{"id":71026,"date":"2022-05-10T09:31:13","date_gmt":"2022-05-10T07:31:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=71026"},"modified":"2022-05-14T07:01:27","modified_gmt":"2022-05-14T05:01:27","slug":"dialogue03-ii-post-it","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dialogue03-ii-post-it\/","title":{"rendered":"dialogue #03 |\u00a0II, post-it"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"645\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/birds4-1024x645.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-71119\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/birds4-1024x645.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/birds4-420x265.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/birds4-768x484.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/birds4-1536x968.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/birds4-2048x1291.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">\u2014 Ils ont appel\u00e9 du pressing, c\u2019est la troisi\u00e8me fois cette semaine.<br>\u2014 Oui Marie, j\u2019y passerai au retour. Est-ce qu\u2019il y a autre chose Marie?<br>\u2014 Non. Rien.<br>Apr\u00e8s elle a parl\u00e9 du pain, celui de la boulangerie de l\u2019angle de la rue; celle \u00e0 la devanture bleue.<br>\u2014 N\u2019y vas pas, dans cette boulangerie il y a des pigeons qui entrent. C\u2019est sale.<br>Cette boulangerie avec des oiseaux peints en devanture. Des tourterelles.<br>\u2014 <em>Au pain des tourelles<\/em>, c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019elle s\u2019appelle Marie.<br>Souvent apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole il y allait avec l\u2019enfant. Ils achetaient des pains au chocolat tr\u00e8s gros.<br>Le matin il part \u00e0 huit heures. Tous les jours le m\u00eame trajet. Parfois il empruntait d\u2019autres rues; celle du square au long de la voie ferr\u00e9e par exemple. De l\u00e0 on voit le ciel. Il ne l\u2019emprunte plus&nbsp;; une main pourrait se glisser dans la sienne et l\u2019entrainer vers la grille du square ferm\u00e9. S\u2019arr\u00eater pour regarder le carrousel et son cheval en enseigne c\u2019est une chose qu\u2019 il faisait avant avec l\u2019enfant. \u00c0 cette heure le cheval est comme une girouette immobile; la nuit il galope dans les all\u00e9es. Parce que la nuit, c\u2019est connu, les statues vaquent. M\u00eame les lions de la fontaine se prom\u00e8nent. Avec l\u2019enfant ils aimaient imaginer des histoires. Mais ce que l\u2019enfant aimait par dessus tout, c\u2019est monter dans l\u2019avion \u00e0 h\u00e9lice et s\u2019\u00e9lever en tournant. Tourner avec le man\u00e8ge ou tourner \u00e0 cloche pied en regardant le ciel. Tourner sur l\u2019esplanade avec la bicyclette ou tracer des cercles \u00e0 la surface de l\u2019eau avec une pierre&#8230; Parfois aussi, il prenait par le passage qui jouxte l\u2019\u00e9cole \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la circulation et &nbsp;ils \u00e9changeaient des passes au ballon \u2014 pourvu qu\u2019il ait pris le ballon. Seulement une fois sur deux il l\u2019oubliait. Ou bien le passage \u00e9tait ferm\u00e9 et il ne connaissait pas le code pour entrer.<br><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">L\u2019agence o\u00f9 il travaille est \u00e0 vingt trois minutes \u00e0 pieds de l\u2019appartement, escalier compris. \u00ab&nbsp;Quatre \u00e9tages sans ascenseur mais vous y gagnez sur le prix au m\u00e8tre carr\u00e9&nbsp;\u00bb, c\u2019est Roland un copain d\u2019avant qui leur avait trouv\u00e9 l\u2019appartement. Avec Marie ils voulaient une deuxi\u00e8me chambre. Elle avait aim\u00e9 la lucarne en \u0153il-de-b\u0153uf et son encadrement \u00e0 l&rsquo;ancienne. M\u00eame le papier d\u00e9suet choisi par le propri\u00e9taire, un alphabet sur son fond bleu, lui plaisait. \u00ab&nbsp;Dans une chambre d\u2019enfant \u00e7a fera bien&nbsp;\u00bb, avait dit Marie.