{"id":67663,"date":"2022-03-11T07:41:01","date_gmt":"2022-03-11T06:41:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=67663"},"modified":"2022-03-11T11:34:35","modified_gmt":"2022-03-11T10:34:35","slug":"transversales-04-obsession","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/transversales-04-obsession\/","title":{"rendered":"transversales #04 | obsession"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\">1<\/p>\n\n\n\n<p>Les mots qu\u2019il lance en partant et c\u2019est d\u00e9finitif, il ne reviendra plus. Des mots et ce n\u2019est que du vent, le souffle d\u2019un instant, une exhalation fugace et avec elle un peu de son, et ce n\u2019est qu\u2019une parmi tant d\u2019autres de sa vie \u00e0 lui qui inspire et expire. Mais non, c\u2019est un feu sous la cendre, invisible, ti\u00e8de, sans rouge visible, que du gris, et le d\u00e9g\u00e2t de la combustion longtemps apr\u00e8s qu\u2019il ait claqu\u00e9 la porte de son appartement o\u00f9 il ne reviendra plus. Des mots tapis sous la cendre. Elle va les porter sur elle \u00e0 m\u00eame la peau comme une tache ind\u00e9l\u00e9bile.&nbsp;Les examiner encore et encore. Pendant de longues d\u00e9ambulations dans la ville \u00e0 ne penser \u00e0 rien \u00e0 regarder pour \u00e9crire ce qu\u2019il restera dans le souvenir des lumi\u00e8res dans la nuit, des fa\u00e7ades de la ville nouvelle si artificielle comme un r\u00eave avort\u00e9, lui reviennent ses derniers mots. L\u2019amant d\u2019apr\u00e8s, il est de passage. Il partira pour NY, parce qu\u2019il ne peut plus rester quelque part, depuis qu\u2019on a br\u00fbl\u00e9 les mots qu\u2019il avaient choisis et seulement ceux de sa langue maternelle, quand les traduits continuent d\u2019exister ailleurs, d\u2019\u00eatre lus, et c\u2019est comme couper \u00e0 un arbre ses racines et attendre qu\u2019il meure. Mais avant cela elle le recueille et c\u2019est dans son lit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">1<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est nue, les fesses \u00e0 m\u00eame le tissu de la chaise de bureau et il attend dans le lit \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Son appartement n\u2019est pas grand, ils sont chez elle. Ils viennent de faire l\u2019amour ou ils vont le faire et c\u2019est cela qu\u2019il attend, qu\u2019elle vienne enfin se coucher. L\u2019exasp\u00e9ration a trouv\u00e9 par o\u00f9 s\u2019insinuer dans le grand corps nu, \u00e9tendu, et tendu vers la satisfaction de son d\u00e9sir. Il attend et \u00e7a gronde en lui. D\u2019une frustration ancienne dont il ne dira rien, qu\u2019il ne conna\u00eet pas, de ce que la femme est occup\u00e9e ailleurs, en dehors de son existence, de sa pr\u00e9sence au monde qui perd r\u00e9alit\u00e9, il attend et elle n\u2019arrive pas et c\u2019est comme le balayer le r\u00e9duire l\u2019effacer et dans un sursaut de col\u00e8re il projette son grand corps muscl\u00e9 des deux jambes balanc\u00e9es du m\u00eame c\u00f4t\u00e9 et la couette g\u00eane au peu mais l\u2019entrave est l\u00e9g\u00e8re ne r\u00e9siste pas face \u00e0 la rage qui assaille et bande muscles et tendons, et quand il sera habill\u00e9, sans un regard pour elle il traversera le couloir d\u00e9primant et lui criera les mots. Et les mots ne seront jamais les m\u00eames et chaque fois il y aura sa r\u00e9action \u00e0 elle, l\u2019impact sur son corps \u00e0 elle, dans sa t\u00eate, dans sa vie et les porter longtemps ou les balayer d\u2019un revers de main, ce serait chaque fois une histoire diff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">1<\/p>\n\n\n\n<p>Elle gratte du doigt le ciment entre les briques, le rugueux contre le doux de l\u2019\u00e9piderme de l\u2019indexe, c\u2019est pourtant partie assez insensible, qui permet le frottement un temps, que \u00e7a dure sans faire saigner la chair. A ses pieds elle peut observer le sable clair qui tombe du mur sur le sol formant petit monticule