{"id":71555,"date":"2022-05-21T07:24:34","date_gmt":"2022-05-21T05:24:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=71555"},"modified":"2022-05-24T06:51:26","modified_gmt":"2022-05-24T04:51:26","slug":"dialogue-4-vous-elles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dialogue-4-vous-elles\/","title":{"rendered":"dialogue #04  | vous, elles"},"content":{"rendered":"\n<p>Vous vous rel\u00e8verez la nuit pour entendre son souffle, guetter un mouvement du corps, une exhalation vous suffira ou un tressaillement infime d\u2019un bras ou de la t\u00eate, encore faut-il le percevoir tant est faible la lumi\u00e8re h\u00e9sitante \u00e0 se faufiler par l\u2019interstice des rideaux soigneusement tir\u00e9s plus t\u00f4t juste avant la berceuse du soir, mais non vous n\u2019aurez pas lu une histoire, il n\u2019a pas encore l\u2019\u00e2ge, le parquet froid sous vos pieds nus et la chemise de nuit blanche en coton avec deux brides sages et une broderie que vous vous \u00e9tiez promis de rajouter mais c\u2019\u00e9tait avant, depuis vous n\u2019avez plus de temps pour rien et m\u00eame pour dormir il faudrait pour cela profiter de son temps de sommeil, mais vous en serez incapable longtemps, vous oublierez vous \u00eatre relev\u00e9e pour cela, vous progresserez prudemment pour ne pas faire craquer le plancher des fois que ce bruit sourd le r\u00e9veillerait vous n\u2019avez plus rien en vous ni courage ni force pour bercer encore et chantonner et marcher comme un automate le corps douloureux de tenir serr\u00e9 contre vous ce poids qui longtemps ne s\u2019abandonne pas que vous voudriez coucher plus horizontalement mais quelque chose lutte entre vos bras une autre volont\u00e9 \u00e0 se demander d\u2019o\u00f9 lui vient une telle force pour bander des muscles qu\u2019il ne poss\u00e8de pas encore vos pieds progresseront sur le parquet sombre et votre silhouette fantomatique \u00e0 glisser jusqu\u2019au berceau pour \u00e9couter ne pas y parvenir pencher le corps davantage en&nbsp; avant, vous oublierez la sensation de froid sur vos bras nus, vous les accrocherez au bord du lit pour basculer vers lui pour tenter d\u2019entendre, vous oublierez la n\u00e9cessit\u00e9 chevill\u00e9e au corps de venir jusqu\u2019\u00e0 lui \u00e9couter sa poitrine respirer encore, s\u2019en assurer, apaiser quelque chose au-dedans comme \u00e9loigner l\u2019ombre de la mort, comme un nuage accroch\u00e9 au pic d\u2019une montagne, empal\u00e9, ind\u00e9logeable, vous chuchoterez le plus bas possible mais que cela reste audible, il faut que cela soit entendu comme on \u00e9crit pour asseoir la parole, vous parlerez \u00e0 Dieu et vous direz merci et \u00e0 l\u2019enfant endormi bonne nuit, mon ch\u00e9ri, on ne vous r\u00e9pondra pas, vous n\u2019en serez pas surprise, votre visage impassible comme recouvert d\u2019un masque de cire blanche, une insensibilit\u00e9 affich\u00e9e pour tromper l\u2019ennemi, \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de votre bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous vous rel\u00e8verez la nuit pour respirer dans la chambre dans l\u2019illusion de l\u2019obscurit\u00e9 l\u2019endormissement des sens quand on a trop pleur\u00e9 le jour et dans l\u2019\u00e9puisement du corps priv\u00e9 de sommeil d\u2019un pas titubant d\u2019un corps t\u00e2tonnant d\u2019un \u00e9veil spectral vous aspirerez du bout du nez d\u2019abord sans trop y croire vous insisterez dans une concentration extr\u00eame dans le souvenir de son odeur d\u2019enfant endormi avec l\u2019espoir de vous laisser surprendre pour quelques minutes seulement, c\u2019est sciemment que vous tenterez de tromper votre esprit, de lui faire revivre quelques instants seulement du temps d\u2019avant, avant\u2026 Son odeur chaude d\u2019enfant endormi, vous l\u2019oublierez.