{"id":68655,"date":"2023-07-17T12:42:37","date_gmt":"2023-07-17T10:42:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=68655"},"modified":"2025-01-31T14:12:30","modified_gmt":"2025-01-31T13:12:30","slug":"testard_outils_du_roman_20_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_outils_du_roman_20_1\/","title":{"rendered":"#outils du roman #20 | Il n&rsquo;est pas cinq heures"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-light-gray-background-color has-background has-small-font-size\"><em>chantier initialement publi\u00e9 un 8 avril 2022 (en cours toujours)<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:30px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">(\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p id=\"les_pas\">Le lotissement est l&rsquo;ensemble des maisons qui ont un air de famille. D\u00e9clinaisons de la maison, l&rsquo;une contre l&rsquo;autre. Au commencement de la rue une porte s&rsquo;ouvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but de la rue une porte s&rsquo;ouvre. Il n&rsquo;est pas cinq heures. De garage. Des deux, un seul battant. On sort.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En face de la porte un mur, l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la rue. Court derri\u00e8re une auto les pierres apparentes. En direct du stationnement r\u00e9sidentiel.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9veil d&rsquo;une porte. Le battant vibre sur ses gonds. Une, longue, seconde une note tenue.<\/p>\n\n\n\n<p>Le passage est lib\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Premier pas h\u00e9sitant, entre le jour et la nuit. Il n&rsquo;est pas cinq heures. Le panneau stop, vu de dos. Pas pour moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le silence est un fil tendu entre les toits. Les velux ouverts les h\u00e9rissent, puits de chaleur dans la nuit qui y tombe. \u00c0 peine fra\u00eeche. Un merle, lui-m\u00eame tendu comme un ressort ce qu&rsquo;on appelle son chant.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;en tenir l\u00e0. Je ne m&rsquo;en tiens pas l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est l\u00e0, le stationnement, un triangle d&rsquo;autos. Deux sont blanches, avec les portes du garage. Cela se voit dans la nuit. Pas se voit, se sent.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le dos m\u00eame, vous pousse, dans la nuit. Vous pousse des ailes ou des battants blancs de porte de garage dans la nuit. Dans ma rue.<\/p>\n\n\n\n<p>Les phares d&rsquo;une auto projettent des fantasmagories, les ombres de l&rsquo;arbre du jardin du voisin, sur les fa\u00e7ades. Les volets ferm\u00e9s. Roulants. \u00c9lectriques.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;auto s&rsquo;entend venir de loin. Elle est, un temps, tout ce qui vient.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ombres, projet\u00e9es, courent, se sauvent, vont se perdre.<\/p>\n\n\n\n<p>Sortir dans ce qui n&rsquo;est encore pas le jour rejoindre ce qui n&rsquo;est plus la nuit, n&rsquo;est rien. Pour personne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une auto, pleins phares, venue du fond de la vall\u00e9e. Comme le jour. Prend son temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ombres, projet\u00e9es, courent, se sauvent, vont se perdre, les branches, leur fuite. Pas venue. Venant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les phares des autos projettent les ombres des arbres sur les pignons des maisons.