{"id":70340,"date":"2022-04-27T12:48:00","date_gmt":"2022-04-27T10:48:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=70340"},"modified":"2022-04-28T07:04:04","modified_gmt":"2022-04-28T05:04:04","slug":"ecrire-film-07-trois-heures-vingt-huit-dans-le-petit-salon-bulbe-de-sons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ecrire-film-07-trois-heures-vingt-huit-dans-le-petit-salon-bulbe-de-sons\/","title":{"rendered":"vers un \u00e9crire-film #07 | trois heures vingt-huit dans le petit salon, bulbe de sons"},"content":{"rendered":"\n<p>C\u2019est le temps de la recherche, les yeux s\u2019ouvrent dans le jet brusque d\u2019une explosion de lumi\u00e8re, un film d\u2019action r\u00e9duit au silence, coule sans braire du t\u00e9l\u00e9viseur. Chaque nuit d\u00e9di\u00e9e au souffle brusque des lumi\u00e8res, le salto des images pour y pi\u00e9ger les insomnies. Toujours vers les trois heures pass\u00e9es, trois heures vingt-huit \u00e0 chaque r\u00e9veil, l\u2019horloge interne crispe le c\u0153ur, le battement d\u00e9cisif des paupi\u00e8res, c\u2019est fait. Projection.&nbsp; A plus de trois heures, la petite danse des m\u00e2choires, malaise malax\u00e9 d\u2019ombre, se r\u00e9veille devant le poste allum\u00e9, le casque aux oreilles gr\u00e9sille dans le volume r\u00e9duit \u00e0 z\u00e9ro, scaphandre de chaque nuit, p\u00e8se sur les cervicales quand le corps enroul\u00e9 trop grand d\u00e9borde des pieds du canap\u00e9. Sans teinte particuli\u00e8re, les derniers sons fuient depuis le lampadaire de la rue. Le craquement m\u00e9tallique des dents contre elles-m\u00eames, ce petit tour des m\u00e2choires d\u00e9testant mal le fil de fer \u2013 ou la viande dure \u2013 de l\u2019angoisse m\u00e2ch\u00e9e par \u00e0-coups jusqu\u2019au matin. Au matin, le bas du visage endolori. Le feuillage de la douleur bruit jusqu\u2019aux oreilles, frotte l\u2019enclume de la t\u00eate. Mais \u00e0 trois heures, rien n\u2019est encore d\u00e9cid\u00e9 ce que qui s\u2019imprimera dans le corps. Le petit poste d\u00e9clame son jet de couleurs, percutant l\u2019ombre du salon comme brume jaillissante immobile, ce qu\u2019elle aurait pris par surprise en photo. Dans la poussi\u00e8re bleue, elle parvient \u00e0 se lever, le corps emp\u00eatr\u00e9 d\u2019un sommeil in\u00e9gal fait le dos rond d\u2019un chat, tend les bras dans le cuir d\u2019un accoudoir, ne pourra tout d\u2019elle relever, si pi\u00e9g\u00e9 dans le fin fond du casque \u00e0 gr\u00e9silles. C\u2019est de la poitrine que monte le suif de la soif, presque imp\u00e9rieux dans le bleu couch\u00e9 du t\u00e9l\u00e9viseur commun. Le robinet cr\u00e9e cette entropie d\u00e9licieuse, cascade de souvenirs dans la nuit \u2013 la nuit cachette, irr\u00e9solue, qu\u2019on parcourt \u00e0 quatre mains, symphonie du nouveau monde, croissance \u00e0 deux au fond du vide. A deux, les cordes se rallongent, peuplent progressivement la terre, ramifient les souvenirs. L\u2019agitation de l\u2019eau contre les doigts fait sourire, il pleut des joies communes sur la peau. Elle aimerait se tordre en tige \u00e9paisse et monter jusqu\u2019au plafond, l\u2019\u00e9tirement croissant de la peau o\u00f9 plie, d\u00e9cuple la s\u00e8ve des synapses, ces doux raccords de nos cellules. Les mains dans la nuit, sentent passer la main de l\u2019air froid, avancent dans l\u2019\u00e9paisseur du vide, veulent s\u2019enduire d\u2019un baume sur les bras et le visage, faire glisser l\u2019huile o\u00f9 plus aucune cellule ne sera disjointe. Glissement des trois heures vingt-huit dans le petit salon. Du fond de la ville, m\u00eame \u00e0 travers les vitres closes de l\u2019appartement, on ressent les braises longuement pr\u00e9par\u00e9es du p\u00e9riph\u00e9rique. A moins que ce ne soit l\u2019autoroute, qui se d\u00e9place autour de la ville comme une huile, penche et bifurque, se m\u00eale \u00e0 la bouillie des murs en pleine nuit. Les vibrations des trois tonnes cinq fomentent quelque chose qui se malaxe, une p\u00e2te pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 l\u2019avance, juste avant le levain du jour, l\u2019odeur de sa levure, avant l\u2019odeur du pain qui monte aux oreilles. Elle aurait un autre corps \u00e0 border, tout serait diff\u00e9rent, le pain des mains aurait cette chaleur substantielle, un ramassis de papiers qui ferait corps, gravats quelque part dans un angle \u2013 une chose qui se construit \u00e0 plusieurs, fait toujours ce d\u00e9sordre bien plein \u2013 des pi\u00e8ces qui s\u2019accordent au bon puzzle de bois mat, cette m\u00e9moire du corps. Mais tout est fr\u00eale et disloqu\u00e9 en territoire de solitude. Il faut s\u2019asseoir bien droite dans la cuisine, ouvrir les bras, tendre le buste, entendre la canop\u00e9e qui tangue \u00e0 travers les murs, ce flottement de rue morte sous le lampadaire, le gr\u00e9sil inattendu de la mort qui perce de ses tiges les trois heures du matin bien pass\u00e9es, attendre que chaque sonorit\u00e9 vienne perforer le temps de la recherche. Et puis, \u00e9crire se dit-elle, les doigts sous l&rsquo;eau, le fil de fer, bouge sous les m\u00e2choires, attentif au petit d\u00e9placement des livres qui poussent au fin fond du t\u00e9l\u00e9viseur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est le temps de la recherche, les yeux s\u2019ouvrent dans le jet brusque d\u2019une explosion de lumi\u00e8re, un film d\u2019action r\u00e9duit au silence, coule sans braire du t\u00e9l\u00e9viseur. 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