&nbsp;<br>Avant quand il quittait la maison il remontait v\u00e9rifier s\u2019il avait bien ferm\u00e9 la porte; cette anxi\u00e9t\u00e9 qui l\u2019avait saisit \u00e0 l\u2019arr\u00eat du tabac. L\u2019enfant s\u2019asseyait sur une marche du deuxi\u00e8me pour l\u2019attendre. Apr\u00e8s ils couraient pour rattraper le retard. Ils aimaient courir ensemble. \u00c0 pr\u00e9sent il ne court plus. Il se moque d\u2019arriver en retard. Vingt trois minutes de marche les yeux ferm\u00e9s. Un peu plus quand il pleut. C\u2019est curieux comme la pluie vous ralentit alors que vous pressez le pas. <br>Ce matin il pleut et il marche d\u2019un pas ample, cependant, c\u2019est imperceptible, on dirait qu\u2019il boite.<br>\u00ab\u00a0Scrupulum&nbsp;\u00bb, a dit une voix \u00e0 la radio \u2014 la nuit il \u00e9coute la radio avec des \u00e9couteurs pour ne pas&nbsp; d\u00e9ranger Marie qui ne dort pas elle non plus. \u00ab&nbsp;Comme avoir un petit caillou ou un grain de sable dans sa chaussure&nbsp;\u00bb<em>, <\/em>a dit cette linguiste italienne; une voix dont il se souviendrait \u00e0 cause de l\u2019accent italien.<br>\u2014\u00a0\u00bb<em>embrasse moi Marie, je ne peux plus avancer j\u2019ai un petit caillou dans ma chaussure\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0enl\u00e8ve d\u2019abord ta chaussure&nbsp;!<\/em>\u00ab\u00a0\u2014<br>Marie riait (elle a des dents courtes tr\u00e8s blanches quand elle rit on voit ses gencives elle a aussi des cheveux fins qui changent de texture suivant le temps). On peut dire qu\u2019\u00e0 Rome, d\u00e8s l\u2019a\u00e9roport les cheveux de Marie s\u2019\u00e9taient dress\u00e9s hirsutes. Ils avaient vu venir l\u2019orage dans les cheveux de Marie. La pluie \u00e9tait tomb\u00e9e tout le s\u00e9jour.&nbsp;<br>\u00ab\u00a0<em>Les thermes de Caracalla, tu te souviens Marie?<\/em>\u00ab\u00a0<br>Ce bassin de pierres rouges et l\u2019herbe ruisselante couverte de p\u00e2querettes. Et Marie avait regard\u00e9 les chats qui habitaient les ruines. Les chats plut\u00f4t que les pierres.&nbsp;<br>\u00ab\u00a0<em>Les Caravage, Marie tu te souviens?<\/em>\u00ab\u00a0<br>Des drap\u00e9s comme des remous de chair; les rouges d\u2019ombre; ces gestes stup\u00e9fi\u00e9s&#8230;<em> <\/em>dans des \u00e9glises obscures. Pour faire la lumi\u00e8re il fallait introduire des pi\u00e8ces dans un distributeur. Quelques minutes. Puis les tableaux se fondaient au noir. \u00ab\u00a0<em>Tes Carnages\u00a0\u00bb,<\/em> disait Marie que les stigmates impressionnaient. <br>Et prendre en contresens un bus qui s\u2019arr\u00eaterait au pied d\u2019un centre commercial en dehors de la ville. \u00ab\u00a0<em>Laisse le hasard d\u00e9cider\u00a0\u00bb, <\/em>avait dit Marie. Et le hasard d\u00e9cidait de cette place qu\u2019aucun guide ne mentionnait. De ce \u00ab&nbsp;Bouillon&nbsp;\u00bb romain o\u00f9 elle mangerait avec les &nbsp;doigts des spaghettis aux fruits de mer et lui une escalope pan\u00e9e \u00e0 la Milanaise: \u00a0\u00bb \u00e0 Rome?&nbsp; mais tu y penses? pourquoi pas du boeuf Stroganov\u00a0\u00bb<em>. <\/em>De cette femme qui chantait en yiddish dans une ruelle du Trastevere, de ce cin\u00e9ma qui passait des Romer en italien ou de <em>La<\/em> <em>Bocca dela Verit\u00e0 de l\u2019\u00e9glise Santa Maria in Cosmedin, <\/em>qu\u2019on reproduit dans tous les guides. Pour savoir si on dit la v\u00e9rit\u00e9 il faut placer sa main dans l\u2019ouverture de la bouche. Il avait dit \u00e0 Marie qu\u2019il l\u2019aimait . Marie s\u2019\u00e9tait abstenue et ils \u00e9taient rentr\u00e9 faire l\u2019amour dans cet h\u00f4tel o\u00f9 l\u2019homme qui gardait la cl\u00e9 des chambres avait un beau sourire et l\u2019air pakistanais.