&nbsp;Sa route la conduit l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est \u00e7a. Une sortie pour personne.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ombres, projet\u00e9es, courent, se sauvent, vont se perdre, les branches, leur fuite. Se cacher.<\/p>\n\n\n\n<p>Volte-face, je tourne le dos au stop. La marche sur un fil, ne pas \u00eatre dans les phares, me laisser prendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Emprunter la sortie de secours la plus proche. J&rsquo;allais au plus court prendre l&rsquo;air, au carrefour, puisque nous habitons au 3, tourner le coin de ma rue mais voil\u00e0\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cela est ma rue. Je remonte ma rue. Le premier pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas me laisser, en plein dans les phares. Me faire prendre. En plein milieu des phares.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon pas me fait, ne pas. Dans ma rue.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 Happer. Surprendre. Dessiner.<\/p>\n\n\n\n<p>Une porte referm\u00e9e derri\u00e8re soi. Tout vous pousse. Il n&rsquo;est pas cinq heures. Dans l&rsquo;aube et le silence. Le jour ne fait que poindre. Sur ce point l&rsquo;\u00e9quilibre est pr\u00e9caire, le pas, recommenc\u00e9. Le silence, le point du jour est ce fil. Devient. Le silence n&rsquo;est plus \u00e9tendu comme la nuit \u00e9tait, on est debout l\u00e0, est un fil tendu entre le jour et la nuit, garder le silence. Le silence n&rsquo;est plus l&rsquo;\u00e9tendue que la nuit \u00e9tait.<\/p>\n\n\n\n<p>(\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p id=\"l_aube\">La nuit tendue au jour, silence ce fil, tendu entre les toits, \u00e0 peine une rumeur, comme quoi ce serait le jour, elle point.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;aube.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans oiseau, le merle seul. M\u00e2le. Pour le dire. Le merle fondu avec le noir du toit, tuile fa\u00eeti\u00e8re si l&rsquo;on l\u00e8ve la t\u00eate seulement, au commencement de la rue, dans son premier chant on appelle \u00e7a, tendu comme un ressort. M\u00e2le remont\u00e9 par son chant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jour, ce ressort que les merles de jardin en jardin, de toit en toit, territoire sur territoire remontent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>(\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>On sort. Dans la rue la nuit. Il n&rsquo;est pas cinq heures.<\/p>\n\n\n\n<p>Sortir du sommeil dans la rue. Se fait en un glissement.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"la_rue\">Je sors dans ma rue. Je suis dans la rue. Elle dort. Ma rue dort nue. Pas nue. Vide. Pas vide. Comme elle est. Elle s&rsquo;est endormie comme \u00e7a, sur elle-m\u00eame. Ma rue m&rsquo;appara\u00eet comme elle est. Quand elle est vide. P\u00e9n\u00e9tr\u00e9e d&rsquo;elle-m\u00eame. Pas p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e. Plong\u00e9e en elle-m\u00eame. Insensible \u00e0 elle-m\u00eame. Dans l&rsquo;insensibilit\u00e9 \u00e0 elle-m\u00eame o\u00f9 elle est. Absente \u00e0 elle-m\u00eame. Telle qu&rsquo;elle est quand je n&rsquo;y suis pas. Je suis au d\u00e9but de la rue.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me retrouve au milieu de ma rue.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma rue n&rsquo;est qu&rsquo;un courant d&rsquo;air. Le jour. Sauf qu&rsquo;il n&rsquo;est pas cinq heures, l&rsquo;air non plus, n&rsquo;est pas lev\u00e9. Personne.