{"id":69509,"date":"2022-04-04T17:11:29","date_gmt":"2022-04-04T15:11:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=69509"},"modified":"2022-04-06T13:24:17","modified_gmt":"2022-04-06T11:24:17","slug":"transversales-05-mes-toiles-daraignee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/transversales-05-mes-toiles-daraignee\/","title":{"rendered":"transversales #05 | mes toiles d&rsquo;araign\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Toiles-daraigne\u0301e.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-69510\" width=\"329\" height=\"331\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Toiles-daraigne\u0301e.jpg 1014w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Toiles-daraigne\u0301e-416x420.jpg 416w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Toiles-daraigne\u0301e-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Toiles-daraigne\u0301e-768x776.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 329px) 100vw, 329px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Aborder l\u2019exp\u00e9rience intime, singuli\u00e8re et secr\u00e8te du travail d\u2019\u00e9criture. Accessibilit\u00e9 de quelques rep\u00e8res&nbsp;: l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des lieux, des temps consacr\u00e9s, des accoutrements et des objets \u00e0 proximit\u00e9. Mais aussi les folies possibles, les incoh\u00e9rences et les transgressions. \u00c0 chacun ses singularit\u00e9s, ses mises en sc\u00e8ne ext\u00e9rieures et int\u00e9rieures, \u00e0 chacun sa fabrique, son \u00e9chafaudage, son athanor.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>mon bureau symbolique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mon lieu de travail d\u2019\u00e9criture est un lieu d\u2019enfermement et de lib\u00e9ration, une sorte de cage douce ou rude \u00e0 ses heures dont pas \u00e0 pas je dois effacer les barreaux. Dans un premier temps leur visibilit\u00e9 doit \u00eatre totale pour apprivoiser toute mon attention et mon imagination. Ces barreaux sont constitu\u00e9s de diff\u00e9rents objets, outils, lumi\u00e8res qu\u2019il me pla\u00eet de retrouver, d\u2019actes inhabituels aussi. Je prends appui sur des \u00e9l\u00e9ments avec lesquels j\u2019ai des liens forts depuis l\u2019enfance, un canotier de mon grand-p\u00e8re qui parade en haut d\u2019une biblioth\u00e8que, une statue de pl\u00e2tre repr\u00e9sentant une fillette souriante en train de lire. Les rang\u00e9es de livres plac\u00e9es derri\u00e8re mon dos sont essentiellement occup\u00e9es par des dictionnaires, des grammaires, des essais. Celles face au regard accueillent romans, po\u00e9sie et livres d\u2019art. Tous offrent une pr\u00e9sence stimulante, celle d\u2019amis fid\u00e8les riches d\u2019apports constamment renouvel\u00e9s et approfondis. Des photos d\u2019enfants tr\u00e8s chers, une copie d\u2019une statuette \u00e9trusque filiforme, un bol tib\u00e9tain, un benjamina dont le fr\u00eale feuillage anime un coin de la pi\u00e8ce. Par la fen\u00eatre sur le c\u00f4t\u00e9, la vue \u00e0 quelques m\u00e8tres d\u2019un pin parasol et de la mer ouvre l\u2019espace sur une perspective. Un miroir sorci\u00e8re, un tissu africain bleu marine et bleu indigo, un tableau de collines stylis\u00e9es et de cerisiers en fleurs pr\u00e8s d\u2019Avignon, souvenir d\u2019un ami peintre et d\u2019une \u00e9poque heureuse et bien lointaine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ma carte g\u00e9ographique de l\u2019\u00e9criture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Trois bureaux, le principal dans une grande ville m\u00e9diterran\u00e9enne, le second dans l\u2019arri\u00e8re-pays \u00e0 1700&nbsp;m d\u2019altitude, le troisi\u00e8me dans le Gard tout pr\u00e8s des C\u00e9vennes. Mal \u00e0 me projeter ailleurs. Petit ou grand mais toujours porte close et vue vers l\u2019ext\u00e9rieur, la mer, la montagne, les oliviers. Bonheur lorsque le chant des oiseaux est pr\u00e9sent. Toujours sous la main un carnet nomade sur lequel en tout lieu et en tout temps il m\u2019arrive de griffonner quelques phrases, quelques mots, qui deviendront plus tard comme une semence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>le temps de l\u2019\u00e9criture sa mise en route les rituels les manies<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ni saison, ni heure, un d\u00e9sordre total, aspiration constante \u00e0 une discipline tout en ne sachant pas la construire. Lorsque je m\u2019appr\u00eate \u00e0 \u00e9crire et que je me dirige vers mon bureau, mon olo\u00e9, je n&rsquo;entre pas dans la