{"id":67274,"date":"2022-02-28T09:55:16","date_gmt":"2022-02-28T08:55:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=67274"},"modified":"2022-08-22T23:24:57","modified_gmt":"2022-08-22T21:24:57","slug":"autobiographie-14-impressions-en-exemplaire-unique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-14-impressions-en-exemplaire-unique\/","title":{"rendered":"autobiographies #14 |\u00a0impressions en exemplaire unique"},"content":{"rendered":"\n<p>Oui toutes les images dispara\u00eetront<\/p>\n\n\n\n<p>les deux chevaux vertes guett\u00e9es sur la route pour \u00eatre le premier \u00e0 pincer l\u2019autre<\/p>\n\n\n\n<p>ce visage \u00e9pouvant\u00e9, apparition d\u2019alb\u00e2tre sur toile noire, de Nicole Kidman dans <em>Dogville<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>la partie la plus haute du Pont du Gard o\u00f9 l\u2019on pouvait \u00e9merger depuis les trou\u00e9es dans le plafond de l\u2019aqueduc, passer de l\u2019\u00e9troite obscurit\u00e9 du tunnel au vertige, lumi\u00e8re vive du sommet, le Gardon et la garrigue en berceau, marcher en \u00e9quilibre au bord du vide, sans parapet, les enfants hiss\u00e9s \u00e0 bout de bras, surgissaient jusqu\u2019au buste et disparaissaient aussi vite comme s\u2019ils avaient pris un coup de marteau sur le cr\u00e2ne, tandis que plusieurs dizaines de m\u00e8tres en-dessous, aux heures o\u00f9 personne ne les en emp\u00eachait les jeunes plongeaient du tablier du pont risquant leur vie par bravade<\/p>\n\n\n\n<p>la femme qui entrait dans la mer, jupes relev\u00e9es jusqu\u2019aux cuisses et restait l\u00e0 immobile laissant les vagues lui fouetter les peaux au mois de f\u00e9vrier<\/p>\n\n\n\n<p>l\u2019air candide et maladroit de Tom Hanks ramassant le livre de la premi\u00e8re \u00e9l\u00e8ve noire am\u00e9ricaine \u00e0 entrer \u00e0 l\u2019universit\u00e9 dans <em>Forrest Gump<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>le restaurateur qui h\u00e9lait les touristes sur la place centrale d\u2019Ath\u00e8nes, rappelant les vendeurs de beignet de la Grande-Motte<\/p>\n\n\n\n<p>ces images qui se sont d\u00e9croch\u00e9es du r\u00e9el pour s\u2019imprimer en nous, qui n\u2019ont plus de chair plus de lieu et survivent en surgissements soudains et impromptus dans nos pens\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>le chanteur du Polygone \u00e0 Montpellier, qui gueulait ses textes d\u2019une voix d\u00e9raillante en frappant les accords de sa guitare, une figure de la ville<\/p>\n\n\n\n<p>memento quia pulvis est et carpe diem griffonn\u00e9s sur tous les cahiers<\/p>\n\n\n\n<p>le parking brut de l\u2019Espiguette o\u00f9 la voiture \u00e9tait laiss\u00e9e pendant qu\u2019on marchait sur ce qui semblait \u00eatre des kilom\u00e8tres vers une mer sauvage, seuls sur le sable br\u00fblant, l\u2019affleurement de l\u2019eau invisible encore, et m\u00eame incertain, cette impression devoir la gagner, la mer<\/p>\n\n\n\n<p>les mots de patois qu\u2019on croyait de langage soutenu que l\u2019on s\u2019\u00e9tonnait que les autres ne les comprennent pas, se barder, ranconner<\/p>\n\n\n\n<p>les cendriers m\u00e9talliques tir\u00e9s des accoudoirs des fauteuil du train, l\u2019odeur incrust\u00e9e dans le similicuir et le paysage<\/p>\n\n\n\n<p>le Retour du jedi qu\u2019on lit jeudi en pensant corriger une faute d\u2019orthographe<\/p>\n\n\n\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone sonnant \u00e0 la crois\u00e9e des couloirs de la cit\u00e9 universitaire, le num\u00e9ro de la chambre clam\u00e9 dans les haut-parleurs<\/p>\n\n\n\n<p>Chantal Goya sur