<\/p>\n\n\n\n<p>Presque pas d&rsquo;air. Cette nuit on a ouvert dans les combles et \u00e7a n&rsquo;a presque pas fait d&rsquo;air. Juste mal \u00e0 la gorge.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma rue p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e d&rsquo;elle-m\u00eame. Vid\u00e9e. Ma rue dans son sommeil. Ma rue de nuit. Je suis dans ma rue. \u2014&nbsp;Vu qu&rsquo;elle est sans trottoir. Elle est comme semi-pi\u00e9tonne. Que ses fa\u00e7ades sont aveugles, vus ses murs. Qu&rsquo;elle est toute fa\u00e7onn\u00e9e, taill\u00e9e dans la m\u00eame mati\u00e8re. Sans mouvement. Je pense \u00e0 une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre vide. Je pense au vide d&rsquo;une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>On est debout dans la rue. On se tient. Le caniveau central seul garde-corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Coque vide.<\/p>\n\n\n\n<p>La rue aux deux bouts \u2014 L&rsquo;un est l\u00e0, au d\u00e9but de la rue. L&rsquo;autre est \u00e0 l&rsquo;autre bout. Quand on remonte la rue. Au bout de la courbe qu&rsquo;elle fait, elle d\u00e9bouche sur la m\u00eame route, plus haut. On se tient l\u00e0. On en est encore au d\u00e9but.<\/p>\n\n\n\n<p>Dehors, l&#8217;emprise de la ma\u00e7onnerie se fait aussit\u00f4t sentir. Les fa\u00e7ades, mitoyennes, font couloir, il y a, il y a l\u00e0, une conduite \u00e0 tenir. \u2014&nbsp;\u00c0 suivre.<\/p>\n\n\n\n<p>La respiration se tient debout l\u00e0 retenue entre deux pas. La question se pose l\u00e0. Se pose non. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on fait. La question est soulev\u00e9e. Le pas aussi reste en l&rsquo;air. Qui ne bouge pas.<\/p>\n\n\n\n<p>La rue est sous la pression des murs. Sous le regard, m\u00eame aveugle, des maisons.<\/p>\n\n\n\n<p>La rue, ce sont toutes la m\u00eame maison. Pierres apparentes dans le prolongement des murs dans les autres. Distribu\u00e9e. M\u00eame gris.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu&rsquo;il faut dire c&rsquo;est que tout est \u00e9teint. La rue, la route sont \u00e9teintes. Dans l&rsquo;extinction g\u00e9n\u00e9rale, les pignons, fa\u00e7ades, les autos phares \u00e9teints, les murs sont seuls, sont les premiers \u00e0 capter le jour qui n&rsquo;est pas encore l\u00e0. Le moindre jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n&rsquo;est que <a href=\"\/ateliers\/testard_du_roman_2_1_1\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"\/ateliers\/testard_du_roman_2_1_1\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><span style=\"text-decoration: underline\">ma\u00e7onnerie couleur chair. Couleur pierre<\/span><\/a>. Elle est p\u00e2le dans la nuit, elle appara\u00eet. Elle m&rsquo;appara\u00eet dans sa nudit\u00e9. Dans son vide. Pas son vide. Dans son espace. Volume.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est ma rue et je ne l&rsquo;ai jamais regard\u00e9e. Pas les yeux. Elle me vient en grisaille. Couleur d&rsquo;autos, froides, voil\u00e9es de ros\u00e9e, neutre.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne s&rsquo;attend pas \u00e0 quelqu&rsquo;un. Je la surprends dans sa chair. Ses tons chairs, dans la nuit. Dans sa lumi\u00e8re propre, int\u00e9rieure. On dirait qu&rsquo;elle conserve en ses surfaces un souvenir ou un sentiment infime du jour pour, ainsi, vibrer. Une lueur, une p\u00e2leur de jour.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est tout mati\u00e8re de cimeti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me fait une impression de nudit\u00e9. Ma rue nue. Ma rue non. La nuit nue.