\u00a0\u00bbColis\u00e9e it&rsquo;s on the other side\u00a0\u00bb, l\u2019homme ne parlait qu\u2019anglais.<br>Leur &nbsp;chambre \u00e0 Rome avec une terrasse et vue sur le Colis\u00e9e. Leur chambre qui donnait sur un mur pel\u00e9. Alors, sans ouvrir la fen\u00eatre \u00e0 cause des pigeons qui s\u2019agglutinaient sur la balustrade, ils avaient regard\u00e9 le mur pel\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>                                                     <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Il rentre de son travail vers dix sept heures, parfois plus tard. Des appels de derni\u00e8re minute ou ce pot improvis\u00e9 pour la naissance pr\u00e9matur\u00e9e de l\u2019enfant du coll\u00e8gue qui avait eu tant de mal \u00e0 \u00eatre p\u00e8re. Avant il se d\u00e9p\u00eachait de renter. Ce soir il marche vers le pressing et il pleut. Il pleut. Il marche \u00e0 grandes enjamb\u00e9es sans ce presser. <br>Il marche et il pense \u00e0 Marie. <br>\u00ab\u00a0L\u2019eau grise du ciel de la ville grise c\u2019est tr\u00e8s d\u00e9sagr\u00e9able. L\u2019eau des goutti\u00e8res pleines de chiures, qui vous entre dans le cou. Il y a m\u00eame des plumes coll\u00e9es d\u2019excr\u00e9ments qui tombent\u00a0\u00bb<em>, <\/em>avait dit Marie ce jour o\u00f9 ils s\u2019embrassaient sous le kiosque du square qui longe la voie ferr\u00e9e. <br>Marie venait de lui annoncer qu\u2019en mars ils seraient trois. Elle s\u2019\u00e9tait mise \u00e0 trembler. Ce n\u2019\u00e9tait pas seulement leur baiser. Un pigeon lui avait fr\u00f4l\u00e9 l\u2019\u00e9paule et elle avait pouss\u00e9 un cri. (<em>je t\u2019aime pour ta peur des pigeons Marie je t\u2019aime tout enti\u00e8re et d\u00e9multipli\u00e9e Marie) <\/em><br><em>\u00ab\u00a0<\/em>A comme\u00a0: Anna. Anton. Alexandre. Ariane. Comme Amande ou comme Apiculteur&#8230;\u00a0\u00bb<br>Ce soir il marche vers le pressing et il a relev\u00e9 le col de son imperm\u00e9able, il le serre autour de son cou. Face au \u00a0pressing il y a un marchand de journaux. Il se souvient qu\u2019il avait achet\u00e9 une revue d\u2019art avec un suppl\u00e9ment sur Rome on voyait le Colis\u00e9e en couverture. Aujourd\u2019hui la vitrine est pass\u00e9e \u00e0 la chaux. Une simple occultation pour des travaux en cours. Avant il aurait appuy\u00e9 son front contre la vite pour regarder \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur; avant aimait les romans d\u2019espionnage et r\u00e9soudre les \u00e9nigmes. Il lisait tard dans la nuit et Marie qui lisait aussi passait sa main sous le drap. Parfois il jouissait sans s\u2019arr\u00eater de lire ou bien il s\u2019arr\u00eatait pour serrer Marie contre lui et ils s\u2019aimaient en retenant leur souffle \u00e0 cause de l\u2019enfant qui dormait dans l\u2019autre chambre. De l\u2019enfant qui ne s\u2019endormait\u00a0pas malgr\u00e9 la lampe qu\u2019ils lui laissaient allum\u00e9e \u2014 il grattait contre le mur avec son index. Ou bien il toquait doucement. <br>\u00ab\u00a0Vas-y, c\u2019est ton tour\u00a0\u00bb\u00a0, disait Marie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">La veste est pos\u00e9e sur le comptoir et l<em>e<\/em> patron sourit. C\u2019est un chinois de Ta\u00efwan. Vingt ans qu\u2019il est ici. Il connait bien ses clients. Sur la poche poitrine de la veste il y a un papier \u00e9pingl\u00e9. Un post-it jaune.<br>\u2014 On l\u2019a retrouv\u00e9 dans la poche de votre veste, on a pens\u00e9 que c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre important.<br>Un de ces petits carr\u00e9s qui peuvent se d\u00e9coller et se recoller sur beaucoup de supports. Une porte. Une vitre. Dans un livre en marque page. C\u2019est pratique pour prendre une note pas plus longue qu\u2019un Tweet. Ou pour la liste des courses. Sur le tissu \u00e7a ne tient pas alors on en retrouve souvent dans sa poche. <br>Il d\u00e9tache l\u2019\u00e9pingle et il glisse le post-it dans la poche de son imperm\u00e9able mouill\u00e9 <br>\u2014 Vous ne voulez pas mettre votre imperm\u00e9able quelques minutes au s\u00e9choir avant de ressortir?