{"id":68379,"date":"2022-03-24T16:58:02","date_gmt":"2022-03-24T15:58:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=68379"},"modified":"2022-03-29T07:01:17","modified_gmt":"2022-03-29T05:01:17","slug":"68379-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/68379-2\/","title":{"rendered":"vers un \u00e9crire\/film #05 | je rentre se dit-elle sur sc\u00e8ne"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>je rentre se dit-elle sur sc\u00e8ne \u00e0 Saidnaya \u01c0 pousse la porte de la maison o\u00f9 flotte l\u2019odeur du tabac celle du caf\u00e9 du miel ti\u00e9di et des bouquets d\u2019 \u00e9pices \u00e0 travers cette poussi\u00e8re jaune atomis\u00e9e de la terre recouvrant la peau ou les murs les nappes blanches telle un collier des dessins ou des semis poussi\u00e8res diffract\u00e9es enveloppantes chaudes et l\u00e9g\u00e8res port\u00e9es par les chants orthodoxes du proche monast\u00e8re aux effluves d\u2019encens fort et ambr\u00e9 ces poussi\u00e8res d\u2019or des ic\u00f4nes \u00e9tales flamboyantes aveuglantes color\u00e9es de pourpre<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"274\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Screenshot_20220321_200416-1024x274.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-68383\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Screenshot_20220321_200416-1024x274.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Screenshot_20220321_200416-420x112.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Screenshot_20220321_200416-768x206.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Screenshot_20220321_200416.jpg 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>je rentre se dit-elle sur sc\u00e8ne \u00e0 Damas \u01c0 pousse la porte de l\u2019\u00e9cole de th\u00e9\u00e2tre qui sent le bois le fard est pleine des espaces vides entre le mobilier entre les pr\u00e9sences devin\u00e9es absentes maintenant mais qui se sont un temps manifest\u00e9 dans une attente f\u00e9brile ne sont plus d\u00e9sormais que des fant\u00f4mes des voix secr\u00e8tes famili\u00e8res hantent les plateaux le train \u00e9tablissent des liens des monologues ch\u0153urs dialogues dans le noir<\/p>\n\n\n\n<p>je rentre se dit- elle sur sc\u00e8ne en Sicile \u01c0 pousse la porte de l\u2019\u00e9picerie des grands-parents o\u00f9 fluctuent les parfums des l\u00e9gumes des salades et des quelques fromages pos\u00e9s sur les rectangles de papier transparent ou mac\u00e9rant dans des bocaux qu\u2019une petite regarde tels des univers des mondes stri\u00e9s de couleurs vives et de points plus sombres dans le liquide fruit\u00e9 jaune-orang\u00e9 elle se place derri\u00e8re la caisse joue \u00e0 la marchande se livre \u00e0 des op\u00e9rations de calcul en inclinant sa t\u00eate de petite et en souriant donne des montants encaisse ou fait cr\u00e9dit mime des remerciements avant d\u2019observer les cageots vides alors que les sachets marron tout neufs des fruits s\u2019ouvrent et se froissent continuellement sous les doigts \u00e9pais charnus et noircis de la femme \u00e2g\u00e9e complice aux cheveux blancs \u00e0 la d\u00e9marche paisible et lourde aux lourds anneaux dor\u00e9s qui ornent&nbsp; le lobe de ses oreilles qui s\u2019appelle Consolata, la Consol\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>je rentre se dit-elle sur sc\u00e8ne \u00e0 Venise \u01c0 pousse la porte de ce petit th\u00e9\u00e2tre Malibran prends la place d\u2019un personnage en qu\u00eate d\u2019auteur, que l\u2019auteur a abandonn\u00e9 (comme dans la pi\u00e8ce de Pirandello)&nbsp; mais un r\u00f4le qui en compagnie d\u2019une foule d\u2019autres acteurs se cr\u00e9e peu importe la fin parce que cette fin ce commencement qui sont les siens se r\u00e9p\u00e8tent sans fin dans les gestes muets les silences des grands voyageurs aussi bien les peintures visionnaires de peintres fr\u00e8res