{"id":69867,"date":"2022-04-13T19:33:13","date_gmt":"2022-04-13T17:33:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=69867"},"modified":"2022-04-13T19:44:15","modified_gmt":"2022-04-13T17:44:15","slug":"vers-un-ecrire-film-07-autopsie-dun-bruit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/vers-un-ecrire-film-07-autopsie-dun-bruit\/","title":{"rendered":"Vers un \u00e9crire\/film #07 | autopsie d\u2019un bruit"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans la qui\u00e9tude d\u2019une belle soir\u00e9e printani\u00e8re, une matin\u00e9e, une nuit, assis sur un banc, un fauteuil, un strapontin, les yeux \u00e0 la lecture et la t\u00eate dans les \u00e9toiles. Respirez. Quelques grandes bouff\u00e9es d\u2019air frais, chaud, pur, vici\u00e9. Les pieds ancr\u00e9s dans le sol, le sommet du cr\u00e2ne reli\u00e9 par un fil invisible \u00e0 l\u2019espace, au cosmos, au plus haut. Remplissez-vous d\u2019air, faites-le circuler. Laissez-le vous envahir et vous apporter des nouvelles du monde \u00e0 chaque inspiration. Laissez-le emporter avec lui votre part la plus secr\u00e8te \u00e0 chaque expiration. Fermez les yeux et imaginez.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Vous \u00eates assis au centre de l\u2019endroit le plus bruyant de la plan\u00e8te. Dans un tunnel au passage d\u2019un train, sur un pont d\u2019autoroute, au milieu de la salle des machines d\u2019un paquebot filant \u00e0 plein r\u00e9gime, devant une enceinte lors d&rsquo;un concert de m\u00e9tal, au coeur d\u2019une chute d\u2019eau vertigineuse, au centre d\u2019un volcan en \u00e9ruption. <em>(Vous \u00eates le sang qui s\u2019\u00e9coule de votre oreille.)<\/em> Lentement, sans brusquer vos gestes, \u00e9chappez-vous sur la pointe des pieds. Puis, retournez-vous subitement et capturez l\u2019instant. Tenez-le fermement dans vos mains pour ne pas qu\u2019il s\u2019\u00e9chappe. Puis rasseyez-vous, reprenez votre respiration. Gardez l\u2019instant quelques minutes dans le creux de vos mains et, une fois apprivois\u00e9, posez-le doucement sur vos genoux. Regardez-le, observez-le. Cette fraction de temps faite de douleurs et de chaos ressemble \u00e0 un oignon. Il est inoffensif, il n\u2019est que du temps, quelques secondes, minutes tout au plus. Il est encore chaud.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re couche qui le recouvre est \u00e9paisse, son contact est rugueux et douloureux. Elle est le bruit insupportable, celui qui recouvre tous les autres, celui qui r\u00e8gne en despote. <em>(Il est le sang qui coule de vos oreilles.)<\/em> Avec vos doigts, vos ongles s\u2019il le faut, enlevez d\u00e9licatement cette coque et s\u00e9parez-la du coeur. L\u2019oignon parait plus petit mais bien plus d\u00e9licat aussi. La pelure que vous sentez sous vos doigts est plus douce. Vous y entendez les rires d\u2019un enfant dans un wagon du train, la musique qui s\u2019\u00e9chappe de la radio d\u2019une voiture, le cliquetis d\u2019une bielle en mouvement, le battement de pied d\u2019un guitariste en plein solo. Vous y entendez les bruits d\u2019une nature qui chante son innocence. Avec soin et attention, enlevez \u00e9galement cette pelure plus d\u00e9licate. Puis celle du dessous, encore plus fine. Encore une, la peau est translucide et para\u00eet si fragile.<\/p>\n\n\n\n<p>A vos oreilles, r\u00e9sonnent de douces m\u00e9lodies. Les soupirs de deux amoureux assis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te en deuxi\u00e8me classe, le souffle d\u2019un b\u00e9b\u00e9 qui dort dans la nacelle install\u00e9e sur les si\u00e8ges arri\u00e8res de l\u2019auto, le fr\u00f4lement de l\u2019eau sur la t\u00f4le du navire, le cliquetis du m\u00e9diator sur les cordes de la guitare. Le clapotis des vagues sur le lac, le grincement des pierres de lave qui fondent au coeur du crat\u00e8re. <em>(Vous \u00eates le chuchotement qui gu\u00e9rit vos oreilles.)<\/em> Puis, vous entendez quelques froissements, un tintement, un p\u00e9tillement. Un coeur qui bat. Le coeur de la vie bat son rythme immuable et fait danser les soleils, les astres, les nuages, jusqu\u2019\u00e0 ce grain de poussi\u00e8re qui est au creux de vos mains. Vous ne le voyez pas s\u2019envoler, vous ne l\u2019entendez pas se poser sur le sol.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous n\u2019entendez pas le silence de son essence. Vous n\u2019entendez pas le calme de son chant. Vous n\u2019entendez pas non plus la fureur de son cri. Vous n\u2019entendez pas l\u2019explosion assourdissante de la s\u00e8ve qui remonte dans les veines de l\u2019arbre, la d\u00e9flagration de l\u2019abeille qui se pose sur une fleur d\u2019oranger, le coup de tonnerre de la brindille qui c\u00e8de sous le poids de l\u2019oisillon dans le nid. Vous n\u2019entendez pas le bruit absolu. Le bruit de tous les bruits.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, vous refermez vos mains l\u2019une dans l\u2019autre et vous vous mettez \u00e0 r\u00eaver.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"684\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/bridge-g9c2c7f599_1280-684x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-69872\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/bridge-g9c2c7f599_1280-684x1024.jpeg 684w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/bridge-g9c2c7f599_1280-281x420.jpeg 281w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/bridge-g9c2c7f599_1280-768x1150.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/bridge-g9c2c7f599_1280.jpeg 855w\" sizes=\"auto, (max-width: 684px) 100vw, 684px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la qui\u00e9tude d\u2019une belle soir\u00e9e printani\u00e8re, une matin\u00e9e, une nuit, assis sur un banc, un fauteuil, un strapontin, les yeux \u00e0 la lecture et la t\u00eate dans les \u00e9toiles. 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