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jour n&rsquo;est pas l\u00e0. Pas encore. Pas le jour. Une p\u00e2leur, plut\u00f4t une faiblesse de la nuit, il point. Un point de d\u00e9faillance. \u00c7a l\u00e2che. De point en point le jour gagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Les distances sont de retour. Le couloir de la rue au fond du regard red\u00e9roule sa longueur.<\/p>\n\n\n\n<p>Une p\u00e2leur, o\u00f9 se devine une blancheur, de la nuit, couleur chair, les pierres autour sont de chair froide, grises. Elles me conduisent. \u00c0 l&rsquo;horizon des murs au bout des impasses des fa\u00eetes, sur les toits des autos le gris d&rsquo;aube s&rsquo;aur\u00e9ole, les chairs diffusent.<\/p>\n\n\n\n<p>(\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background has-small-font-size\"><em>N.-B.&nbsp;\u2014 <em>Les notes ci-dessous se sont agglom\u00e9r\u00e9es au fil de l&rsquo;\u00e9laboration du texte. Je les donne \u00e0 lire dans leur d\u00e9sordre.<\/em><\/em><br><br><em>Un texte plein de \/ tout en suspens. (Je repense \u00e0 la diversit\u00e9 \/ versatilit\u00e9 de formes que prennent les chapitres du \u00ab\u00a0roman\u00a0\u00bb <\/em>Fmn<em> de P.&nbsp;Alferi.) Un texte b\u00e2ti \/ \u00e0 la dramaturgie b\u00e2tie sur \/ pendu\/e \u00e0 sa suspension. Des phrases points de suspension \u2014 ce pourquoi, d&rsquo;alin\u00e9a en alin\u00e9a, elles vont peu ou prou par trois (multiples de). Rythme ternaire des alin\u00e9as. Les mots&nbsp;: pas. Retours, scansion de&nbsp;: pas. Cela est ma rue&nbsp;: ceci est mon corps. J.M.&nbsp;Gleize dit, \u00e0 propos de Guillevic&nbsp;: po\u00e9sie notative. Je pense&nbsp;: ha\u00efku. P.&nbsp;Reverdy (ses tableaux \/ paysages paradoxaux&nbsp;?). J.L.&nbsp;Debry, <\/em>Le cauchemar pavillonnaire<em>. Je rejoue l\u00e0 le d\u00e9but des <\/em>Vagues<em>, V.&nbsp;Woolf. Les phrases altern\u00e9es \/ rectificatives \/ contradictoires dans <\/em>Mon bin\u00f4me<em>, C.&nbsp;Pennequin. Le divers est gratuit = le r\u00e9el est gratuit, en toute gratuit\u00e9, mes notes \/ notations sont gratuites (le ha\u00efku est gratuit, inemploy\u00e9) = ne savent pas o\u00f9 elles vont, non-orient\u00e9es&nbsp;? L&rsquo;azimut est le bout (l&rsquo;autre) de la rue. Travailler \u00e0 le faire pas apr\u00e8s pas sentir&nbsp;: je remonte ma rue (comme un ressort&nbsp;\u2014 un m\u00e9canisme&nbsp;?). Un pas = un alin\u00e9a. Ch\u00e2teau branlant. Un tremblement. Je retrouve la formulation en versets de mes <\/em>Contenus enl\u00e8vement<em> (2006-10). Le d\u00e9cousu de la chose. Je pense au luxe de d\u00e9tails que fourbit P.&nbsp;Patrolin, une d\u00e9composition ainsi du mouvement (du d\u00e9sir). Le projet n\u00b0210410 se pr\u00e9sentera comme un recueil de po\u00e8mes en prose \/ proses po\u00e9tiques \u2014 mais sera un roman. Pour le d\u00e9part de son pharmacien de Taxham <\/em>Par une nuit obscure je sortis de ma maison tranquille<em>, P.&nbsp;Handke fait parler (ou plut\u00f4t&nbsp;: dire&nbsp;?) un corbeau. Et \u00e7a passe. Le blanc agit \u00e0 la fois comme suspension du texte et fondu encha\u00een\u00e9 \/ embo\u00eet\u00e9 entre ses \u00e9clats, il y a glissements. Il sugg\u00e8re des prises de relai de la parole du r\u00e9cit et est un activateur de son rythme. Il construit aussi une polyphonie&nbsp;: les alin\u00e9as \/ versets ne vont pas tous dans le m\u00eame sens, ou diversifient \/ multiplient l&rsquo;optique de l&rsquo;ensemble. Pour une dramatisation de ce qui n&rsquo;est rien<em>&nbsp;(J.