{"id":70522,"date":"2022-05-02T20:10:05","date_gmt":"2022-05-02T18:10:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=70522"},"modified":"2022-05-03T08:12:49","modified_gmt":"2022-05-03T06:12:49","slug":"dialogue-02-foule","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dialogue-02-foule\/","title":{"rendered":"dialogue #02 | foule"},"content":{"rendered":"\n<p>Je ne les supporte pas, je ne les supporte pas ces collectifs o\u00f9 sous couvert de bienveillance, cela se soumet, cela ne dit pas, cela se tait, mais cela pense tout bas, cela manque de respect, cela ne vaut pas mieux qu&rsquo;un autre, cela est groupe, foule, des gens ensemble &#8211; ensemble ? Faites moi rire, quand est on r\u00e9ellement ensemble ? Qui est ensemble ? Se reconnait-on dans l&rsquo;autre ou fait-on semblant ? Je ne les supporte pas ces groupes qui se retrouvent, prennent des rendez-vous, des d\u00e9cisions, pensent savoir mieux que les autres, pour le bien-fond\u00e9, le mieux vivre, le durable et tout le tsoin-tsoin-tagada. On ne me l&rsquo;a fait pas \u00e0 moi cette esprit d&rsquo;\u00e9quipe, cette solidarit\u00e9, cette \u00ab\u00a0on ne forme qu&rsquo;un\u00a0\u00bb ! On ne me l&rsquo;a fait pas \u00e0 moi, cette entraide, cette \u00ab\u00a0on est tous pareils\u00a0\u00bb, cette \u00ab\u00a0on s&rsquo;aime\u00a0\u00bb ! Regarde les &#8211; \u00c7a se sourit, \u00e7a partage un repas, \u00e7a se dit oui, \u00e7a se croit ami. Soudain, mon ange m&rsquo;arr\u00eate : (Qu&rsquo;est ce qui t&rsquo;arrives aujourd&rsquo;hui ? Pourquoi es tu d&rsquo;une humeur massacrante ? Pourquoi dis tu autant de b\u00eatises ?) &#8211; Exc\u00e9d\u00e9e, je lui r\u00e9ponds du tac au tac (Je ne dis pas de b\u00eatises, je veux pouvoir dire, dire sans me cacher, dire sans me mentir, dire que les autres&#8230;) (Les autres ?) Elle m&rsquo;interrompt, (quels autres ? o\u00f9 vois-tu d&rsquo;autres que toi-m\u00eame ? Pourquoi t&rsquo;\u00e9nervent-ils ? Que reconnais tu en eux qui est d\u00e9j\u00e0 en toi ? Pourquoi rugis-tu ainsi si tu ne te reconnait pas ?). Je la laisse parler mais j&rsquo;aimerais l&rsquo;\u00e9trangler. J&rsquo;aimerais que pour une fois, elle se taise, et me laisse exploser, d\u00e9gueuler sur le monde entier. (Le monde entier, ne crois tu pas que tu exag\u00e8res un peu ?) &#8211; (Mais jamais tu ne te tais ?) (Non, je suis ton ange et je veille sur toi, ne l&rsquo;oublie pas) &#8211; (Parfois je ne veux plus t&rsquo;entendre) (Je sais mais \u00e7a va aller). Et rageusement, je continue de noter dans mon cahier les phrases \u00e0 retenir, les m\u00e9thodes \u00e0 appliquer, les objectifs \u00e0 suivre, les deadlines \u00e0 respecter.<\/p>\n\n\n\n<p>Et voil\u00e0, cela n&rsquo;avance pas &#8211; A peine six heure du matin et je suis d\u00e9j\u00e0 coinc\u00e9e dans ce putain d&#8217;embouteillage avec ces putains de cons \u00e0 la gueule d\u00e9faite et l&rsquo;haleine qui doit puer. (Bonjour, comment vas tu ce matin ?) (Ah, tu es l\u00e0 toi, je vais bien comme tu l&rsquo;entends.) (Pourquoi tu ne roules pas ?) (Pourquoi je ne roule pas, pourquoi je ne roule pas ? Mais parce que vois tu il y a les autres, les autres, \u00e0 droite, \u00e0 gauche, devant et derri\u00e8re et que personne n&rsquo;avance) Un long silence suit cet \u00e9change puis mon ange parle (Je vois, vous \u00eates coinc\u00e9s) &#8211; J&rsquo;exprime un