<em> <\/em><br>Il tient la veste par la t\u00eate m\u00e9tallique du cintre, l\u2019enveloppe plastique, qui la prot\u00e8ge, se couvre de gouttes comme une myriade d&rsquo;insectes translucides. Comme des coccinelles. Avant, si une coccinelle se posait sur la main de l&rsquo;enfant  ils comptaient son \u00e2ge  et ils&nbsp; faisaient chacun son v\u0153u. Une coccinelle sans \u00e2ge qui ne peut plus s\u2019envoler pour exaucer un v\u0153u ne sert \u00e0 rien, qui plus est une myriade.<br>Des vestes il en a trois; les m\u00eames \u00e0 quelques d\u00e9tails pr\u00e8s. Comme un uniforme. Deux suffiraient. M\u00eame une. M\u00eame pas.  <br>&#8230; un deux trois soleil&#8230; <br>Ces mois qui ont pass\u00e9 il a oubli\u00e9 d\u2019aller rechercher sa veste au pressing. <br>Il a travaill\u00e9 avec deux vestes, successivement. Il s\u2019est lev\u00e9 et il s\u2019est ras\u00e9; <br>il a descendu l\u2019escalier et il a march\u00e9 jusqu\u2019au bureau. <br>Ces mois il a suspendu son imperm\u00e9able \u00e0 la pat\u00e8re sur la droite avant d\u2019entrer dans le grand open-space du quatorzi\u00e8me \u00e9tage o\u00f9 il travaille depuis dix ans. Et les baies qui donnent sur le ciel ont une couleur ma\u00efs qui teinte les nuages; quand le ciel est bleu il est vert. <br>Ces mois il s\u2019est assis derri\u00e8re le bureau avec le gobelet froiss\u00e9 du caf\u00e9 refroidi et les piles de dossiers. Il a ouvert et referm\u00e9 les dossiers. Il a surlign\u00e9 des chiffres et relev\u00e9 des statistiques. <br>Ces mois qui ont pass\u00e9, un point rouge clignotait sur le cadran du t\u00e9l\u00e9phone fixe pos\u00e9 sur le bureau. Il a parl\u00e9 \u00e0 des clients sans visage. De Berlin. De Hong Kong ou de Rome. Ces mois il a salu\u00e9 des gens qui passaient entre les rang\u00e9es de bureaux du grand open-space qui donne sur le ciel et des lignes de mouches renvers\u00e9es sur le dos s\u2019asphyxiaient au long de la baie couleur ma\u00efs qu\u2019on ne peut pas ouvrir \u2014 pour fumer il faut descendre. <br>Ces mois il a fum\u00e9 sur le trottoir. Et il a senti leurs regards sur ses \u00e9paules. Leurs yeux de mouche qui le fixaient. <br>\u00ab\u00a0Empathie? Compassion&nbsp;? Condescendance&#8230; C\u2019est quoi le mot Marie?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>                                                       <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">Il marche sous la pluie. Dans la poche de son imperm\u00e9able mouill\u00e9 il y a le post-it jaune. Comme un petit caillou plus l\u00e9ger qu\u2019un grain de sable. Un post-it coll\u00e9 dans la paume d\u2019une main ou sur une paupi\u00e8re? Un grain de papier venu se glisser entre la peau et le monde. Un grain rest\u00e9 dans une veste oubli\u00e9e dans un pressing. <br>ll passe devant la boulangerie \u00e0 la devanture bleue l\u00e0 o\u00f9 ils achetaient les pains au chocolat tr\u00e8s gros. Il change de trottoir. Il entre dans le caf\u00e9 juste en face. Il commande un demi. Un caf\u00e9 plut\u00f4t, merci.<br>Dans la soucoupe deux morceaux de sucre le regardent, deux morceaux de sucre comme deux petits iceberg pos\u00e9s sur une soucoupe, le regardent. Alors il fouille dans la poche de son imperm\u00e9able mouill\u00e9. C\u2019est une boulette de la taille d\u2019une noix qu\u2019il pose \u00e0 c\u00f4t\u00e9 dans la soucoupe.