{"id":64999,"date":"2022-02-03T09:39:27","date_gmt":"2022-02-03T08:39:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=64999"},"modified":"2022-02-03T09:55:04","modified_gmt":"2022-02-03T08:55:04","slug":"le-mepris-est-un-plat-qui-se-mange-froid-ecrire-film-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-mepris-est-un-plat-qui-se-mange-froid-ecrire-film-2\/","title":{"rendered":"vers un \u00e9crire\/film #02 | le m\u00e9pris est un plat qui se mange froid"},"content":{"rendered":"\n<p>Aux pieds de l\u2019immense trap\u00e8ze de pierres ocres, un homme en complet cr\u00e8me, borsalino noir, chaussures noires. Il est petit, \u00e9cras\u00e9 par les marches monumentales et la lumi\u00e8re crue, la lumi\u00e8re coupante, la lumi\u00e8re cruelle du soleil. En arri\u00e8re-plan des pins parasols, des cypr\u00e8s, l\u2019\u00e9meraude profond de la mer tyrrh\u00e9nienne. L\u2019homme au borsalino monte quelques marches, lentement, il regarde autour de lui. Y a t-il quelqu\u2019un, quelque chose \u00e0 voir. Il crie son nom. Camille. Il continue \u00e0 grimper les marches, vite, plus vite, arrive au sommet de la pyramide rouge, avance sur le toit terrasse de la villa Malaparte agripp\u00e9e sur la falaise comme un courageux paquebot \u00e0 l\u2019assaut des vagues, du temps, de la mort, de l\u2019immensit\u00e9 du ciel. Il est seul dans ce paysage de carte postale, seul comme l\u2019est celui qui ne se sait plus aim\u00e9. Il contourne le mur, s\u2019arr\u00eate. Elle est l\u00e0, allong\u00e9e sur la terrasse de pierres chaudes, elle prend un bain de soleil, elle est nue, son front appuy\u00e9 sur ses avant-bras repli\u00e9s. Un polar de la S\u00e9rie Noire pos\u00e9 en \u00e9quilibre sur la rondeur de ses fesses. Le mur \u00e9caill\u00e9, l\u00e9preux, sale, derri\u00e8re lequel elle est venue se r\u00e9fugier chuchote le lent d\u00e9litement de leur amour. Il dit encore son nom. Camille. Elle ne bouge pas. Elle n\u2019entend pas. Elle ne voit pas. Elle ne veut pas. Au loin la mer, le ciel bleu, les pins parasols, les cypr\u00e8s, les rochers si photog\u00e9niques de la baie de Capri. Il est debout l\u00e0 devant elle, les yeux braqu\u00e9s , les bras ballants, la t\u00eate basse, il ne sait quoi faire face \u00e0 ce mur de silence glac\u00e9, d\u2019immobilit\u00e9 sourde, d\u2019 hostilit\u00e9 muette. Il pose des questions, encore des questions, parle tout seul. Elle l\u00e8ve enfin la t\u00eate, le fixe \u00e0 travers ses lunettes de soleil, secoue ses cheveux blonds de Gorgone immortelle et repose la t\u00eate sur ses avant-bras. Il vient s\u2019assoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, enserre ses genoux de ses longs bras d\u2019homme malheureux, la regarde de c\u00f4t\u00e9, regard en biais, regard perdu, perplexe, g\u00ean\u00e9, p\u00e9trifi\u00e9 sous le borsalino noir. Il saisit le polar, Frappez sans entrer de John Godey, fais semblant de lire. Impossible dialogue, un mur glacial s\u2019est \u00e9lev\u00e9 entre eux sous la chaleur m\u00e9tallique de la baie de Capri.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Catherine Marchi&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aux pieds de l\u2019immense trap\u00e8ze de pierres ocres, un homme en complet cr\u00e8me, borsalino noir, chaussures noires. Il est petit, \u00e9cras\u00e9 par les marches monumentales et la lumi\u00e8re crue, la lumi\u00e8re coupante, la lumi\u00e8re cruelle du soleil. En arri\u00e8re-plan des pins parasols, des cypr\u00e8s, l\u2019\u00e9meraude profond de la mer tyrrh\u00e9nienne. 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