{"id":69895,"date":"2022-04-17T15:54:01","date_gmt":"2022-04-17T13:54:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=69895"},"modified":"2024-10-15T22:38:19","modified_gmt":"2024-10-15T20:38:19","slug":"testard_vers_un_ecrire_film_7_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_vers_un_ecrire_film_7_1\/","title":{"rendered":"#\u00e9crire-film #07 | Sauf"},"content":{"rendered":"\n<p>Quelque chose court dans le toit, j&rsquo;ouvre les yeux. Une auto d\u00e9marre, la pluie sur le velux, faible, ta respiration, je me tourne, le c\u0153ur qui bat. La pendule, en bas. \u00c0 la maison. Je suis \u00e0 la maison. Le volume s&rsquo;en reconstitue dans le noir, en constellation de touches sonores, de profondeurs distinctes, couches ou densit\u00e9s du silence auxquelles je me suis fait, nuit apr\u00e8s nuit, chacune se d\u00e9tachant, qui, \u00e0 qui veut la voir, dessinent une maison, bruits \u00e0 moi. \u00c0 l&rsquo;abri donc, je suis, sauf, \u00e0 la maison comme en dehors de tout. R\u00e9fugi\u00e9 \u2014 r\u00e9veill\u00e9 \u2014 dans le moindre bruit reconnaissable, insulaire, non-invasif soup\u00e7on du bon fonctionnement, lent \u00e9coulement de la fin de la nuit, je le devine aux autos, \u00e0 l&rsquo;auto rare, premi\u00e8re, deuxi\u00e8me, sauf. Que. Quelque chose a couru dans le toit. Rien. Depuis rien. Une auto seule, d\u00e9marre, fort, deuxi\u00e8me, troisi\u00e8me, ronfle, faible, la pluie sur le velux. La continuit\u00e9 du gr\u00e9sillement doux de la pluie de la nuit sur le velux, ta respiration. R\u00e9guli\u00e8re, temp\u00e9r\u00e9e, dans l&rsquo;oreille droite, tu dors, j&rsquo;ai. Deux souffles, le c\u0153ur qui bat, je me tourne, dirige mon attention du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 cens\u00e9ment se trouve le velux dans le noir sans ligne, o\u00f9 la pluie s&rsquo;entend. L&rsquo;oreille est dans l&rsquo;oreiller, les yeux ouverts s&rsquo;appliquent au noir, des yeux que le noir presse entre les tempes o\u00f9 le sang bat, tout, bas. Toi, la pendule, moi \u2014 une auto \u2014 le c\u0153ur, le sang \u2014 une auto \u2014 la pluie. La caresse murmur\u00e9e de la pluie. Et juste sous la pluie qui ne mouille pas de ton c\u00f4t\u00e9, c\u00f4t\u00e9 passager, priorit\u00e9 \u00e0 droite, une auto repart au stop en bas, ta respiration d&rsquo;enfant, je m&rsquo;en assure. Rassure. Deux souffles donc \u2014 le tien, je dois tendre l&rsquo;oreille, je suis tout empli du mien. Ampli. Je suis tendu vers le tien. Pulsations, l&rsquo;oreille contre l&rsquo;oreiller, intensit\u00e9, de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 court dans le noir, dans la chambre satur\u00e9e, deux souffles, l&rsquo;oreille, l&rsquo;autre, tendue, aigu\u00eb, un sifflement de fonctionnement continu de cerveau dans le noir, activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, attention, r\u00e9veil sous tension, basse, la chambre est ce poste, guetteur, de transformation. Le silence tout bruit de frottements, chahut\u00e9 sous la couette main sur la cuisse, bras contre drap, cartilage de l&rsquo;oreille. De l&rsquo;air dans les narines, dans un sens et dans l&rsquo;autre. De ton c\u00f4t\u00e9, de l&rsquo;autre, je me retourne jusqu&rsquo;au bord du lit, ce faisant les produis, les frottements de toutes parts mais encore. Penser aussi fait du bruit. Penser fait le plus de bruit. J&rsquo;ai commenc\u00e9 sans y penser. Dans un r\u00eave je pensais. La s\u00e9quence se r\u00e9p\u00e8te o\u00f9 je me tourne. Si je pouvais seulement demeurer \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute, \u00e0 sa surface. Si je pouvais me tenir \u00e0 l&rsquo;abri de replonger \u2014 ne me tentent ni le sommeil ni les jours. Je m&rsquo;extrairais de mes frottements pour devenir antenne. Entendre nettement. M&rsquo;abstraire de la dissolution cotonneuse de mon cerveau dans l&rsquo;oreiller, son effervescence ou dispersibilit\u00e9 dans le noir. Je le fais, soul\u00e8ve ma t\u00eate, ce serait dr\u00f4le \u00e0 voir, rien que ma