\u00a0 Il d\u00e9froisse le post-it jaune et il l\u2019aplatit avec sa paume contre la table: fl\u00e8che \u2013 avion \u2013 \u00e9p\u00e9e \u2013 crayons. Des mots \u00e0 la mine de plomb. Une liste qui s\u2019efface: fl\u00e8che \u2013 avion \u2013 \u00e9p\u00e9e \u2013 crayon. Une liste de mots. Une liste de mot pour. Une liste de mots pour des cadeaux. Une liste d\u00e9froiss\u00e9e sur un post-it jaune. Une liste pour des cadeaux d\u2019anniversaire. <br>Sur la banquette la veste est comme quelqu\u2019un qui se serait endormi et dehors les gens vont sous la pluie la t\u00eate dans les \u00e9paules. Derri\u00e8re le comptoir le gar\u00e7on remue l\u2019eau de rin\u00e7age. Les verres tintent. Un vieil homme, et son chien, boit une anisette; une femme, et son b\u00e9b\u00e9, paye un paquet de cigarettes; un couple, avec des fleurs, commande deux th\u00e9s<br>\u2014On ne sert plus de chaud, dit le gar\u00e7on qui retourne les verres sur un torchon. <br>fl\u00e8che \u2013 avion \u2013 \u00e9p\u00e9e \u2013 crayons:  une liste retrouv\u00e9e dans la poche <br>d&rsquo;une veste oubli\u00e9e dans un pressing. <br>Il se l\u00e8ve et il sort. <br>Il marche sous la pluie.<br>Il monte les quatre \u00e9tages. Il ouvre la porte avec sa cl\u00e9. <br>Il suspend la veste dans le placard de l\u2019entr\u00e9e. <br>Il sort le post-it de la poche de son imperm\u00e9able. Il le pose sur la petite table de l\u2019entr\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des cl\u00e9s. Il va dans la cuisine. Il coupe une tranche pain. Il jette la mie par la fen\u00eatre. <br><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">\u2014 On va les racheter, tous les objets; tu es d\u2019accord&nbsp;? <br>\u2014Oui, Marie. <br>\u2014On demandera des paquets avec un beau papier d\u2019anniversaire et des rubans; tu es d\u2019accord&nbsp;? <br>\u2014 Oui Marie. <br>\u2014 On posera les paquets sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re dans sa chambre. <br>Tu es d\u2019accord Pierre, a dit Marie. Puis elle&nbsp; a ajout\u00e9 que c\u2019est une tr\u00e8s mauvaise id\u00e9e. Le post-it jaune elle l\u2019a rang\u00e9 dans la boite en fer qui est sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re de la chambre. Cette boite qui sent le biscuit. <br>Elle a pos\u00e9 la liste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du bonhomme Play-mobil qui tient une \u00e9p\u00e9e; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019avion miniature et de la coccinelle qui s\u2019aimante. Les cheveux de Marie faisaient comme une broussaille autour de son front. <br>Et dehors il pleuvait. <\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">reprise d'un texte amorc\u00e9 en atelier avec S\u00e9bastien Bailly puis travaill\u00e9 comme une nouvelle courte. ( et de revenir sur la place des dialogues au pr\u00e9sent-rem\u00e9mor\u00e9s...) <\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2014 Ils ont appel\u00e9 du pressing, c\u2019est la troisi\u00e8me fois cette semaine.\u2014 Oui Marie, j\u2019y passerai au retour. Est-ce qu\u2019il y a autre chose Marie?\u2014 Non. Rien.Apr\u00e8s elle a parl\u00e9 du pain, celui de la boulangerie de l\u2019angle de la rue; celle \u00e0 la devanture bleue.\u2014 N\u2019y vas pas, dans cette boulangerie il y a des pigeons qui entrent. C\u2019est <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dialogue03-ii-post-it\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">dialogue #03 |\u00a0II, post-it<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3229,3215],"tags":[],"class_list":["post-71026","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-03-dialogue-modiano","category-dialogue-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71026","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=71026"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71026\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=71026"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=71026"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=71026"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}