long soupir, une respiration. Parfois, j&rsquo;ai envie qu&rsquo;elle n&rsquo;existe plus, j&rsquo;ai envie qu&rsquo;elle m&rsquo;abandonne&#8230;(Non, tu ne veux pas que je t&rsquo;abandonnes parce que si je t&rsquo;abandonnais, tu serais seule) (Mais non ) (Mais si, tu serais seule et tu le sais) (J&rsquo;ai pleins d&rsquo;amis.es) (Et alors ? N&rsquo;est t&rsquo;on pas seule, m\u00eame entour\u00e9e ?) Mais avance putain, tu vois bien que \u00e7a a boug\u00e9 non ! Tiens, je t&rsquo;envoie un klaxon dans les oreilles, et un long, un qui te gicle dans les tympans, un qui te r\u00e9veilles de ton sommeil, un qui va te foutre dans le mur. (Qu&rsquo;est ce qu&rsquo;il y a tu as mal dormi ?) J&rsquo;en ai rien \u00e0 foutre, je ne lui r\u00e9pond plus. (Je crois que tu n&rsquo;es pas heureuse tu sais, si tu l&rsquo;\u00e9tais, tu ne serais pas en train d&rsquo;hurler contre la vitre de ta voiture des paroles injurieuses \u00e0 celles et ceux qui ne t&rsquo;ont rien fait et qui comme toi vont juste travailler) (Mais si je suis heureuse, je suis fatigu\u00e9e, c&rsquo;est tout, fatigu\u00e9e, et j&rsquo;en ai assez assez de perdre du temps, mon temps, \u00e0 peine \u00e9veill\u00e9e).(Change de vie) murmure t&rsquo;elle \u00e0 mon oreille. (Change de vie) glisse t&rsquo;elle dans mon cerveau. (Change de vie) je ne veux plus l&rsquo;entendre. J&rsquo;allume la radio, fort.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre verre s&rsquo;il vous plait. (Tu devrais arr\u00eater !) (S&rsquo;il te plait ce soir laisse moi m&rsquo;amuser. Je ne veux pas que tu sois une ange moralisatrice, je veux que tu sois mon amie, s&rsquo;il te plait). Le barman me tend le wisky entre les t\u00eates agglutin\u00e9es au bar de la rue Mouffetard. C&rsquo;est ce petit bar du coin de la rue, celui o\u00f9 j&rsquo;aime parfois aller boire, seule ou accompagn\u00e9e. Boire parce que j&rsquo;aime cela, ressentir la chaleur des autres, le d\u00e9sir monter, les effluves de l&rsquo;alcool venir et ma t\u00eate se mettre \u00e0 tourner. (S&rsquo;il te plait, mon ange, laisse moi m&rsquo;enivrer). (Mais tu n&rsquo;aimes pas cela, je sais que tu n&rsquo;aime pas cela et tu vas avoir chaud, et tu vas prendre peur, et tu voudras t&rsquo;en aller et tu ne pourras plus t&rsquo;enfuir et tu seras fatigu\u00e9e et tu vas te mettre \u00e0 pleurer). D&rsquo;une oreille distraite, je l&rsquo;\u00e9coute, en buvant mon verre, lentement. Et lentement, la foule m&rsquo;agrippe, se referme et se frotte \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Et lentement, je me laisse porter, je me laisse toucher, je me laisse glisser. Et lentement, ma t\u00eate se met \u00e0 tourner et mes yeux se ferment quand soudainement, je me sens rattrap\u00e9e. Mais c&rsquo;est qu&rsquo;il est pas mal, je me mets \u00e0 penser la main dans la sienne, mes yeux exorbit\u00e9s, mon sourire dans le sien. (Attention, la tentation est grande mais n&rsquo;oublie pas ce qui est arriv\u00e9 la derni\u00e8re fois) &#8211; (Que racontes tu ? Je ne me rappelle plus) (Rappelle toi, tu ne peux pas avoir oubli\u00e9). Et d\u00e9j\u00e0, il m&rsquo;attire vers lui et d\u00e9j\u00e0 il m&rsquo;extirpe de la foule, et d\u00e9j\u00e0, il m&#8217;emm\u00e8ne dans un coin, et d\u00e9j\u00e0 (Mais pourquoi tu ne m&rsquo;\u00e9coutes pas ? Je vais te laisser, je m&rsquo;en vais). (Non s&rsquo;il te plait, reste, reste \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s) (Mais je ne veux plus \u00eatre l\u00e0, je ne veux plus te ramasser, je ne veux plus te porter, je m&rsquo;en vais) (Non reste \u00e7a va bien se passer). Et tout autour, les gens se sont mis \u00e0 danser, et tout autour, les gens se sont d\u00e9v\u00eatus, et tout autour, la musique nous balance et tout autour, l&rsquo;alcool nous emporte et (Tu es l\u00e0 ?) (Tu es partie ?).