sc\u00e8ne sautillant dans une robe de princesse rose p\u00e2le avec un lapin g\u00e9ant visant un cerf tout aussi g\u00e9ant de sa carabine, la perc\u00e9e d\u2019un sentiment de ridicule et de honte aussit\u00f4t \u00e9cart\u00e9s pour profiter de l\u2019enfance<\/p>\n\n\n\n<p>les punks, leurs cr\u00eates et leurs chiens sur le pourtour des Trois Gr\u00e2ces, place de la Com\u00e9die \u00e0 Montpellier<\/p>\n\n\n\n<p>An\u00e9mone qui d\u2019un coup sec arrache la peau d\u2019un lapin pendu t\u00eate en bas, dans <em>Le Grand chemin<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les patins \u00e0 roulettes o\u00f9 la chaussure de toile \u00e9tait fix\u00e9e sur quatre roues, deux devant, deux derri\u00e8re comme sur les voitures<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que tu racontes l\u00e0 Willy&nbsp;? r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e9pisode apr\u00e8s \u00e9pisode<\/p>\n\n\n\n<p>le joyeux bazar des lyc\u00e9ens devant Montaury, 51 avenue Georges Pompidou \u00e0 N\u00eemes \u2013 rebaptis\u00e9 depuis Lyc\u00e9e Albert Camus \u2013 les portes grandes ouvertes sur la ville, la fille aux cheveux rouges puis bleus puis violets qui arrivait en Chappy, une autre toujours de noir v\u00eatue qui se nommait Aurore<\/p>\n\n\n\n<p>Vanessa Paradis, la main entre les jambes devant Bruno Cremer<\/p>\n\n\n\n<p>Serge Gainsbourg d\u00e9clarant \u00e0 Whitney Houston \u00ab&nbsp;I want to fuck you&nbsp;\u00bb, sa bouche arrondie de surprise, presque disproportionn\u00e9e, sur le visage parfaitement maquill\u00e9 d\u2019Am\u00e9ricaine<\/p>\n\n\n\n<p>les corbeaux aux ailes coup\u00e9es de la Tour de Londres<\/p>\n\n\n\n<p>la premi\u00e8re fois qu\u2019on a vu une femme parler seule dans la rue, comme si elle \u00e9tait au t\u00e9l\u00e9phone, et elle l\u2019\u00e9tait, l\u2019ind\u00e9cence qu\u2019on y a trouv\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>moments saisis, imprim\u00e9s dans l\u2019esprit seul, en un unique exemplaire revu, relu, repass\u00e9, fix\u00e9 tel quel et devenu souvenir immobile, immuable, \u00e0 ce que l\u2019on croit, impossible \u00e0 restituer exactement<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Oui toutes les images dispara\u00eetront les deux chevaux vertes guett\u00e9es sur la route pour \u00eatre le premier \u00e0 pincer l\u2019autre ce visage \u00e9pouvant\u00e9, apparition d\u2019alb\u00e2tre sur toile noire, de Nicole Kidman dans Dogville la partie la plus haute du Pont du Gard o\u00f9 l\u2019on pouvait \u00e9merger depuis les trou\u00e9es dans le plafond de l\u2019aqueduc, passer de l\u2019\u00e9troite obscurit\u00e9 du tunnel <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/autobiographie-14-impressions-en-exemplaire-unique\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">autobiographies #14 |\u00a0impressions en exemplaire unique<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":402,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2820,3040],"tags":[],"class_list":["post-67274","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cycle_autobiographies","category-autobiographies-14"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67274","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/402"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=67274"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/67274\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=67274"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=67274"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=67274"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}