&nbsp;Ranci\u00e8re)<\/em>, qu&rsquo;un lever de jour. En direct de la fabrique du lever du jour dans ma rue, de la fabrique ou de la folie. <\/em>Nobody Makes Me Crazy (Like I Do)<em>. J&rsquo;imprime \u00e0 la venue du jour un \u00e9norme ralentissement. V.&nbsp;Colonna (<\/em>Autofiction et autres mythomanies litt\u00e9raires<em>) cite C\u00e9line&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis un coloriste de certains faits&nbsp;\u00bb. Colonna : l&rsquo;effet doit supplanter les faits. Concevoir moins une chronologie qu&rsquo;une superposition de couches. C&rsquo;est comme cela que les alin\u00e9as agissent les uns sur \/ derri\u00e8re les autres, et les chapitres ou parties ou \u00e9pisodes du livre entier de m\u00eame&nbsp;: le dernier vient se placer devant tous les autres (que je n&rsquo;ose appeler pr\u00e9c\u00e9dents). Faire \u00e9cran. Le temps n&rsquo;est plus ligne mais profondeur. Peut-\u00eatre l&rsquo;\u00e9cho est ce qui se rapproche le plus de l&rsquo;essence du temps, ou la meilleure mani\u00e8re de me le repr\u00e9senter. Dans ce livre, chaque subdivision serait une r\u00e9plique. Reprise. Un instantan\u00e9, voil\u00e0 ce que chaque alin\u00e9a est, un laps de temps. Saut de ligne laps de temps. Le remonter c&rsquo;est le tendre ou le faire craquer. Le temps&nbsp;? Un ressort. Le texte \/ s\u00e9quen\u00e7age se construit selon une logique du retentissement. \u00c9tirement du temps jusqu&rsquo;\u00e0 g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;un espace-temps non pas hors du temps, mais concurrentiel \u00e0 lui&nbsp;? Tout est invent\u00e9 parce que v\u00e9cu en mots (source de l&rsquo;autofiction&nbsp;?). Ce qui arrive me vient en l&rsquo;\u00e9crivant. Cela m&rsquo;arrive en \u00e9crivant. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement est l&rsquo;\u00e9criture m\u00eame. L&rsquo;aventure. Se vit en \u00e9crivant. Cet espace-temps concurrentiel est celui de l&rsquo;\u00e9criture. J.P.&nbsp;Goux (<\/em>La fable des jours<em>)&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e9crire n&rsquo;est pas faire le r\u00e9cit de ses jours&nbsp;\u00bb. <em>Je dis&nbsp;: fabriquer. Je dis&nbsp;: trafiquer. Intriguer \u2014 et je me souviens d&rsquo;U.&nbsp;Eco&nbsp;: \u00ab&nbsp;la prise de vues en direct reste l&rsquo;un des derniers refuges du profond besoin d&rsquo;intrigue qu&rsquo;il y a en chacun de nous&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em>Le point du jour devenu fil, du r\u00e9cit. \u00c9tir\u00e9, fil\u00e9. Sur lequel je vais. En \u00e9quilibre. L&rsquo;\u00e9criture est ce travail d&rsquo;\u00e9tirement ou de filage. Ces retours \u00e0 la ligne incessants sont aussi ma perdition. Ma f\u00e9brilit\u00e9. Mon instabilit\u00e9. Le constat de mon impossibilit\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir le texte. Ou comment s&#8217;emm\u00ealer les p\u00e9dales. La progression dans le texte est une chute en avant dont je ne cesse de retarder le moment final. O\u00f9 \u00e7a se casse irr\u00e9m\u00e9diablement la gueule. L&rsquo;atterrissage \u2014 ou r\u00e9ception&nbsp;? Une mani\u00e8re de r\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9quilibre pr\u00e9caris\u00e9 \u00e0 force de sauts de ligne, rendu intenable sera de sauter, juste avant le moment fatal, une page&nbsp;? Se r\u00e9tablir sur la page <em>suivante \u2014 sauts de page ci-dessus mat\u00e9rialis\u00e9s sous la forme&nbsp;: <\/em><\/em>(\u2026)<em><em>. Repartir<\/em> de cette position de stabilit\u00e9, l&rsquo;appui de la page blanche. Ainsi vient la mise en page en po\u00e8mes (recueil) (ou en sc\u00e8nes&nbsp;?). Cliffhanger permanent. \u00ab&nbsp;Les d\u00e9finitions rh\u00e9toriques du verset se fondent avant tout sur la tension entre vers et prose.