{"id":70540,"date":"2022-05-02T15:43:31","date_gmt":"2022-05-02T13:43:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=70540"},"modified":"2022-05-03T08:28:50","modified_gmt":"2022-05-03T06:28:50","slug":"dialogue-01-laura-de-la-panthere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dialogue-01-laura-de-la-panthere\/","title":{"rendered":"dialogue #01 | l\u2019aura de la panth\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il \u00e9tait l\u00e0, assis sur une chaise, au dos et \u00e0 l&rsquo;assise sommairement rembourr\u00e9s. Il croise les jambes, puis les recroise dans l&rsquo;autre sens. Son smartphone repose sur sa cuisse, il ne cesse d&rsquo;y jeter un oeil. Davantage un geste compulsif qu&rsquo;une r\u00e9elle volont\u00e9 de consulter l&rsquo;heure qu&rsquo;il est. A chaque geste, le perfecto en cuir \u00e9pais qu&rsquo;il porte sur les \u00e9paules se met \u00e0 craquer. Difficile \u00e0 dire si ces gestes parasites t\u00e9moignent de l&rsquo;inconfort du si\u00e8ge ou sont simplement les cons\u00e9quences d&rsquo;un stress m\u00eal\u00e9 \u00e0 une impatience certaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dehors, il pleut. Comme souvent en Belgique, me direz-vous. Les gouttes d&rsquo;eau viennent gifler les cinq portes vitr\u00e9e qui constituent l&rsquo;entr\u00e9e du th\u00e9\u00e2tre. Dehors, les vrombissement rivalisent avec les bruits stridents des freins et des coups de klaxons. Dedans, le silence est de plomb. D&rsquo;autres personnes attendent \u00e9galement dans le sas qui sert d&rsquo;entr\u00e9e. Il y a ces deux jeunes filles, toutes de noir v\u00eatues, talkie walkie accroch\u00e9 \u00e0 la ceinture, qui \u00e9changent \u00e0 voix basse et qui se mettent tour \u00e0 tour la main sur l&rsquo;\u00e9paule, comme pour appuyer la discr\u00e9tion de leur conversation. Une autre dame fait les cent pas, papiers \u00e0 la main, lan\u00e7ant un regard appr\u00e9hensif \u00e0 travers les portes vitr\u00e9es. Et lui, il attend toujours, assis sur la chaise. Il a sorti un livre de son sac \u00e0 dos et le feuillette distraitement, avant de le reposer sur ses genoux. Lui aussi tient un oeil attentif vers l&rsquo;ext\u00e9rieur, scrutant le va-et-vient de v\u00e9hicules et de personnes press\u00e9es en ce lundi apr\u00e8s-midi. Tout le monde \u00e9vite de se regarder.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puis, elle arrive. Quelqu&rsquo;un \u00e0 sa gauche lui tient un parapluie pendant que l&rsquo;autre personne, \u00e0 sa droite, lui indique la route. Elle pousse une des portes, le silence se fait encore plus pesant. Un moment suspendu de quelques secondes, o\u00f9 les regards se croisent mais sans qu&rsquo;une parole ne s&rsquo;\u00e9chappe. L&rsquo;homme secoue son parapluie, faisant tomber sur la moquette quelques grosse gouttes, imm\u00e9diatement absorb\u00e9es par la moquette d&rsquo;un couleur bleu nuit. Elle le regarde faire et ses yeux sourient \u00e0 la place de sa bouche, dissimul\u00e9e derri\u00e8re un masque. Tout le monde garde une distance minimale, et l&rsquo;observe, l\u00e9g\u00e8rement g\u00ean\u00e9. Elle est enfin arriv\u00e9e. Avec sa coupe afro plus sel que poivre, et son long manteau noir, elle d\u00e9gage malgr\u00e9 elle une aura imm\u00e9diatement perceptible. Ses ann\u00e9es de lutte et de r\u00e9sistance l&rsquo;accompagnent d\u00e9sormais, sans qu&rsquo;elle ait \u00e0 faire le moindre geste. Une parure invisible, for\u00e7ant le respect et la retenue. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il se d\u00e9cide enfin \u00e0 se lever, en ayant au pr\u00e9alable rang\u00e9 son smartphone dans sa poche. Il tient son livre de la main gauche, la lani\u00e8re de son lourd sac \u00e0 dos reposant sur son \u00e9paule droite. Lentement, \u00e0 pas h\u00e9sitants, il s&rsquo;avance vers elle. Elle finit par le voir et lance aussit\u00f4t un regard vers l&rsquo;homme au parapluie. Il lui d\u00e9coche un signe rassurant, lui indiquant qu&rsquo;ils se connaissent et qu&rsquo;il n&rsquo;y a donc pas de crainte \u00e0 avoir. Ce genre de geste parfaitement connue de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre. Leur regard se croise \u00e0 nouveau, le terrain est \u00e0 pr\u00e9sent propice pour qu&rsquo;un \u00e9change puisse avoir lieu. Il est le premier \u00e0 prendre la parole, elle semble le remercier et accepte de prendre en mains le livre qu&rsquo;il lui tend. Elle retourne l&rsquo;ouvrage et observe la premi\u00e8re de couverture. Elle sourit \u00e0 nouveau. Sans le voir, mais on le devine. Ce type de sourire entendu et impr\u00e9gn\u00e9 de souvenirs, de m\u00e9moires et refrains connus. Elle ouvre le livre \u00e0 la premi\u00e8re page et y laisse une signature en diagonale, empruntant d\u00e9finitivement les trois quarts de la page. Aucune h\u00e9sitation, sa main parcourt la page d&rsquo;un geste fort et d\u00e9cid\u00e9. Elle referme ensuite l&rsquo;ouvrage, le tend avec une certaine d\u00e9licatesse \u00e0 l&rsquo;homme en cuir et se rend ensuite vers l&rsquo;ascenseur, d&rsquo;un pas franc et guid\u00e9e par ses deux acolytes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La conf\u00e9rence de presse va bient\u00f4t commencer et il est hors de question qu&rsquo;elle soit en retard. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il \u00e9tait l\u00e0, assis sur une chaise, au dos et \u00e0 l&rsquo;assise sommairement rembourr\u00e9s. Il croise les jambes, puis les recroise dans l&rsquo;autre sens. Son smartphone repose sur sa cuisse, il ne cesse d&rsquo;y jeter un oeil. 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