t\u00eate. Je m&rsquo;\u00e9l\u00e8ve au-dessus de la pression, occipitale, temporale, de l&rsquo;oreiller. Je tente. Je tends vers le toit le cou, dans le volume sonore, le cristallin de l&rsquo;\u00e9coute, antenne, je m&rsquo;aiguise, tends \u00e0 ma surface, \u00e9pidermique, nerfs tendus \u00e0 en sonner en suspension dans l&rsquo;\u00e9veil, la tension dans le cou monte, je monte, sonde le toit, cela courait l\u00e0 \u2014 je visite en pens\u00e9e anfractuosit\u00e9s, entr\u00e9es possibles, passages, points de p\u00e9n\u00e9tration, d&rsquo;infiltration. La chaise du voisin racle, il est son heure, sa porte, sa porti\u00e8re claquent. Son auto d\u00e9marre, marche arri\u00e8re. Rien. Depuis rien. Noir comble. Sifflement passe pour silence. Aiguilles cervicales. Une narine aussi siffle. \u00c0 moi. \u00c0 gauche. Tension cervicale parasite le noir bourdonne dans les combles, on dirait partout, emplit tout. On entend que lui. Cela me parcourt dans un farfouillis de pattes, combien, un fouissement de corps, de quel poids se sent le bruit sur moi, peser s&rsquo;envoler fuir creuser, juste au-dessus de ma t\u00eate la b\u00eate d\u00e9bouche dans la chambre, tombe dans le lit sous la couette la peur, ne trouve pas la sortie l\u00e0 entre nos pieds, ou dans nos jambes \u2014 quelque chose manque, qui cloche. Je me suis d\u00e9tach\u00e9. Je me tiens \u00e0 pr\u00e9sent au-dessus de toi dans le noir, je me demande. Ouvre ma bouche pour t&rsquo;entendre. Rien ne respire. Rien ne respire plus le repos dans notre chambre, dans cette posture. Y es-tu\u00a0? O\u00f9 ton souffle\u00a0? S&rsquo;est-il fait guetteur comme le mien, mis en sourdine\u00a0? As-tu entendu toi aussi dans le toit courir, ou m&rsquo;as-tu entendu moi \u2014 c&rsquo;est moi ou \u00e7a court dans le toit\u00a0? Le silence. L&rsquo;immobilit\u00e9 est totale. T&rsquo;a-t-il ouvert les yeux le bruit de courir, je veux dire, p\u00e9n\u00e9trer\u00a0? Ta bouche ce faisant dans le noir s&rsquo;est-elle ouverte comme la mienne est, tout bruissement de l&rsquo;air dans mes narines contourn\u00e9, r\u00e9prim\u00e9\u00a0? M&rsquo;\u00e9coutes-tu t&rsquo;\u00e9couter\u00a0? Garderons-nous le silence\u00a0? Cependant que nos salives s&rsquo;accumulent dans le b\u00e9ant de nos bouches, de nous deux qui, d&rsquo;abord, d\u00e9glutira, ravalera \u2014 trahira son \u00e9veil et son guet\u00a0? Nous ne respirons presque plus, presque plus personne entre nous pour respirer, s&rsquo;avouer l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre notre pr\u00e9sence. Qui de nous deux prendra la parole, interrogeant, crevant le bombement noir de silence pour le dire \u2014 ce que c&rsquo;est\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-dark-gray-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background has-small-font-size\">De la recherche de bruits pour un film au film (ou drame&nbsp;?) de la recherche d&rsquo;un bruit<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le silence. Qui dira ce que c&rsquo;est ? <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_vers_un_ecrire_film_7_1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9crire-film #07 | Sauf<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":334,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3198,3060],"tags":[],"class_list":["post-69895","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-07-bruits","category-ecrire-film"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69895","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/334"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=69895"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69895\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":172825,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69895\/revisions\/172825"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=69895"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=69895"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=69895"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}