{"id":68204,"date":"2022-03-19T16:07:19","date_gmt":"2022-03-19T15:07:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=68204"},"modified":"2022-03-20T10:08:59","modified_gmt":"2022-03-20T09:08:59","slug":"vers-un-ecrire-film05-tot-le-matin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/vers-un-ecrire-film05-tot-le-matin\/","title":{"rendered":"vers un \u00e9crire\/film #05 | t\u00f4t le matin"},"content":{"rendered":"\n<p>Je suspends l&rsquo;instant. Juste Je le surprends l\u00e0 loin de sa terre natale dans le foin du jour qui se l\u00e8ve, dans la bruine du petit matin, \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e du chemin bleu. Il tient dans sa main un petit instrument de musique, un harmonica. Brillant comme une lame. Dans un geste circulaire d&rsquo;une lenteur infinie, son bras le pr\u00e9sente au monde. Le corps petit et r\u00e2bl\u00e9 se courbe accompagne le mouvement comme pour une danse incantatoire. La campagne est endormie. Les oiseaux pas encore r\u00e9veill\u00e9s. Dans un fourr\u00e9, le li\u00e8vre, sans bouger, aussi observe. <br><br>Je suspends l&rsquo;instant. Juste Je le surprends l\u00e0 loin de sa terre natale. T\u00f4t dans le petit matin, il marche d&rsquo;un pas ample et rapide. Son souffle plus chaud que l&rsquo;air le pr\u00e9c\u00e8de de peu. Casquette fatigu\u00e9e en vieux tweed enfonc\u00e9e sur la t\u00eate, il fredonne une douceur. Je devine que sa moustache drue est mouill\u00e9e. Elle luit dans une lumi\u00e8re chiche. Chauss\u00e9 de gros souliers confortables,  il se dirige vers un village dont le clocher pointe \u00e0 l&rsquo;horizon. De toute sa d\u00e9gaine se d\u00e9gage un sentiment  de solidit\u00e9. Les marcassins reculent comme pour le laisser passer. <br><br>Je suspends l&rsquo;instant. Juste Je le surprends l\u00e0 loin de sa terre natale. Il frotte ses lourdes chaussures sur le paillasson de fer. La main sur la poign\u00e9e, il s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 entrer dans le bar-tabac du coin. Dans le matin froid, sa devanture laisse perplexe. Porte de guingois et de chaque c\u00f4t\u00e9, \u00e0 mi-hauteur, petits carreaux pas propres o\u00f9 semblent s&rsquo;effilocher des pans de rideaux couleur lie de vin.  Peut-\u00eatre. Paradoxalement, ce caf\u00e9 peu reluisant de l&rsquo;ext\u00e9rieur pourrait \u00eatre source de chaleur. A travers la vitre, un petit poilu dort pr\u00e8s de l\u2019\u00e2tre.<br><br>Je suspends l&rsquo;instant. Juste Je le surprends l\u00e0 loin de sa terre natale. Sa main est jeune, ses doigts longs, fins. \u00c7a \u00e9tonne dans une carrure pareille. Il tourne la poign\u00e9e avec d\u00e9licatesse. Comme un cambrioleur pourrait le faire. La porte s&rsquo;entrouvre difficilement en grin\u00e7ant. Le corps alors, l\u00e9g\u00e8rement en avant donne une pouss\u00e9e d\u00e9cisive. Il entre et sur le seuil salue de la t\u00eate et de la main Timidement. Avec un sourire. Mais personne n&rsquo;est l\u00e0. L&rsquo;endroit est d\u00e9sert. N&#8217;emp\u00eache, il entre cette fois avec l&rsquo;assurance de quelqu&rsquo;un qui conna\u00eet les lieux. Face \u00e0 lui dans le fond, le comptoir en bois sombre. Massif, il prend toute la largeur du caf\u00e9. Quatre hauts tabourets en vue. A l&rsquo;arri\u00e8re, une glace qui ne conna\u00eet pas le chiffon avec des \u00e9tag\u00e8res supportant  quelques petites bouteilles poussi\u00e9reuses de coca-cola, orangina et autres boissons dont les \u00e9tiquettes sont quasi illisibles. De chaque c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;all\u00e9e centrale, tables en formica d\u00e9lav\u00e9 et chaises en bois. De tabac, pas de trace. Au sol, un carrelage bi-carreaux marrons et jaunes. Aux murs, rien. Sauf des tra\u00een\u00e9es laiss\u00e9es sans doute au cours d&rsquo;une tentative de nettoyage. Un po\u00eale dans un coin rougeoie. Une b\u00eate solitaire y dort en boule.<br><br>Je suspends l&rsquo;instant. Juste Je le surprends l\u00e0 loin de sa terre natale. Dans le vieux caf\u00e9. Dans la campagne profonde. Le jour vient de se lever enfin. Une lumi\u00e8re blafarde. C&rsquo;est l&rsquo;hiver, les oiseaux sont discrets. Les bras \u00e9cart\u00e9s, il brasse l&rsquo;air, tourne comme une toupie et avec son blouson ouvert c&rsquo;est comme une tortue toute debout qui danse. Personne. Personne dans le caf\u00e9 pour \u00eatre avec moi. Il dit cela tr\u00e8s fort. Et se dirige vers le comptoir, se hisse sur la pointe des pieds, bascule son corps  vers l&rsquo;avant, inspecte l&rsquo;arri\u00e8re du d\u00e9cor et non d\u00e9cid\u00e9ment non il n&rsquo;y a personne. Il prend son harmonica. Accoud\u00e9 maintenant, il attend tranquillement. Pas pour longtemps. Une chaise bouge, il vient de la voir bouger. Une jeune femme surgit de dessous une table. Aussi longue et fr\u00eale qu&rsquo;il est trapu. Rieuse. Pas vu\/Pas trouv\u00e9. Elle lui tend un papier froiss\u00e9 \u00ab\u00a0on peut vous pr\u00eater des outils, bon courage pour l&rsquo;installation\u00a0\u00bb. Ce caf\u00e9, depuis peu, c&rsquo;est le leur.<br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br>;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suspends l&rsquo;instant. Juste Je le surprends l\u00e0 loin de sa terre natale dans le foin du jour qui se l\u00e8ve, dans la bruine du petit matin, \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e du chemin bleu. Il tient dans sa main un petit instrument de musique, un harmonica. Brillant comme une lame. Dans un geste circulaire d&rsquo;une lenteur infinie, son bras le pr\u00e9sente au <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/vers-un-ecrire-film05-tot-le-matin\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">vers un \u00e9crire\/film #05 | t\u00f4t le matin<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":237,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3167,3060],"tags":[],"class_list":["post-68204","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-05-pousser-la-porte","category-ecrire-film"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68204","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/237"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=68204"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68204\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=68204"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=68204"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=68204"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}