{"id":66897,"date":"2022-02-24T18:48:32","date_gmt":"2022-02-24T17:48:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=66897"},"modified":"2022-03-14T11:48:50","modified_gmt":"2022-03-14T10:48:50","slug":"transversales-04-cela-commence-comme-ca","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/transversales-04-cela-commence-comme-ca\/","title":{"rendered":"transversales #04 |\u00a0cela commence comme \u00e7a"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Guerre 14-18 dans le Nord de la France, un homme raconte sa peur \u2013 Pas la peur h\u00e9ro\u00efque du soldat, ni la grande peur historique, non, la sienne, la vraie, la faille r\u00e9elle, devant l\u2019horreur et l\u2019inhumanit\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cela commence comme \u00e7a, <\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;aube, sur le champ de bataille, un homme, encore jeune, t\u00eate brune, cheveux courts, \u00e0 l&rsquo;allure longiligne et aux traits fins, se l\u00e8ve. Ses camarades dorment encore. De son pas l\u00e9ger, il traverse les corps qui r\u00eavent, grimpe sur la tranch\u00e9e, et marche. Il est l\u00e0 t\u00eate nue, sans armes, corps et \u00e2me livr\u00e9s, il attend. Pas un bruit, pas un son. \u00a0\u00bb Il doit pourtant bien y avoir un autre que moi, \u00e9veill\u00e9, \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt, qui guette l&rsquo;ennemi. Il doit pourtant bien y avoir un fusil ou un regard dress\u00e9 dans ma direction \u00ab\u00a0, pense t&rsquo;il. Mais le silence perdure. Il ne bouge pas. Il entrevoit \u00e0 l&rsquo;horizon les toutes premi\u00e8res infimes lueurs du jour poindre. Il \u00e9coute le vent dans ses oreilles et serait presque heureux au milieu de ce nulle part s&rsquo;il ne sentait pas quelque chose d&rsquo;imperceptible mais de pr\u00e9sent, monter en lui. Petit \u00e0  petit, silencieusement et sans crier gare, os apr\u00e8s os, vert\u00e8bre apr\u00e8s vert\u00e8bre, tout son corps se raidit et se tend. Ses articulations se crispent. Son coeur se r\u00e9tr\u00e9cit et chacun de ses battements lui cogne la poitrine violemment. Il se sent envahi, ligatur\u00e9 comme nou\u00e9 ou attach\u00e9 \u00e0 une corde invisible. Broy\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9rieur. Son sang se fige et ses veines semblent se teinter de noires. Aucune pens\u00e9e raisonnable ne traverse son esprit. Il tente de bouger ses jambes mais elles restent l\u00e0 engonc\u00e9es, de plomb et immobiles dans la terre boueuse. Il aimerait appeler mais sa gorge serr\u00e9e l&#8217;emp\u00eache d&rsquo;\u00e9mettre la moindre parcelle de voix. Il sait, il le sent, il l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 ressenti , il sait que cela commence comme \u00e7a. Semblable \u00e0 l&rsquo;enfant qu&rsquo;il \u00e9tait dans l&rsquo;obscurit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;homme qui ne veut pas mourir avant d&rsquo;avoir v\u00e9cu. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>&#8211;<\/strong> IL A PEUR <strong>&#8211;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il a peur. Il est t\u00e9tanis\u00e9. Il la connait et la reconnait.Il regarde le ciel encore nuit et deux larmes coulent le long de son visage. \u00a0\u00bb J&rsquo;ai peur \u00a0\u00bb se dit-il tout bas. Il aimerait hurler, r\u00e9veiller ses fr\u00e8res et leur avouer son envie de fuir, son d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre ailleurs. Mais il a honte, aussi. <\/p>\n\n\n\n<p>Ill serre les dents, les poings, ferme les yeux et s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 faire demi-tour quand brusquement, une main se pose sur son \u00e9paule. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Face \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 violente et \u00e9go\u00efste qui l\u2019entoure, une femme nous partage ses pens\u00e9es et ses d\u00e9sirs de devenir un arbre. Vivre \u00e0 l\u2019heure de l\u2019arbre, faire l\u2019amour avec l\u2019arbre, la mort des arbres. Avec douceur, force et puissance dans chacune de ses paroles, elle nous questionne sur notre propre vision de l\u2019\u00eatre et notre relation au monde.