qui s\u2019\u00e9largit et prend de la hauteur, forme parfaite d\u2019un chapeau pointu, avec dans le corps &nbsp;l\u2019illusion de s\u2019attaquer \u00e0 un mur depuis son doigt d\u2019enfant, \u00e9crouler le pan de mur est \u00e0 port\u00e9e de doigt. Ouvrir la maison par suppression d\u2019un mur, agrandir, prendre sur quoi, \u00e9largir, passer outre. C\u2019est projet d\u2019enfance. Dans la maison de la vieillesse qu\u2019elle a lou\u00e9e pour \u00e9crire, le sable s\u2019insinue par un trou infime qu\u2019elle a d\u00e9couvert dans le mur. Il s\u2019amoncelle dans la maison qu\u2019elle n\u2019a pas le temps d\u2019habiter, maison o\u00f9 elle avait imagin\u00e9 qu\u2019elle \u00e9crirait dans une solitude bienheureuse. Le sable emplit d\u2019abord &nbsp;la plus petite des pi\u00e8ces, puis passe la porte par le seuil qui la s\u00e9pare du salon comme on mange de la place il grignote l\u2019espace. La chambre o\u00f9 elle \u00e9crit est \u00e9pargn\u00e9e, mais ce ne sera que pour un temps, la fin est programm\u00e9e, elle attend en \u00e9crivant tous les mots qui lui viennent dans l\u2019urgence avec au ventre la peur d\u2019en oublier elle veut les utiliser tous les coucher sur papier jusqu\u2019au dernier, ses carnets sont remplis elle est pass\u00e9e \u00e0 l\u2019ordinateur, une obligation qu\u2019elle s\u2019est donn\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame de sauver les mots de sa langue maternelle et pour ceux de sa langue paternelle elle n\u2019aura pas le temps le sable a emprisonn\u00e9 son corps s\u2019est infiltr\u00e9 dans les interstices qui s\u00e9parent les touches des lettres du clavier ses doigts bougent encore les mots \u00e9crire ensevelis lis lis lissssssssssssssss<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce qu\u2019il lit par-dessus son \u00e9paule et c\u2019est de plus en plus bizarre ce qu\u2019elle \u00e9crit. Il pr\u00e9f\u00e9rerait qu\u2019elle \u00e9crive moins et vienne au lit plus t\u00f4t. Lui ce qu\u2019il aime c\u2019est la tenir dans ses bras pour s\u2019endormir. Mais elle fuit et ne s\u2019en rend pas compte. Il pourrait le lui dire, ces mots-l\u00e0 et d\u2019autres aussi. Parfois il y pense aux mots qu\u2019il lancerait en claquant la porte, des mots qui signent comme on fait mouche et ce serait d\u00e9finitif, elle n\u2019aurait plus qu\u2019\u00e0 vivre avec cela, ce qu\u2019il lui aurait dit, trois quatre mots, pas plus, mais bien choisis, des mots auxquels on peut repenser longtemps avec ce petit quelque chose d\u2019\u00e9nigmatique qui oblige \u00e0 y revenir pour s\u2019interroger encore sur ce qu\u2019il a voulu dire exactement celui qui a dit cela et on ne le saura jamais supputer c\u2019est tout ce qu\u2019ils permettraient et ce serait d\u00e9rangeant comme des ongles contre le tableau autrefois quand ses profs \u00e9taient des femmes ou quand dans la bouche deux dents glissent l\u2019une contre l\u2019autre avec force et l\u2019horreur que cela fait dans le corps et il faut attendre un bon moment pour que l\u2019effet s\u2019estompe. Il ne partira pas avant d\u2019avoir trouv\u00e9 les mots qui conviennent. Ca leur laisse un peu de temps. Ils sont bien ensemble dans le lit. C\u2019est ce qu\u2019il pense en allant s\u2019y recoucher. De l\u00e0 il voit son dos aux omoplates saillantes sous la peau blanche comme une peau sous cellophane que le soleil n\u2019atteindrait jamais. D\u00e9j\u00e0 il a envie de la toucher. Elle lui tourne le dos. Son visage refl\u00e9t\u00e9 par l\u2019\u00e9cran ne le regarde pas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Les mots qu\u2019il lance en partant et c\u2019est d\u00e9finitif, il ne reviendra plus. Des mots et ce n\u2019est que du vent, le souffle d\u2019un instant, une exhalation fugace et avec elle un peu de son, et ce n\u2019est qu\u2019une parmi tant d\u2019autres de sa vie \u00e0 lui qui inspire et expire. 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