<p>V.\/ J3 : d\u00e9placements des rep\u00e8res, le jour, la nuit, les toits, la lumi\u00e8re, la mer, la langue ; <em>la langue<\/em>, surtout, cette langue autre et cependant fid\u00e8le \u00e0 la mission d&rsquo;une langue, coder nos dedans pour les rapprocher et d\u00e9passer la chair ; la langue d&rsquo;accueil couvre l&rsquo;autre (plus ou moins vite, c&rsquo;est toujours une question de pratique) ; souvenir du tout premier road trip, ici m\u00eame en Espagne ; d\u00e9cision impromptue \u00e0 Pamplona, descendre, dans une R10 bien conserv\u00e9e pour son \u00e2ge, jusqu&rsquo;\u00e0 la pointe au nom inconnu \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque,<em> Punta deTarifa<\/em>, pas un seul surfer, v\u00e9liplanchiste ni kitesurfeurs \u00e0 l&rsquo;horizon, c&rsquo;\u00e9tait en 1974. Dans le chaos de la guerre, quelle langue, quels rep\u00e8res pour l&rsquo;HDP ? ceux du Veneto ? de Paris ? Sa d\u00e9cision, la <em>sienne<\/em>, comment l&rsquo;aura-t-il prise ? enthousiaste ? consentant ? embrigad\u00e9 ? convaincu ?  L&rsquo;aura-t-il seulement parl\u00e9e la langue de ceux pour lesquels il est venu se battre ?  <\/p>\n\n\n\n<p>9.  Le bloc <em>Bobines de bobines<\/em> (publi\u00e9 en partie seulement) sur L&rsquo;atelier d&rsquo;E.C. # Objets, est l&rsquo;exact pendant d&rsquo;un autre, sans titre encore, d&rsquo;un p\u00e9riple inachev\u00e9, long cependant, \u00e0 travers une for\u00eat de photographies anciennes <em>; Bobines de bobines<\/em> est de m\u00eame nature, il s&rsquo;agit d&rsquo;un p\u00e9riple identique, \u00e0 travers, cette fois, 12h de films super 8 ; il sera vers\u00e9 int\u00e9gralement au compte du chantier<em> De chair, de sols et de langages\/HDP<\/em>. Version PHOTOS, version SUPER 8, \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame langue, la m\u00eame musique ; cependant, verser le Bloc PHOTOS ne s&rsquo;impose pas avec la m\u00eame \u00e9vidence &#8211; pourquoi ?<\/p>\n\n\n\n<p>10. <strong>Tenue de chantier \/ La masse ambulante.<\/strong> Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;antichambre au chantier. Entre lui et nous, c&rsquo;est sans transition,  pourtant il y a cette question de la <em>tenue de chantier<\/em>, d&rsquo;une tenue de chantier &#8211; presqu&rsquo;envie de l&rsquo;orthographier avec des traits d&rsquo;union ce syntagme tant il fait bloc \u00e0 l&rsquo;oreille et dans la t\u00eate &#8211; o\u00f9 commence-t-elle, o\u00f9 s&rsquo;arr\u00eate-t-elle, la<em> tenue de chantier<\/em> ? \u00e0 quel moment se glisse-t-on dans la tenue de chantier ? et puis, la quitte-t-on vraiment &#8211; point d&rsquo;interrogation z\u00e9ro, la question n&rsquo;est pas une question, elle est une r\u00e9flexion en chantier &#8211; souvenir par exemple, sur la VTE en pleine chaleur, plein soleil, d\u00e9but septembre 19 , souvenir de cette silhouette aper\u00e7ue pour la premi\u00e8re fois &#8211; pas<em> silhouette<\/em>, <em>masse ambulante<\/em> plut\u00f4t &#8211; souvenir d&rsquo;elle en pleine chaleur, plein soleil vers quatre heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi &#8211;<em> sur l&rsquo;asphalte de la VTE en plein cagnard vers quatre heures<\/em>, ca veut dire qu&rsquo;il faisait autour de 35 ; je n&rsquo;imagine pas que cette masse n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 celle d&rsquo;un homme, elle s&rsquo;est impos\u00e9e asexu\u00e9e cependant ; c&rsquo;\u00e9tait encore au moment o\u00f9 il n&rsquo;y avait <em>aucun<\/em> chantier le long de la VTE, <em>aucun<\/em>, m\u00eame pas un terrain en vente, m\u00eame pas une pancarte de permis de construire, aucun verger non plus ; la VTE arrivait de nulle part &#8211; nulle part <em>pour moi<\/em> &#8211; elle d\u00e9bouche sur la d\u00e9partementale, un kilom\u00e8tre et demi plus loin, c&rsquo;est dans ce sens-l\u00e0 que je la per\u00e7ois, de nulle part vers quelque part  &#8211; il y aurait sans doute beaucoup \u00e0 dire sur ce sens qui s&rsquo;impose, un sens