de marins et grands voyageurs eux-m\u00eames tels que El Greco dont la S\u00e9r\u00e9nissime qui l\u2019accueille (comme elle l\u2019accueillerait) au sein d\u2019une communaut\u00e9 \u00e0 son arriv\u00e9e de Cr\u00e8te sur un bateau charg\u00e9 de <em>moscato<\/em> ne garde pourtant aucun tr\u00e9sor&nbsp;; aucune de ses peintures qui c\u00e8dent&nbsp; \u00e0 une r\u00e9duction claire et sombre de l\u2019espace&nbsp;; et m\u00ealent \u00e0 la fois les reflets des ic\u00f4nes rigides sacr\u00e9es de la Gr\u00e8ce et&nbsp; l\u2019hyperbole des figures mouvantes fraichement color\u00e9es m\u00eame un peu acides de l\u2019Italie renaissante&nbsp;; des peintures qui d\u00e9mat\u00e9rialisent les corps et rendent les couleurs incandescentes sur les silhouettes, elles, presque \u00e0 l\u2019\u00e9tat de formes larvaires tant\u00f4t selon la lumi\u00e8re r\u00e9ductions de cadavres tant\u00f4t \u00e9bauches de nouveaux papillons<\/p>\n\n\n\n<p>je rentre se dit- elle sur sc\u00e8ne dans ce th\u00e9\u00e2tre cette galerie new yorkaise \u01c0 o\u00f9 Joseph Beuys jadis envelopp\u00e9 d\u2019une strate de graisse puis de feutre parle au coyote qui le scrute et voir dans ses yeux le cri effac\u00e9 serti d\u2019\u00e9chardes de l\u2019animal au d\u00e9but quand il sait qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9 de son milieu naturel en face d\u2019un nouvel ordre \u00e9tranger r\u00e9fractaire celui de l\u2019humain du saint ou du diable qui tient un b\u00e2ton<\/p>\n\n\n\n<p>je rentre se dit -elle sur sc\u00e8ne dans ce th\u00e9\u00e2tre \u01c0 o\u00f9 les Dana\u00efdes fuient dans l\u2019espoir de se retrouver ont bondi devant l\u2019oracle ont tout d\u00e9sert\u00e9 demandent un abri leurs rameaux d\u2019oliviers cach\u00e9s dans des tissus de laine dispos\u00e9s soigneusement sur les autels dire qu\u2019elles seraient descendues d\u2019une Gr\u00e8ce p\u00e9trifi\u00e9e dans\u00e9e en des ch\u0153urs multiples dans les souterrains d\u2019Egypte de Russie de Syrie ou d\u2019Espagne autant de lieux de r\u00e9cits parfois d\u2019anciens manuscrits tableaux aux allures fictionnelles de rites initiatiques dont le seul but aurait \u00e9t\u00e9 de maintenir le lecteur \u00e9veill\u00e9 loin d\u2019une r\u00e9alit\u00e9&nbsp;? mais si l\u2019on y parlait de gibets de doubles de fant\u00f4mes revenants \u00e9loquents et&nbsp; de nourriture sacr\u00e9e de glace sans tain&nbsp;; de tuer au nom d\u2019une lign\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>je rentre se dit-elle sur sc\u00e8ne \u00e0 Saidnaya \u01c0 pousse la porte de la maison o\u00f9 flotte l\u2019odeur du tabac celle du caf\u00e9 du miel ti\u00e9di et des bouquets d\u2019 \u00e9pices \u00e0 travers cette poussi\u00e8re jaune atomis\u00e9e de la terre recouvrant la peau ou les murs les nappes blanches telle un collier des dessins ou des semis poussi\u00e8res diffract\u00e9es enveloppantes <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/68379-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">vers un \u00e9crire\/film #05 | je rentre se dit-elle sur sc\u00e8ne<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":379,"featured_media":68383,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3167,3060],"tags":[],"class_list":["post-68379","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-05-pousser-la-porte","category-ecrire-film"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68379","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/379"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=68379"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68379\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/68383"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=68379"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=68379"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=68379"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}