<\/p>\n\n\n\n<p>(Oui je suis l\u00e0, viens, prends ma main) (Je l&rsquo;ai, tiens moi bien) (Je ne te l\u00e2che pas, viens) Mais je ne peux plus bouger &#8211; Et je ne sens plus mon coeur &#8211; Et je ne ressens plus rien. Et elle m&rsquo;arrache \u00e0 la mare de sang dans laquelle je trempe enti\u00e8rement, et elle m&rsquo;arrache \u00e0 ce bar meurtrier et je sens la foule que je quitte, et je go\u00fbte l&rsquo;air frais sur le visage, et je bois la pluie qui tombe (Tu ne me l\u00e2ches pas, hein ?) (Non, je reste avec toi, suis moi) (O\u00f9 m&#8217;emm\u00e8nes-tu ?) (Dans un endroit doux, fais moi confiance) et ma main dans la sienne, je me laisse guider et je traverse les rues d\u00e9sertes, et je traverse les boulevards, et je traverse les ponts, et je traverse le ciel. Et de loin, de tr\u00e8s loin, entour\u00e9s de nuages, je les vois, assis et nombreux (Oh non pas des gens, s&rsquo;il te plait pas encore du monde) (Viens ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas, \u00e7a va aller). Et de loin, de tr\u00e8s loin, je les vois, et elle me tire vers eux. Ce sont des femmes, ce sont des hommes, ce sont des enfants, ce sont des vieillards, ce sont des toutes sortes, ce sont des gens qui ne se regardent pas, ce sont des gens qui ne se parlent pas (Mais qu&rsquo;est ce qui se passe ? Que font-ils ?) (Ils ne font rien, ils ferment les yeux) (Oui mais l\u00e0 tous ensemble, sans un bruit, pourquoi ?) (Pour rien, ils sont bien, ils \u00e9coutent) (Ils \u00e9coutent quoi ?) (Le silence, le rien) (Je ne comprend pas) (tu n&rsquo;as pas besoin, assieds toi) Je n&rsquo;ose pas. J&rsquo;ai un peu froid. Je suis entour\u00e9e d&rsquo;air, mon cr\u00e2ne est \u00e0 l&rsquo;envers et je n&rsquo;ai qu&rsquo;une envie, c&rsquo;est d&rsquo;aller me coucher. (Assieds toi et ferme les yeux) (Mais je vais tomber) (Je suis l\u00e0, je te tiens, viens). Et doucement, elle pose ses mains sur mes \u00e9paules, me fait courber les jambes, tenir droit mon dos et d\u00e9licatement, elle se pose contre moi et me soutient. Et je ferme les yeux. Et je sens des gouttes d&rsquo;eau me rafraichir, et je sens une douceur m&rsquo;envahir. (C&rsquo;est bien non ?) (Oui c&rsquo;est bien)(Mais on est o\u00f9 ?) (Au paradis) (Arr\u00eate tes conneries, il n&rsquo;existe pas) (Ah oui ?) (Non mais s\u00e9rieusement) (C&rsquo;est toi qui le dis ) Je ne sais plus quoi dire, je ne sais plus o\u00f9 j&rsquo;en suis. (Et qu&rsquo;est ce que l&rsquo;on se dit maintenant?) (On ne se dit plus rien). <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne les supporte pas, je ne les supporte pas ces collectifs o\u00f9 sous couvert de bienveillance, cela se soumet, cela ne dit pas, cela se tait, mais cela pense tout bas, cela manque de respect, cela ne vaut pas mieux qu&rsquo;un autre, cela est groupe, foule, des gens ensemble &#8211; ensemble ? 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