{"id":69919,"date":"2022-04-15T08:03:13","date_gmt":"2022-04-15T06:03:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=69919"},"modified":"2022-04-15T09:32:37","modified_gmt":"2022-04-15T07:32:37","slug":"vers-un-ecrire-film-05-dans-la-foret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/vers-un-ecrire-film-05-dans-la-foret\/","title":{"rendered":"Vers un \u00e9crire\/film #05 &#8211; Dans la for\u00eat"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/20220221-768x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-69920\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/20220221-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/20220221-315x420.jpeg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/20220221-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/20220221-1536x2048.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/20220221-scaled.jpeg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Je veux saisir le marcheur l\u00e0, \u00e0 l\u2019instant pr\u00e9cis o\u00f9 il entre dans la for\u00eat, quand ses pieds quittent le tapis vert des herbes pour entrer dans le monde des feuilles mortes, des histoires qu\u2019on chiffonne, albums de famille, cartes de la belle saison que les arbres envoient \u00e0 la terre, miettes de soleil. Dans les feuilles mortes de la s\u00e9cheresse de l\u2019\u00e9t\u00e9, le marcheur froisse, \u00e9crase, d\u00e9chire casse les souvenirs de la belle saison, et il s\u2019entend marcher, ses pas lui envahissent les oreilles, ils prennent toute la place, ils pi\u00e9tinent les autres sons, les autres bruits, les chants, les appels. M\u00eame en marchant doucement il perturbe, il d\u00e9traque, il chamboule. Pour entendre, il lui faut s\u2019arr\u00eater, ne plus bouger, s\u2019oublier. Alors seulement, il pourra acc\u00e9der aux bruits des autres, au-del\u00e0 de ses bruits \u00e0 lui. Chant d\u2019oiseau, eau qui court, vent dans les branches, le chantier d\u00e9braill\u00e9 de l\u2019oiseau qui cherche un insecte au hasard. Les pas attentifs du chevreuil qui a la t\u00eate en l\u2019air, les pas concentr\u00e9s du chevreuil t\u00eate baiss\u00e9e qui cherche de quoi manger. Silence assourdissant, craquant, pi\u00e9tinant. Le silence du vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Je veux saisir le marcheur l\u00e0, \u00e0 cet instant pr\u00e9cis o\u00f9 il entre dans la for\u00eat, quand ses narines assoupies d\u2019herbe coup\u00e9e rencontrent l\u2019odeur d\u2019humus. L\u2019odeur des feuilles de l\u2019\u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dent qui vont nourrir de leur savoir, de leurs souvenirs et de leurs r\u00eaves, les feuilles de l\u2019\u00e9t\u00e9 qui viendra. Et puis au fil des pas, d\u2019autres senteurs marquent leurs territoires, le piquant du noyer, le douce\u00e2tre du ch\u00e2taignier, la r\u00e9sine des sapins, le champignon timide, bien cach\u00e9 sous les feuilles qui laisse le vent le plus l\u00e9ger brouiller les pistes de sa pr\u00e9sence. Alors le panier \u00e0 la main, le couteau dans la poche et le b\u00e2ton gratouilleur, le marcheur part \u00e0 la recherche du chapeau brun fonc\u00e9 sur les tubes rassurants, du parasol jaune vif sur les plis des giroles ou du cornet si sombre des trompettes de la mort. Il y a aussi les autres, lamelles affriolantes, corolles transparentes, couleurs affolantes, ceux qu\u2019il ne connait pas, il n\u2019y touchera pas, mais son nez lui dira et il regardera, regrettant le fragile de ses savoirs de base. Plus loin, son nez le fera douter, feu de bois, cuisine&nbsp;? Non, ces odeurs-l\u00e0, ce sera pour plus tard. Peut-\u00eatre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je veux saisir le marcheur l\u00e0, \u00e0 cet instant pr\u00e9cis o\u00f9 il entre dans la for\u00eat des arbres sombres d\u00e9nud\u00e9s par le froid et vieillis par le blanc. Sous les pas du marcheur la neige se compacte et puis craque, cellulose min\u00e9rale. Plus froide, elle se ferait poudre souffl\u00e9e par la moindre promenade de l\u2019air, plus chaude elle serait boue collante qui ne garde pas l\u2019empreinte et h\u00e9site, translucide, entre la glace et l\u2019eau. Les branches alourdies viennent dessiner des courbes au milieu de l\u2019aust\u00e8re rectitude des troncs. Nostalgie noire et blanche, soulign\u00e9e en contrastes. Le blanc d\u00e9pose trop de lumi\u00e8re sur l\u2019image, notre \u0153il panique et se prot\u00e8ge, il se ferme aux d\u00e9tails, aux nuances aux valeurs, aux textures des \u00e9corces. L\u2019hiver gratte et r\u00e9v\u00e8le tout de la vie de tous. Par l\u2019impudeur du froid qui d\u00e9nude les arbres et offre \u00e0 nos regards les membres d\u00e9v\u00eatus. Par les poin\u00e7ons des pattes qui disent les errances et guident les pr\u00e9dateurs vers les refuges des proies. Au-del\u00e0 de ces traces, la vie est assoupie, aucun insecte en vol, d\u2019autres au fond des terriers, comme une ville vide, au pays des immeubles, des rues et des voitures, un monde si \u00e9loign\u00e9 qu\u2019il semble disparu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je veux saisir le marcheur l\u00e0, \u00e0 cet instant pr\u00e9cis o\u00f9 il entre dans la fraicheur de la for\u00eat \u00e0 l\u2019abri du soleil de l\u2019\u00e9t\u00e9. Parfois son corps trop \u00e9chauff\u00e9 aura transpir\u00e9, l\u2019humidit\u00e9 sur sa peau se transformera presque en froid une fois qu\u2019il se sera plac\u00e9 sous la protection des arbres pour \u00e9chapper aux rayons du soleil. Chair de poule. Celle du frais des ombrages, comme celle de ces histoires sombres, des contes \u00e0 faire fr\u00e9mir invent\u00e9s pour faire peur. Ogres, enfants perdus, chaperons et galettes, bucherons et sortil\u00e8ges. La for\u00eat cache dans ses p\u00e9nombres nos peurs, nos angoisses, nos cauchemars. Le courage qu\u2019on voudrait tant avoir. Alors timidement, on avance, il faut aller y voir. V\u00e9rifier qui est l\u00e0 tapis derri\u00e8re un tronc, reconna\u00eetre les bruits, les rendre familiers. Aux gens des \u00e9tendues, aux habitants des villes, la for\u00eat est une foule de grands \u00eatres inconnus, qui ont leur rythme propre, leurs longues habitudes et puis leur \u00e9l\u00e9gance. \u00c9lanc\u00e9s, sobres ou tortur\u00e9s, les arbres disent leur vie aux angles de leurs courbes et de leurs embranchements. En leurs cassures aussi. \u00c0 mieux connaitre les arbres, on v\u00e9n\u00e8re les for\u00eats, on aimerait tant quitter la ville, le monde des verticales faites de mat\u00e9riaux morts, le b\u00e9ton ou la pierre, le transparent du verre. Ce vieux monde disparu pour tous ceux que la for\u00eat envo\u00fbte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je veux saisir le marcheur l\u00e0, \u00e0 l\u2019instant pr\u00e9cis o\u00f9 il entre dans la for\u00eat, quand ses pieds quittent le tapis vert des herbes pour entrer dans le monde des feuilles mortes, des histoires qu\u2019on chiffonne, albums de famille, cartes de la belle saison que les arbres envoient \u00e0 la terre, miettes de soleil. 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