inverse \u00e0 celui que j&rsquo;aimerais qu&rsquo;il soit mais c&rsquo;est ainsi, et puis, aujourd&rsquo;hui, partir vers <em>nulle part<\/em> serait, pour le coup, un total non-sens, je dois faire efficace avec ce corps nouveau&#8230; et puis, c&rsquo;est de cette masse ambulante que je veux parler, d&rsquo;elle et de <em>tenue de chantier<\/em>, de la tenue de chantier de cette masse ambulante en marche le long de la VTE ; elle ressemblait aux tenues d&#8217;employ\u00e9s de la voierie, plut\u00f4t celle des ouvriers sur les autoroutes, une tenue mi grise, mi jaune r\u00e9fl\u00e9chissant ; de la t\u00eate au pied, pas une seule partie du corps n&rsquo;\u00e9tait visible, on aurait dit un scaphandre, une carapace, une cuirasse en couleur, mais la couleur a peu compt\u00e9 ce jour-l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait la monstruosit\u00e9 dans l&rsquo;air plut\u00f4t, cette chaleur que je ressentais moi-m\u00eame, \u00e9tant \u00e0 l&rsquo;ombre pourtant, monstruosit\u00e9 de ce corps sans corps et cependant vivant, monstruosit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9paisseur, de la lourdeur de cette carapace, de l&rsquo;effort \u00e0 fournir pour avancer sur l&rsquo;asphalte en plein chaleur, plein soleil ; depuis o\u00f9, depuis quand la masse avan\u00e7ait-elle, d&rsquo;o\u00f9 \u00e9tait-elle partie et jusqu&rsquo;o\u00f9 irait-elle ; monstruosit\u00e9 qu&rsquo;il puisse y avoir une raison de marcher ou de faire marcher quelqu&rsquo;un avec une cuirasse pareille sur le dos, par un pareil cagnard &#8211; d&rsquo;ailleurs, je n&rsquo;y ai pas cru que la masse n&rsquo;avait pas eu le choix d&rsquo;\u00eatre ainsi harnach\u00e9e j&rsquo;ai pens\u00e9 que le corps \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur se l&rsquo;\u00e9tait impos\u00e9 cette marche harnach\u00e9e, qu&rsquo;il s&rsquo;agissait peut-\u00eatre d&rsquo;une pr\u00e9paration \u00e0 un trek en milieu extr\u00eame &#8211; ce qui n&rsquo;\u00f4tait rien \u00e0 la monstruosit\u00e9 de la chose, il n&rsquo;y a que ceux qui connaissent la griserie procur\u00e9e par la d\u00e9charge d&rsquo;endorphines au bout d&rsquo;un certain temps d&rsquo;effort pour aimer l&rsquo;effort et ne pas le percevoir comme une \u00e9preuve &#8211; m\u00eame le boitement prononc\u00e9 de la masse ambulante ne m&rsquo;a pas interpell\u00e9e, j&rsquo;ai continu\u00e9 \u00e0 penser qu&rsquo;elle \u00e9tait l\u00e0 parce qu&rsquo;elle l&rsquo;avait d\u00e9sir\u00e9, ce qui contribuait aussi \u00e0 la monstruosit\u00e9 ressentie ; pas un instant je n&rsquo;ai pens\u00e9 que ce harnachement pouvait \u00eatre une <em>tenue de chantier<\/em>, il a m\u00eame fallu que je m&rsquo;habitue \u00e0 la voir passer devant chez moi sensiblement \u00e0 la m\u00eame heure, chaque jour, pour que je finisse par me dire qu&rsquo;il ne pouvait s&rsquo;agir d&rsquo;un entra\u00eenement sportif, d&rsquo;une pr\u00e9paration \u00e0 la chaleur d&rsquo;un milieu extr\u00eame (le quotidien ne peut-il pas \u00eatre aussi un milieu extr\u00eame &#8211; point d&rsquo;interrogation z\u00e9ro) ; il y avait juste ce l\u00e9ger soulagement de penser qu&rsquo;au moins la masse allait <em>quelque part <\/em>puisqu&rsquo;elle se dirigeait vers le c\u00f4t\u00e9 habit\u00e9 de la VTE, avant la d\u00e9partementale&#8230; souvenir de cette proposition de Vincent Tholom\u00e9 &#8211; on s&rsquo;assied devant chez soi et l&rsquo;on regarde passer ce qui passe &#8211; d\u00e9j\u00e0, je connaissais la masse ambulante, je veux dire que je la voyais passer m\u00eame si c&rsquo;\u00e9tait le d\u00e9but de l&rsquo;hiver ; elle s&rsquo;\u00e9tait impos\u00e9e \u00e0 ce moment-l\u00e0 d\u00e9j\u00e0, m\u00eame si je n&rsquo;ai rien \u00e9crit ; il me semblait qu&rsquo;il n&rsquo;y avait qu&rsquo;elle que j&rsquo;aurais pu raconter&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>11. Poursuivre \/reprendre TENUE DE CHANTIER pour de bon, me suis laiss\u00e9e prendre par la masse ambulante et sa tenue de chantier <\/p>\n\n\n\n<p>12. 