&nbsp; (\u2026) entre constructions lyrique et narrative. Le verset serait un entre-deux qui produit une h\u00e9sitation dans la reconnaissance pr\u00e9cise d\u2019une forme&nbsp;\u00bb (Antonio Rodriguez, <\/em>Verset et d\u00e9stabilisation narrative dans la po\u00e9sie contemporaine<em>). Voir mes basses d\u00e9finitions du verset (220213). J&rsquo;imagine ou postule une simultan\u00e9it\u00e9 des \u00ab\u00a0sc\u00e8nes\u00a0\u00bb (sauts de page), ce sont des couches&nbsp;: le temps y prend en \u00e9paisseur, le volume du livre y gagne (en retentissement). Le livre est d&rsquo;abord un volume. C&rsquo;est parce qu&rsquo;il est un volume, sans doute, que je continue de d\u00e9sirer le livre. Un volume feuillet\u00e9. C&rsquo;est donc un objet, auquel je travaille. Sentir qu&rsquo;entre les pages, dans le livre ferm\u00e9 m\u00eame, les versets jouent entre eux, se frottent (comme entre des cuisses, une \u00e9rotique du livre, un plaisir \u00e9rotique du livre, le livre comme p\u00e9rin\u00e9e \u2014 tout cela, p\u00e9rin\u00e9e, volume, me vient de Quignard). (Un livre auquel on continuerait de prendre plaisir une fois ferm\u00e9. Les yeux lev\u00e9s. Teaser permanent.) C&rsquo;est encore pour des questions de volume que j&rsquo;entends mon texte mis en voix (ou en ondes), dans son \u00e9laboration m\u00eame, j&rsquo;\u00e9cris en voix, la voix en constitue le fond. Orient\u00e9-objet, orient\u00e9-voix. Et si les versets de la page pr\u00e9sente s&rsquo;imbriquaient dans ou entre ceux de la page pr\u00e9c\u00e9dente, la double-page comme bande velcro (idem le recto-verso)&nbsp;? Je me prends des claques lorsque je lis les pages de J.P.&nbsp;Goux \u00e0 propos de la fonction de canalisation du roman. Canaliser les pulsions d&rsquo;\u00e9criture, c&rsquo;est \u00e9videmment toute ma difficult\u00e9. Parvenir \u00e0 quelque chose qui se tienne, ne fuie pas de partout. P.&nbsp;Bouvet aussi produit des page turners. Versets = contrepoints<em>. Il y a des versets entre parenth\u00e8ses (en sourdines), il y a des versets \u00e0 la premi\u00e8re personne (ou \u00e0 la troisi\u00e8me)&nbsp;; il y a des versets didascaliques, versets fonds, d&rsquo;autres prennent la parole, versets figures&nbsp;; versets actions \/ acteurs, versets commentaires \/ commentateurs<em>. Un livre qui se tient est une question d&rsquo;espace-temps&nbsp;: comprendre, \u00eatre fid\u00e8le, faire confiance \u00e0 l&rsquo;espace-temps que le travail de ou dans l&rsquo;\u00e9criture met en place. M&rsquo;en tenir \u00e0 ma bande velcro, \u00e0 un feuilletage velcro&nbsp;: des espaces-temps s&rsquo;imbriquent les uns dans les autres, dans une horizontalit\u00e9 en tiroirs \u2014 les versets formant crochets et boucles, s&rsquo;accrochant les uns aux autres, d&rsquo;une page \u00e0 l&rsquo;autre, scratch. Tourner le dos au temps lin\u00e9aire (\u00e0 la spatialisation lin\u00e9aire du temps), c&rsquo;est ce \u00e0 quoi mon \u00e9criture m&rsquo;incite, c&rsquo;est ce que je comprends seulement maintenant. Dans son recueil <\/em><\/em><\/em>La vie unanime<em><em><em>, J.