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cela commence comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Je veux devenir un arbre\u00a0\u00bb &#8211; crie t-elle. \u00ab\u00a0Oui bon en attendant fais tes devoirs\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0range ta chambre\u00a0\u00bb lui r\u00e9pond-on. \u00ab\u00a0Je veux devenir un arbre, vous ne comprenez rien !\u00a0\u00bb. \u00a0\u00bb Mais ce n&rsquo;est pas possible, elle est vraiment casse-pied cette gosse, tu n&rsquo;es pas un arbre, tu ne peux pas devenir un arbre et puis qu&rsquo;est ce qui t&rsquo;a mis cette id\u00e9e dans la t\u00eate ? Nous sommes des humains, des humains, tu entends ?\u00a0\u00bb \u00a0\u00bb Je m&rsquo;en fiche, je veux \u00eatre un arbre et j&rsquo;en serai un\u00a0\u00bb. La claque qui suit ach\u00e8ve de la ramener dans sa chambre mais pas de la faire taire. L&rsquo;enfant bouillonne int\u00e9rieurement. Elle sait au fond d&rsquo;elle-m\u00eame, qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas venue sur terre pour vivre comme tout le monde. Elle sait qu&rsquo;elle a un destin plus grand qu&rsquo;elle. Elle sait qu&rsquo;elle doit lutter pour ne pas \u00eatre enfouie dans cette soci\u00e9t\u00e9 mat\u00e9rialiste et \u00e9triqu\u00e9e. Elle le sent depuis toute petite que quelque chose l&rsquo;appelle. Mais en attendant, elle doit grandir, aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole puis au lyc\u00e9e. \u00ab\u00a0Mais comment \u00e7a tu n&rsquo;as pas de bonnes notes ? Tu as vu ton bulletin ? Comment vas tu faire pour avoir ton bac ? Mais qu&rsquo;est ce que l&rsquo;on a fait \u00e0 Dieu pour m\u00e9riter une fille pareille ?\u00a0\u00bb. Ce n&rsquo;est pas la porte de la chambre qu&rsquo;elle claque cette fois-ci mais celle de la maison. Elle court. Les larmes montent vite et fortes. Elle court et va se r\u00e9fugier dans la for\u00eat. Elle court et crie sa douleur, sa col\u00e8re. Sa voix d&rsquo;adolescente se r\u00e9percute sur les troncs, s&rsquo;envole parmi les feuilles, dans les branches et va se perdre au milieu des nuages. \u00ab\u00a0Mais pourquoi ?\u00a0\u00bb hurle t-elle. \u00ab\u00a0Pourquoi ?\u00a0\u00bb. Comment est-ce possible que la vie continue ainsi pour elle ? Pourquoi est-elle toujours parmi les humains ? Elle a le sentiment que ce qui la poussait petite est en train de disparaitre. La force qu&rsquo;elle ressentait semble s&rsquo;affaiblir au fur et \u00e0 mesure des ann\u00e9es. Elle a la sensation d&rsquo;avancer dans un monde aux hautes portes qui ne s&rsquo;ouvrent jamais. \u00ab\u00a0Pourquoi ? \u00a0\u00bb balance t&rsquo;elle \u00e0 la cime des arbres, attendant, esp\u00e9rant une r\u00e9ponse, un signe, quelque chose qui lui montrerait le chemin, son chemin. Elle hait ses parents, elle hait sa vie. Elle court pour oublier ce qu&rsquo;elle est. Elle court et tombe sur le sentier. Elle court et tombe en larmes, ext\u00e9nu\u00e9e. Elle s&rsquo;allonge sur le dos, \u00e9carte les bras et contemple le ciel si loin. Elle sent la terre ferme et les racines sous ses os. Elle sent les odeurs de la for\u00eat et une sensation d&rsquo;apaisement l&rsquo;envahir. Elle ferme les yeux. Elle respire. Elle glisse doucement ses doigts sous les feuilles, les enfonce d\u00e9licatement dans le sol, elle appuie tout son corps comme si elle cherchait \u00e0 \u00eatre engloutie. Une brise se met doucement \u00e0 souffler sur son visage et efface ses larmes. Elle ne s&rsquo;endort pas. Elle est bien l\u00e0, comme absorb\u00e9e par la terre. \u00ab\u00a0Eh mais c&rsquo;est Esther ! Eh Esther, qu&rsquo;est ce que tu fous l\u00e0 ? Pourquoi tu es allong\u00e9e, tu vas bien ? \u00ab\u00a0. Brusquement, Esther ouvre les yeux et se redresse. Une bande de filles et de gar\u00e7ons de son lyc\u00e9e la d\u00e9visage, \u00e9berlu\u00e9s. Elle les connait mais ne les fr\u00e9quente qu&rsquo;\u00e0 peine. \u00ab\u00a0Tu es tomb\u00e9e ?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Oui, c&rsquo;est \u00e7a, je suis tomb\u00e9e\u00a0\u00bb. Un des gar\u00e7ons lui tend la main. Elle h\u00e9site mais l&rsquo;attrape. Debout, ils la jugent. Elle doit avoir l&rsquo;air d\u00e9bile pleine de terre et de feuilles dans les cheveux. \u00ab\u00a0Bon ben faut qu&rsquo;on y aille, tu veux venir avec nous ?