06\/04\/2022.1.Ce qui s&rsquo;\u00e9crit l\u00e0 n&rsquo;est pas simplement un ensemble de notes ; je comprends qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un Journal, un journal de chantiers, de plusieurs chantiers ; n&rsquo;en formant qu&rsquo;un, colossal autant que peu l&rsquo;\u00eatre l&rsquo;entreprise de construction d&rsquo;un lotissement &#8211; pas si colossale que \u00e7a l&rsquo;entreprise de construction d&rsquo;un lotissement pour des promoteurs, cabinet d&rsquo;architectes et artisans ; ils savent qu&rsquo;ils consacrent leur vie professionnelle \u00e0 \u00e7a, qu&rsquo;ils en vivront, qu&rsquo;ils vivront d&rsquo;une suite de chantiers qu&rsquo;ils esp\u00e8rent ininterrompue.  Accumulation de mati\u00e8re et de mat\u00e9riau, de pratique, des petits chantiers qui n&rsquo;ont rien rapport\u00e9 mais qui ont install\u00e9 la pratique, qui ont <em>d\u00e9grossi<\/em> comme on dit. Entrer en chantier pour le besoin de b\u00e2tir. De b\u00e2tir proprement. B\u00e2tir utile. B\u00e2tir dans le respect d&rsquo;un cahier des charges int\u00e9rieur (possiblement \u00e9volutif l\u00e0 encore libert\u00e9 sine qua non). B\u00e2tir esth\u00e9tique, un besoin visc\u00e9ral (longtemps cru que la trace de l&rsquo;HDP \u00e9tait l\u00e0, ne saurai jamais si je me suis tromp\u00e9e ou pas mais j&rsquo;aime \u00e0 croire que non).B\u00e2tir et r\u00e9ceptionner les travaux <\/p>\n\n\n\n<p>13. int\u00e9ressant, ce mot de <em>blog<\/em>, son origine, l&rsquo;obsession qu&rsquo;il fait na\u00eetre \u00e0 force de l&rsquo;entendre. <em>Blog<\/em>, consonnance anglaise &#8211; famili\u00e8re. Si famili\u00e8re que l&rsquo;on en perd cependant de vue l&rsquo;essentiel, ce qu&rsquo;il est, signifie, d&rsquo;o\u00f9 il vient. Terminer\/Ins\u00e9rer \u00e9crit court <em>Blog, blog, blog<\/em> 350 mots (25\/03\/2022), J&rsquo;y reprends le mot, le d\u00e9construis &#8211; un peu comme le premier ouvert, parti \u00e0 vau l&rsquo;eau dans les oubliettes de la grande blogosph\u00e8re <\/p>\n\n\n\n<p><strong>8.  Engins du BTP et autres chantiers \/ liste <\/strong>non exhaustive\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>la grue, la b\u00e9tonni\u00e8re, le bulldozer, la d\u00e9capeuse, la niveleuse, le tombereau, le camion benne, l\u2019excavatrice, la pelleteuse, le camion citerne \u00e0 bitume, le tractopelle, le camion toupie, le malaxeur, le rouleau compresseur, la souffleuse \u00e0 neige, la drague, le bateau drague, le chargeur frontal, camion \u00e0 benne basculante, la pelle brise roche, le camion r\u00e9pandeur\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Ces engins pourraient aussi se pr\u00eater \u00e0 un chantier d\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Cet \u00e9crit-l\u00e0&nbsp;est une esp\u00e8ce de masse en mouvement, un magma dormant, il couve, s\u2019ignore encore \u2013 c\u2019est \u00e0 voir. Il est une exp\u00e9rience, un laboratoire de laisser-monter. N\u2019en rien attendre, si ce n\u2019est une contraction de langue. N\u2019en rien attendre parce que ne rien attendre est une force, ce qui se pr\u00e9sente est forc\u00e9ment une&nbsp;aubaine. 2. On croit les <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/encor-ou-le-chantier-reve\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">NOTES DE CHANTIERS<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":389,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3035],"tags":[],"class_list":["post-64699","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64699","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/389"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=64699"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/64699\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=64699"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=64699"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=64699"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}