&nbsp;Romains met en exergue d&rsquo;un po\u00e8me un extrait d&rsquo;un po\u00e8me pr\u00e9c\u00e9dent, ainsi le jeu de tiroirs, tirez sur un vers, il en vient d&rsquo;autres\u2026 Roman en \u00e9clats po\u00e9tiques&nbsp;: <\/em><\/em><\/em>Le voleur de Talan<em><em><em>. T\u00e9moignages successifs qui viennent en approfondissement ou en contradiction (ou incoh\u00e9rence&nbsp;?) \u2014&nbsp;comme dans ces affreux documentaires. Une dynamique en versets. Quand je mets bout \u00e0 bout mes phrases nominales, mes phrases qui se disent non, se disent mieux, se pr\u00e9cisent ou d\u00e9vient, je me souviens des n\u00e9ons clignotants de B.&nbsp;Nauman, je me souviens des diaporamas et fascicules d&rsquo;adjectifs de R.&nbsp;Barry, <\/em><\/em><\/em>It is\u2026 it isn&rsquo;t\u2026<em> <em><em>La canalisation en ce moment est tout le travail. Je pense compte-gouttes. Drops. Les \u00ab\u00a0effets fant\u00f4mes\u00a0\u00bb de Y.&nbsp;Liron. \u00ab&nbsp;(\u2026) et que l&rsquo;heure \u00e9tait celle-ci qui dure tandis que j&rsquo;\u00e9cris&nbsp;\u00bb&nbsp; (J. R\u00e9da). Versets qui sont comme des g\u00e9n\u00e9riques, qui me viennent facilement mais sont les plus d\u00e9licats \u00e0 ins\u00e9rer. \u00c0 dig\u00e9rer. Parce qu&rsquo;ils sont des lignes de fuite, pas des canalisations : ils en disent trop, ils veulent dire, tout tout de suite. Spoilers<\/em>\u2026 \u2014 Juin 21, dans l&rsquo;\u00e9lan de l&rsquo;atelier <\/em><\/em>#Baudelaire<em><em> (avril et mai y sont pass\u00e9s) et l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;op\u00e9rer la jonction avec l&rsquo;\u00e9t\u00e9 et <\/em><\/em>#Faire un livre<em><em>, je m&rsquo;enquiers des mois \u00e9coul\u00e9s sans <\/em>Tiers Livre<em> et d\u00e9couvre parmi les propositions (et autant d&rsquo;occasions) manqu\u00e9es cet exercice-ci : <\/em><\/em><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/spip\/spip.php?article4941\" target=\"_blank\">Outils du roman #20 Les yeux ferm\u00e9s<\/a><em><em>. C&rsquo;est tout indiqu\u00e9\u2026 Mon extr\u00eame lenteur et la densit\u00e9 de consignes de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 21 laiss\u00e8rent le chantier <\/em><\/em>#Les yeux ferm\u00e9s<em><em> en plan. Je le reprends ces jours-ci (que je suis plus que jamais dans le labeur de \u00ab\u00a0faire un livre\u00a0\u00bb).<\/em><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une porte referm\u00e9e derri\u00e8re soi. Tout vous pousse. Dans l&rsquo;aube, le silence. Un trou se creuse. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_outils_du_roman_20_1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#outils du roman #20 | Il n&rsquo;est pas cinq heures<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":334,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[4745,4746,3035],"tags":[3188],"class_list":["post-68655","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-reprise-autres-cycles","category-outils-du-roman","category-chantiers","tag-outils-du-roman-20"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68655","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/334"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=68655"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68655\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":178930,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68655\/revisions\/178930"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=68655"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=68655"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=68655"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}