\u00a0\u00bb lui demande le gar\u00e7on qui l&rsquo;a aid\u00e9. \u00ab\u00a0Euh non \u00e7a va aller, de toute fa\u00e7on il faut que je rentre chez moi\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Tu es s\u00fbr ?\u00a0\u00bb insiste t-il. \u00ab\u00a0Oui, oui, merci.\u00a0\u00bb Ils partent, elle les entend parler et rire fort. Des bribes se font entendre \u00ab\u00a0Elle est bizarre quand m\u00eame !\u00a0\u00bb \u00a0\u00bb Mais non, elle \u00e9tait tomb\u00e9e !\u00a0\u00bb \u00a0\u00bb Ah oui, tu y crois toi \u00e0 son histoire ? \u00a0\u00bb Elle est tout le temps, toute seule \u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Oh toi tu l&rsquo;aimes bien dis donc !\u00a0\u00bb. Elle ne les entend plus mais les voit faire semblant de se chahuter. S\u00fbrement \u00e0 cause de moi ne peut-elle s&#8217;emp\u00eacher de penser. Elle jette un coup d&rsquo;oeil sur son allure. Oh non, ce n&rsquo;est pas possible, d\u00e9s demain, elle va devenir la ris\u00e9e du lyc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une femme fait son entr\u00e9e au Panth\u00e9on pour la sixi\u00e8me fois dans l\u2019Histoire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cela commence comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e7a y est ! Enfin ! Elle est choisie &#8211; <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est elle, cette ann\u00e9e qui va faire son entr\u00e9e au Panth\u00e9on. <\/p>\n\n\n\n<p>Elle n&rsquo;y a jamais mis les pieds, ni les mains, ni le bout de son nez.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Panth\u00e9on, la vache ! <\/p>\n\n\n\n<p>Le Panth\u00e9on qui a accueilli en son sein les Dieux, les grands hommes et les grandes femmes de ce monde et aujourd&rsquo;hui, elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Et elle s&rsquo;est dit qu&rsquo;elle n&rsquo;allait pas attendre le jour de la c\u00e9r\u00e9monie officielle pour aller y voir de plus pr\u00e8s. C&rsquo;est pourquoi ce jour-l\u00e0, elle est l\u00e0,  plant\u00e9e, toute menue, devant la porte de l&rsquo;entr\u00e9e qu&rsquo;elle tente de pousser de ses deux mains mais rien n&rsquo;y fait. Celle-ci est si lourde qu&rsquo;elle ne bouge pas d&rsquo;un centim\u00e8tre. \u00a0\u00bb Ben mince alors ! \u00ab\u00a0. Elle ne va pas quand m\u00eame \u00eatre arr\u00eat\u00e9e par une porte aussi prestigieuse soit-elle et d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elle a bien m\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;y rentrer. Elle jette un bref coup d&rsquo;oeil autour d&rsquo;elle, quelques touristes admirent l&rsquo;ext\u00e9rieur, d&rsquo;autres sont attabl\u00e9s aux terrasses des caf\u00e9s, descendant vers le jardin du Luxembourg et personne ne semble la regarder ou faire attention \u00e0 elle. De nouveau, elle pousse de ses deux mains, pose son buste, puis son corps arc-bout\u00e9 mais pas l&rsquo;ombre d&rsquo;un mouvement. Pas le moindre cliquetis ou bruit sourd qui pourrait \u00e9voquer un filet d&rsquo;air provoquant une ouverture. Seule la lourde masse qui s&rsquo;impose entre elle et le monument.<\/p>\n\n\n\n<p>Serait-ce un signe ? Ne serait-elle pas vraiment l\u00e9gitime ? <\/p>\n\n\n\n<p>Et si on s&rsquo;\u00e9tait tromp\u00e9 de nom, si on avait confondu avec quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre ? <\/p>\n\n\n\n<p>Elle se disait bien que c&rsquo;\u00e9tait \u00e9trange toute cette histoire car elle \u00e9tait toujours vivante !<\/p>\n\n\n\n<p>Mais enfin, on ne peut quand m\u00eame pas se tromper sur une affaire aussi importante, non ?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle reste l\u00e0 les deux pieds en suspens ne sachant quoi faire. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Guerre 14-18 dans le Nord de la France, un homme raconte sa peur \u2013 Pas la peur h\u00e9ro\u00efque du soldat, ni la grande peur historique, non, la sienne, la vraie, la faille r\u00e9elle, devant l\u2019horreur et l\u2019inhumanit\u00e9. 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