{"id":71059,"date":"2022-05-10T19:40:32","date_gmt":"2022-05-10T17:40:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=71059"},"modified":"2022-05-10T20:28:51","modified_gmt":"2022-05-10T18:28:51","slug":"dialogue-03-scene-de-crime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dialogue-03-scene-de-crime\/","title":{"rendered":"Dialogue #03 | Sc\u00e8ne de crime"},"content":{"rendered":"\n<p>La victime repose sur son flanc gauche. Un filet de sang s\u2019\u00e9chappe du coin de ses l\u00e8vres et goutte sur le sol avant de se perdre dans l\u2019herbe et sous un tapis de feuilles mortes. La commissaire est accroupie au niveau de sa t\u00eate et observe avec attention le corps sans vie, en qu\u00eate d\u2019un indice. Jeune femme, environ vingt-cinq ans, robe de pr\u00eat-\u00e0-porter l\u00e9g\u00e8re mais joliment coup\u00e9e. La commissaire se demande si elle a \u00e9t\u00e9 en mesure, un jour, de porter une telle robe. Quand elle avait douze ans peut-\u00eatre. Pas de trace de lutte, pas d\u2019ecchymose visible. Juste la trace d\u2019un coup de couteau dans l\u2019abdomen. Et ce filet de sang qui coule du coin de la bouche. Pieds nus, aussi. Pas banal.<br>Pas banal non plus, la musique du g\u00e9n\u00e9rique des \u00ab\u00a0Brigades du tigre\u00a0\u00bb comme sonnerie de t\u00e9l\u00e9phone. La commissaire d\u00e9croche, \u00e9change \u00e0 voix basse. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019inspecteur a commenc\u00e9 son oeuvre. Dans le viseur de l\u2019appareil photo, les pieds paraissent soign\u00e9s. Clac. L\u2019inspecteur observe les traces de rouge sur les ongles parfaitement coup\u00e9s, et ces chevilles si fines. Clac. Cette peau tellement blanche qu\u2019elle en parait translucide. Clac. Il n\u2019a jamais vu de peau aussi blanche. Dans son Maroc natal, la jeunesse a la couleur du caramel. M\u00eame quand il n\u2019y a plus de vie. Clac.<br>&#8211; Ali !<br>&#8211; Oui, commissaire. Je termine les photos\u2026<br>Sous un marronnier du grand parc de la r\u00e9sidence de la famille Laurent-Vibert, principale fortune de la commune de Lourmarin, la commissaire Camille de Montauban et l\u2019inspecteur Ali sont pench\u00e9s sur le corps sans vie de la jeune Madeleine Lemarchand, vingt-six ans, secr\u00e9taire particuli\u00e8re de Robert Laurent-Vibert le ma\u00eetre des lieux. Mais les fonctionnaires de la police criminelle de Marseille ne le savent pas encore \u00e0 cet instant pr\u00e9cis.<br>&#8211; Je prends \u00e7a aussi, dit-il en montrant les mains de la victime sur les doigts de laquelle un peu de terre rouge et s\u00e8che recouvre la peau laiteuse.<br>Clac, clac. En regardant ce corps mince allong\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9, les mains jointes devant elle comme si la victime \u00e9tait en train de prier, il ressent une sensation d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cue. Il pense que les crimes ont tous quelque chose en commun. Ce quelque chose d\u2019assez ind\u00e9finissable s\u2019exprime dans le silence qui \u00e9mane d\u2019un corps sans vie. Le silence d\u2019une mort entour\u00e9e de myst\u00e8res, d\u2019incertitudes, d\u2019hypoth\u00e8ses, de questions. Dans cette atmosph\u00e8re en suspension, les d\u00e9tails r\u00e9sonnent comme le bourdon de Notre-Dame de la Garde.\u00a0<br>&#8211; Inspecteur !<br>&#8211; Je me disais\u2026<br>L\u2019inspecteur Ali se dit plein de choses tout le temps. Il se dit que la pauvre petite a d\u00fb \u00eatre au mauvais endroit au mauvais moment. Il se dit que sa r\u00e9flexion est un peu courte parce que c\u2019est le cas de la totalit\u00e9 des victimes de meurtres. Il se dit qu\u2019il a envie de rentrer chez lui. Retrouver sa fille, lui parler de la vie.\u00a0<br>&#8211; Inspecteur ?<br>Dans le marronnier au-dessus de leur t\u00eate, deux pies jacassent. Elles se disputent un secret. Elles ont peut-\u00eatre vu quelque chose. A une cinquantaine de m\u00e8tres, plus pr\u00e8s du ch\u00e2teau, un chien enterre un os. Cela n\u2019a s\u00fbrement rien \u00e0 voir avec le crime mais ce n\u2019est pas s\u00fbr. Rien n\u2019est s\u00fbr. Pas m\u00eame le soleil, pas m\u00eame l\u2019ombre. Pas m\u00eame ce petit vent qui fait bruisser le jeune feuillage d\u2019un tilleul. Un fant\u00f4me peut-\u00eatre.\u00a0<br>&#8211; Inspecteur Ali ?\u00a0<br>&#8211; \u2026<br>La commissaire Camille de Montauban, t\u00eate pench\u00e9e, le t\u00e9l\u00e9phone encore dans la main, regarde fixement l\u2019inspecteur.<br>&#8211; Inspecteur Ali, votre m\u00e8re ?<br>&#8211; Quoi, ma m\u00e8re ?<br>&#8211; Votre m\u00e8re est morte ce matin.<br>Le vent effleure le visage de l\u2019inspecteur Ali.\u00a0<br>Un fant\u00f4me sans doute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-blue-background-color has-text-color has-background\"><strong>Codicille : Je ne sais pas d&rsquo;o\u00f9 m&rsquo;est sorti ce texte. Quelques pistes, assez n\u00e9buleuses, comme les enqu\u00eates du commissaire Montalbano de Camilleri qui se trouvent sur une \u00e9tag\u00e8re pas loin de moi, au c\u00f4t\u00e9 de celles de l&rsquo;inspecteur Ali de Driss Chra\u00efbi. Je pense aussi \u00e0 l&rsquo;incipit de \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e9tranger\u00a0\u00bb d&rsquo;Albert Camus (qui est enterr\u00e9 \u00e0 Lourmarin) : \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, maman est morte\u00a0\u00bb. Pour le reste, aucune id\u00e9e. Des fragments \u00e9pars qui se m\u00e9langent. Assez curieux&#8230;<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La victime repose sur son flanc gauche. Un filet de sang s\u2019\u00e9chappe du coin de ses l\u00e8vres et goutte sur le sol avant de se perdre dans l\u2019herbe et sous un tapis de feuilles mortes. La commissaire est accroupie au niveau de sa t\u00eate et observe avec attention le corps sans vie, en qu\u00eate d\u2019un indice. Jeune femme, environ vingt-cinq <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dialogue-03-scene-de-crime\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Dialogue #03 | Sc\u00e8ne de crime<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":352,"featured_media":71060,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3229,3215],"tags":[],"class_list":["post-71059","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-03-dialogue-modiano","category-dialogue-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71059","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/352"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=71059"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71059\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/71060"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=71059"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=71059"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=71059"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}