{"id":70307,"date":"2022-04-26T18:48:00","date_gmt":"2022-04-26T16:48:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=70307"},"modified":"2022-04-27T08:00:19","modified_gmt":"2022-04-27T06:00:19","slug":"ecrire-film-05-les-cellulaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecrire-film-05-les-cellulaires\/","title":{"rendered":"vers un \u00e9crire-film #05 |\u00a0les cellulaires"},"content":{"rendered":"\n<p>Je veux saisir le moment o\u00f9 tu te d\u00e9cides enfin \u00e0 sortir, parce qu\u2019il faut bien accepter de sortir parfois, aller acheter le pain, faire cet effort douloureux de s\u2019habiller, de voir la lumi\u00e8re, rentrer dans le flot du bruit souple comme une liane devineresse autour de toi, ce n\u2019est pas jour de march\u00e9 dans ta t\u00eate, mais jour du petit jour, o\u00f9 tu acceptes de t\u2019employer \u00e0 rentrer dans le monde. S\u2019isoler totalement n\u2019est pas bon pour le moral, tu le sais, et si jamais tu pouvais faire ce petit tour par la m\u00e9diath\u00e8que ce serait encore mieux. L\u00e0-bas les vitres sont immenses et forment un solarium dans le c\u0153ur quand tu t\u2019enfonces dans les canap\u00e9s fleuris, d\u00e9j\u00e0 remplis de m\u00f4mes qui chahutent. Cette pagaille pleine d\u2019\u00e9toiles. \u00ab&nbsp;vous n\u2019auriez pas le dernier Connelly&nbsp;?&nbsp;\u00bb Ton c\u0153ur sur une civi\u00e8re, s\u2019abreuvera toujours de bons polars. Apr\u00e8s tu rentres, et d\u2019avoir march\u00e9 un peu, tu as tout \u00e0 coup cet \u00e9lan-l\u00e0, difficile \u00e0 narrer, la force de te laver, de rentrer dans une eau souple qui te bouscule tout l\u2019int\u00e9rieur. Je veux saisir le moment exact o\u00f9 tu sens confus\u00e9ment que tu pourrais t&rsquo;en sortir, peut-\u00eatre en sortir, de la d\u00e9pression.<\/p>\n\n\n\n<p>Je veux pouvoir t\u2019accompagner au matin, depuis le fourgon o\u00f9 tu te gares en pleine nuit, dans la cave n\u00b059 de la rue Michelet, sous l\u2019immeuble du quartier de la Roseraie, rempli de linges comme des cygnes tourbillonnants aux fen\u00eatres, qui viennent chercher des miettes de pain par les fen\u00eatres ouvertes. Il ne pleut pas toujours en banlieue. Parfois c\u2019est un soleil d\u00e9plac\u00e9 de biais, qui all\u00e8ge les pierres, qui rend moins \u00e9pais. Tu ne sais pas, il faut bien faire semblant de sortir, arpenter la pente, descendre en souterrain, revoir la dame qui chante avec son accord\u00e9on. Cette souplesse du zinc, comme si l\u00e0, dans ce couloir de m\u00e9tro, tu \u00e9tais au comptoir d\u2019un caf\u00e9, \u00e0 \u00e9couter la dame qui chante.<\/p>\n\n\n\n<p>Je veux saisir ce moment o\u00f9 tu baisses la t\u00eate pour rentrer dans le garage, la grande salle sans fen\u00eatres o\u00f9 tu vis en ce moment, cent euros le mois, \u00e7a arrange la famille du vieil homme, arrondit leurs fins de mois, puisqu&rsquo;il y en a plusieurs \u00e0 supporter, douze p\u00e9nuries exactement par an, c\u2019est pas la panac\u00e9e de trouver un logement aujourd\u2019hui, une telle chance de pouvoir amasser tous tes cartons, ta vie fuligineuse, ton ancre marine, tes quelques \u00e9tag\u00e8res. Et le petit frigo o\u00f9 tu ranges encore des livres. Tu as mis de la mousse en plastique en bas des portes pour boucher les courants d\u2019air, c\u2019est tuant les courants d\u2019air. Ils n\u2019ont plus de voitures, il fallait bien occuper le garage quinze m\u00e8tres carr\u00e9, et puis c\u2019\u00e9tait financi\u00e8rement impossible une voiture. Alors \u00e7a pourrait devenir possible, \u00e0 force de th\u00e9sauriser un peu, de petits tafs en petits tafs, de mettre de l\u2019argent \u00ab\u00a0de c\u00f4t\u00e9\u00a0\u00bb comme on dit, pour trouver une caravane, te poser face \u00e0 la mer, cinq euros la nuit, tu travaillerais sur les march\u00e9s, dans les vergers de Vend\u00e9e, les cueillettes de pommes et de champignons dans les grottes souterraines et glac\u00e9es. Tu aurais l\u2019esprit libre, et les choses qui bougent en dedans seraient plus libres, \u00e0 presque reprendre, l\u00e0 o\u00f9 tu les as laiss\u00e9s, l\u2019\u00e9criture de tes romans.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais trouver le temps de te rendre visite, mon Jacky, passer un dimanche en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, passer la fouille, la demande de papiers, r\u00e9pondre au questionnaire, traverser plusieurs sas, des vitres sans teint pour enfin m\u2019asseoir en face de toi \u2013 te retrouver jovial, le corps et la t\u00eate bien faits, d\u2019avoir affront\u00e9 les courts-circuits de l\u2019existence sous le guet placide et lent du gardien, tandis que je te crois, toujours je te crois quand du carr\u00e9 des \u00e9paules, tu dis tu t\u2019es rang\u00e9. Le regard bleu dans l\u2019isoloir. Mon cellulaire et doux frangin, mon sans-lumi\u00e8re, mon fier gredin. Allez venez, Milord.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je veux saisir le moment o\u00f9 tu te d\u00e9cides enfin \u00e0 sortir, parce qu\u2019il faut bien accepter de sortir parfois, aller acheter le pain, faire cet effort douloureux de s\u2019habiller, de voir la lumi\u00e8re, rentrer dans le flot du bruit souple comme une liane devineresse autour de toi, ce n\u2019est pas jour de march\u00e9 dans ta t\u00eate, mais jour du <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecrire-film-05-les-cellulaires\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">vers un \u00e9crire-film #05 |\u00a0les cellulaires<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":330,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3167,3060],"tags":[],"class_list":["post-70307","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-05-pousser-la-porte","category-ecrire-film"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70307","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/330"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=70307"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70307\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=70307"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=70307"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=70307"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}