pi\u00e8ce de la m\u00eame fa\u00e7on que si j&rsquo;allais y faire mes comptes ! Je me laisse capter par l\u2019espace, les outils d\u2019\u00e9criture, carnets, stylos, ordinateur. Puis je r\u00e9alise comme une chor\u00e9graphie pour les placer l\u00e0 o\u00f9 il faut. Je ne peux pas \u00e9crire en musique\u2009; il me faut entendre le bruit du papier, du stylo, le frottement de la main gauche sur le bois, ou le tapotement des doigts sur les touches de l\u2019ordinateur. Je respire plus lentement, et je me lance. J\u2019ai l\u2019impression de grandir sur mon fauteuil, alors que mon dos s\u2019arrondit, de rassembler toute mon \u00e9nergie pour l\u2019aventure qui va suivre. J\u2019oublie tout ce qui est arriv\u00e9 les heures pr\u00e9c\u00e9dentes, les soucis \u00e9ventuels, je me d\u00e9socialise et je m\u2019adonne \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 me gratter le sommet de la t\u00eate, \u00e0 rester en pyjama, \u00e0 garder les cheveux en bataille ou bien suivant l\u2019humeur \u00e0 m\u2019appr\u00eater comme si un concert allait commencer. Sensation d\u2019un saut dans un ailleurs, comme une subtile transe. Prendre une grande feuille ou un carnet aujourd\u2019hui, demain ce sera imm\u00e9diatement l\u2019ordinateur. Gymnastique des doigts, agilit\u00e9 de plus en plus grande, mots jet\u00e9s sur le papier qui roulent comme des perles esp\u00e9r\u00e9es ma\u00eetris\u00e9es ou bien au contraire mots incertains, malmen\u00e9s et pourtant significatifs&nbsp;d\u2019un trouble, d\u2019une angoisse, de zones d\u2019ombres. Il m\u2019arrive souvent de dessiner \u00e0 l\u2019encre noire des toiles d\u2019araign\u00e9es. Besoin de me perdre dans ces figurations puis tenter d\u2019en sortir. Ces parcours labyrinthiques semblent suivre mes pens\u00e9es. Certains jours le d\u00e9roulement est diff\u00e9rent. Je me lib\u00e8re de la fr\u00e9quentation \u00e9troite des objets habituels et je fixe mon attention sur un fragment de po\u00e8me, un tableau choisi au hasard dans un livre d\u2019art puis je laisse errer mon esprit. Apr\u00e8s cette r\u00eaverie guid\u00e9e, j\u2019entre en \u00e9criture comme si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 all\u00e9g\u00e9e d\u2019\u00e9l\u00e9ments int\u00e9rieurs encombrants. Aventure, espace o\u00f9 \u00e9crire, lire, penser, r\u00eaver. En g\u00e9n\u00e9ral le moment pr\u00e9cis d\u2019\u00e9criture est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un travail d\u2019approche subtil et lent r\u00e9parti sur plusieurs heures. Besoin de lire des passages d\u2019auteurs f\u00e9tiches inspirants pour me plonger dans un autre monde. Impression de l\u00e2cher des amarres de tous ordres\u2009; souvent, d\u00e9sir de me documenter jusqu\u2019\u00e0 sati\u00e9t\u00e9&nbsp;: textes, sons et images. Quand le trop plein est atteint, je sabre et il me reste g\u00e9n\u00e9ralement peu de mots, une photo, une r\u00e9f\u00e9rence. Mais un climat s\u2019est cr\u00e9\u00e9, une atmosph\u00e8re, une ambiance. Plus c\u2019est \u00e9trange et plus le d\u00e9collage s\u2019instaure\u2009; impression de d\u00e9pliages successifs tant physiques, qu\u2019\u00e9motionnels ou spirituels. Je suis alors secou\u00e9e de sortes de jubilations suivies de d\u00e9ceptions, de difficult\u00e9s \u00e0 trouver le mot, je fais des pauses silencieuses, je tente d\u2019\u00eatre au plus pr\u00e8s de ce que je souhaite exprimer, raconter, \u00e9lucider. Chaque fois des mots r\u00e9currents, des obsessions non encore explor\u00e9es surgissent. \u00c9crire aussi rapidement que possible pour permettre des associations surprenantes\u2009; puis r\u00e9\u00e9criture et lectures \u00e0 haute voix pour ressentir le rythme des phrases et la musicalit\u00e9 des mots. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale j\u2019ai du mal \u00e0 organiser, discipliner mon temps les jours sans \u00e9criture. Mais d\u00e8s qu\u2019elle a son espace, le temps s\u2019ordonne, et un bien-\u00eatre physique, mental et spirituel m\u2019envahit\u2009! Sentiment d\u2019avoir quitt\u00e9 le monde pour y revenir diff\u00e9rente, plus impliqu\u00e9e peut-\u00eatre, mais impatience de retourner dans mes libert\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aborder l\u2019exp\u00e9rience intime, singuli\u00e8re et secr\u00e8te du travail d\u2019\u00e9criture. Accessibilit\u00e9 de quelques rep\u00e8res&nbsp;: l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des lieux, des temps consacr\u00e9s, des accoutrements et des objets \u00e0 proximit\u00e9. 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