{"id":66785,"date":"2022-02-21T16:42:11","date_gmt":"2022-02-21T15:42:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=66785"},"modified":"2022-02-24T07:39:28","modified_gmt":"2022-02-24T06:39:28","slug":"tranversales-3-une-arrivee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/tranversales-3-une-arrivee\/","title":{"rendered":"tranversales #3-une arriv\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p>Quelques notes de piano. C&rsquo;est ce qu&rsquo;elle entendait en se reveillant le matin dans le nouvel appartement. Cela s&rsquo;\u00e9tait produit mercredi, mais aussi vendredi et aujourd&rsquo;hui, elle avait droit \u00e0 un v\u00e9ritable concert. Elle aimait bien l&rsquo;id\u00e9e de vivre au-dessus d&rsquo;un artiste, mais elle ne savait pas si cela serait du go\u00fbt de son mari. Depuis l&#8217;emm\u00e9nagement \u00e0 Amsterdam et le nouveau poste de direction \u00e0 la banque, un rien l&rsquo;aga\u00e7ait. <\/p>\n\n\n\n<p>Les responsabilit\u00e9s. Il en avait tellement et puis toutes ces nouvelles donn\u00e9es \u00e0 ingurgiter, les employ\u00e9s \u00e0 conna\u00eetre, les rapports \u00e0 remettre \u00e0 son N+1. Il fallait faire ses preuves et rapidement, histoire de justifier le salaire honteux qu&rsquo;il avait r\u00e9ussi \u00e0 leur extorquer. Alors qu&rsquo;elle, elle avait la chance de prendre son temps, d&rsquo;installer la famille, de faire de son mieux pour que tout le monde trouve ses rep\u00e8res. Elle avait quitt\u00e9 son emploi. Apr\u00e8s huit ans de comptabilit\u00e9 dans le m\u00eame bureau d&rsquo;assurance, elle en avait assez. Et puis marre de la France, aussi. Maintenant, elle fl\u00e2nait jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure d&rsquo;aller chercher Camille \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Quelle chance de recommencer ailleurs! C&rsquo;est s\u00fbr, ils allaient faire leur trou et \u00eatre heureux ici. <\/p>\n\n\n\n<p>Ils avaient lou\u00e9 un meubl\u00e9 du quartier sud. La propri\u00e9taire vivait au rez-de-chauss\u00e9 de l&rsquo;immeuble. C&rsquo;est elle qui leur avait remis les cl\u00e9s le jour o\u00f9 ils avaient sign\u00e9 le bail de location. Une femme \u00e2g\u00e9e d\u00e9j\u00e0, mais  tonique, Lena, avait-elle simplement dit en avan\u00e7ant sa main. Cheveux blancs, visage stri\u00e9 de rides, le tein l\u00e9g\u00e8rement h\u00e2l\u00e9, une longue veste de laine blanche la recouvrait des \u00e9paules aux hanches. Marie la d\u00e9taillait en montant les escaliers derri\u00e8re elle, l&rsquo;anc\u00eatre \u00e9tait loin de la tombe s&rsquo;\u00e9tait- elle \u00e9tonn\u00e9e en soufflant. Aucun mot au sujet des autres locataires, Lena n&rsquo;\u00e9tait pas loquace. Au manteau sombre suspendu \u00e0 la pat\u00e8re devant la porte du premier \u00e9tage, elle pensait qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un homme. Elle savait maintenant qu&rsquo;il \u00e9tait musicien. <\/p>\n\n\n\n<p>Marie et sa famille occuperait le deuxi\u00e8me \u00e9tage. Un appartement lumineux, r\u00e9cemment refait \u00e0 neuf avait dit Lena qui parlait fran\u00e7ais avec un accent rocailleux. A part le coin cuisine carrel\u00e9 de blanc et noir, le reste de l&rsquo;appartement jouissait d&rsquo;un beau parquet clair. Les portes-fen\u00eatres donnant sur un petit balcon int\u00e9rieur laissaient entrer un flot de lumi\u00e8re dans le salon. C&rsquo;est \u00e7a qui lui avait plu dans cet appartement aux murs blancs. En face, on donnait sur la rue, une rue calme assurait Lena et aux briques rouges. <\/p>\n\n\n\n<p>Lena semblait proche du locataire du premier \u00e9tage. Marie l&rsquo;avait vue sortir de chez lui plusieurs fois. Mais le vieille femme n&rsquo;avait m\u00eame pas sourit au salut amical de Marie. Elle avait simplement ignor\u00e9 sa pr\u00e9sence, lui avait tourn\u00e9 le dos, avant de descendre prudemment les escaliers, une main tremblante reposant sur la rambarde. Marie ne lui en avait pas tenu rigueur, la vieille femme devait \u00eatre sourde, peut-\u00eatre m\u00eame qu&rsquo;elle entendait mal. A savoir comment elle serait, elle, \u00e0 son \u00e2ge. <\/p>\n\n\n\n<p>Le piano avait repris. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"EMAHOY TSEGU\u00c9-MARYAM GU\u00c8BROU \/\/ The Homeless Wanderer\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Ob7FOHxTDAU\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Marie entre-ouvrit la fen\u00eatre du balcon, un timide rayon de soleil du d\u00e9but d&rsquo;apres-midi s&rsquo;immi\u00e7a dans l&rsquo;ouverture. Elle s&rsquo;installa sur le canap\u00e9, les deux bras entourant ses genoux, la t\u00eate renvers\u00e9e sur les coussins. Elle ferma les yeux et dans un \u00e9tat de b\u00e9atitude, se laissa absorber par la symphonie. Les touches du piano \u00e9tait effleur\u00e9es avec lenteur, m\u00e9lancolie presque. Le ciel s&rsquo;\u00e9tait soudain obscur\u00e7it, de gros nuages gris s&rsquo;\u00e9taient accumul\u00e9s et bloquaient les rayons. Les doigts s&rsquo;agitaient, ils dansaient, ils pleuvaient sur le clavier, les touches pleuraient, poussant de petit cris alors que l&rsquo;eau s&rsquo;infiltrait par la fen\u00eatre ouverte. D&rsquo;abord des gouttes sautillantes, puis une flaque ovale qui avan\u00e7ait sur le bois, se pr\u00e9cipitait devenant vague, \u00e9cumante et baveuse. A l&rsquo;\u00e9tage, on avait ouvert les robinets, on emplissait une baignoire, l&rsquo;eau s&rsquo;\u00e9coulait, imp\u00e9tueuse, belliqueuse, arm\u00e9e d&rsquo;une volont\u00e9 de conqu\u00eate. Marie s&rsquo;\u00e9veilla en sursaut, claqua la porte-fen\u00eatre et enfila son imperm\u00e9able en d\u00e9valant les escaliers recouverts d&rsquo;une moquette grise.   <\/p>\n\n\n\n<p>Alors que Marie bravait les \u00e9l\u00e9ments pour aller chercher Camille \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, alors qu&rsquo;elle luttait contre les rafales qui secouaient son v\u00e9lo, appuyant courageusement sur les p\u00e9dales, alors que ses v\u00eatements se recouvraient d&rsquo;eau, ses mains glac\u00e9es se trempaient et qu&rsquo;une m\u00e8che de cheveux lui obstruait la vue, Paul sortait d&rsquo;une r\u00e9union en soufflant, retrouvant la qui\u00e9tude de son bureau, il s&rsquo;enfon\u00e7a dans un fauteuil profond et enclencha la bouilloire \u00e9lectrique; son ronron famillier le calma des intemp\u00e9ries, le parfum familier du cuir souple lui offrit la d\u00e9tente dont il avait besoin pour penser. Penser \u00e0 ce qu&rsquo;allait \u00eatre son prochain mouvement, qui allait \u00eatre son alli\u00e9 et de qui fallait-il se d\u00e9barrasser au plus vite. On ne renvoie pas les incomp\u00e9tents, on se d\u00e9barrasse de ceux qui peuvent vous faire de l&rsquo;ombre, la devise de son mentor r\u00e9sonnait comme jamais cette apr\u00e8s-midi pluvieuse.    <\/p>\n\n\n\n<p>Au m\u00eame moment, deux hommes entraient arm\u00e9s dans le magasin Apple de Leidsplein, l&rsquo;un avait braqu\u00e9 un employ\u00e9 en lui ordonnant d&rsquo;ouvrir les r\u00e9serves. Il \u00e9tait v\u00eatu de v\u00eatements \u00e0 motifs treillis, portait une casquette militaire sur la t\u00eate, il remplissait un sac de toile grossi\u00e8re. Son complice lui tournant le dos, mena\u00e7ait de son arme les visiteurs \u00e9berlu\u00e9s. En quelques secondes, le ciel s&rsquo;obscur\u00e7it, laissant poindre un d\u00e9but de cr\u00e9puscule. Le vent se leva, donnant le signal de d\u00e9part aux malfaiteurs, \u00e0 grand cris, ils firent reculer quelques visiteurs inattentifs qui emp\u00eachaient leur passage. C&rsquo;\u00e9tait presque fini, en quelques pas, ils seraient dehors, leur magot dans les bras, une course folle jusqu&rsquo;au v\u00e9hicule qui les attendait quelques rues plus bas et ils se cacheraient. Mais en poussant la porte vitr\u00e9e, l&rsquo;homme entendit la sir\u00e8ne d&rsquo;une voiture de police qui s&rsquo;avan\u00e7ait en face de lui. Un regard sur la gauche lui fit comprendre que d&rsquo;autres voitures aprochaient de toutes part, ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 encercl\u00e9s. Il se saisit d&rsquo;un passant par le cou, recula vers l&rsquo;int\u00e9rieur du magasin en posant l&rsquo;arme sur sa tempe. Sa t\u00eate inclin\u00e9e vers l&rsquo;oreille de l&rsquo;homme, il articula entre ses dents: bouge pas ou je te crame. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelques notes de piano. C&rsquo;est ce qu&rsquo;elle entendait en se reveillant le matin dans le nouvel appartement. Cela s&rsquo;\u00e9tait produit mercredi, mais aussi vendredi et aujourd&rsquo;hui, elle avait droit \u00e0 un v\u00e9ritable concert. Elle aimait bien l&rsquo;id\u00e9e de vivre au-dessus d&rsquo;un artiste, mais elle ne savait pas si cela serait du go\u00fbt de son mari. 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