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous vous rel\u00e8verez la nuit, il oubliera et vous aussi, &nbsp;votre pr\u00e9sence, il l\u2019oubliera, mais vous n\u2019y croirez pas, il a bien d\u00fb la sentir, c\u2019est ce que vous vous direz plus tard, lorsque vous vous interrogerez, que vous chercherez quoi lui r\u00e9pondre \u00e0 lui qui cherche qui exige des \u00e9claircissements, vous nierez une fois de plus, vous insisterez face \u00e0 lui, non \u00e0 aucun moment une ombre au-dessus de l\u2019enfant endormi comme la mort faisant son chemin de ronde, il s\u2019\u00e9tonnera, dira l\u2019avoir sentie, un voile couleur de fum\u00e9e qui mena\u00e7ait de s\u2019aplatir contre son visage de nourrisson, de p\u00e9n\u00e9trer par ses l\u00e8vres entrouvertes, pour l\u2019\u00e9touffer, si bien qu\u2019il lui a fallu apprendre \u00e0 ne pas dormir ou alors dormir tout ferm\u00e9, les narines pinc\u00e9es, la bouche close, les poings serr\u00e9s, les yeux pliss\u00e9s pour fermer plus \u00e9troitement les paupi\u00e8res, cadenasser \u00e0 double tour, vous nierez encore, il reviendra \u00e0 la charge, pourquoi alors tant d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, c\u2019est qu\u2019il demandera des comptes, n\u2019\u00e9tait-il pas en bonne sant\u00e9, vous ne saurez pas vous-m\u00eame que cela vient de loin, d\u2019un temps bien avant lui, &nbsp;de ce que vous aurez v\u00e9cu, attendre la mort et ne rien pouvoir y faire, rester au lit et attendre qu\u2019elle arrive, m\u00eame pas vingt ans, un jour on vous l\u2019annonce que votre c\u0153ur n\u2019est pas conforme, que vous pouvez en mourir, qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 faire, on n\u2019op\u00e8re pas encore, ou alors on op\u00e8re mais l\u2019op\u00e9ration tue le patient.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous marcherez comme un somnambule, dans un \u00e9tat hypnotique, votre silhouette blanche refl\u00e9tant la lumi\u00e8re de la nuit de pleine lune. J\u2019exigerai que votre visage reste flou, pour donner vie \u00e0 chacune d\u2019elles, que j\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9e ici, un m\u00eame visage et ce sera le v\u00f4tre, c\u2019est lui que j\u2019ai choisi pour leur donner corps, comme un artisan il apportera mati\u00e8re \u00e0 leur douleur, et ce sera avec votre squelette, votre chair et vos muscles, votre fa\u00e7on de le mouvoir, l\u2019une portant la peur de mourir qu\u2019on lui avait fich\u00e9 \u00e0 m\u00eame le corps depuis l\u2019annonce de sa maladie, quand l\u2019autre l\u2019aura port\u00e9 \u00e0 m\u00eame sa peau la mort, ou elle morte de son absence, de son corps qu\u2019on lui a arrach\u00e9, quand garder son corps c\u2019est tout ce qui lui restait, sans paroles, sans mouvement, sans souffle, sa douleur \u00e0 apprendre que son corps avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9rob\u00e9, le rocher pouss\u00e9 et d\u00e9plac\u00e9 dans la nuit et la grotte \u00e9tait vide et tout ce qui restait \u00e9tait l\u2019absence, et pour elle aussi, la douleur de l\u2019absence depuis la statue de Marie, le travail du sculpteur pour donner existence avec le froid du marbre \u00e0 cela d\u2019elle pour toutes les autres, la douleur de l\u2019absence pour porter l\u2019absence \u00e0 plusieurs. Vous marchez et la cam\u00e9ra vous suit. Vous l\u2019oublierez. Vous continuez \u00e0 marcher sur la pointe de vos pieds nus. Vous marchez ainsi non pas \u00e0 cause de la froidure du sol, de l\u2019heure nocturne, de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de votre robe de nuit. Vous avancez ainsi, parce que l\u2019incarnation ne lui est plus possible, d\u00e9rouler le plat du pied pour entrer en contact avec la terre, ce serait pour elle admettre \u00eatre partie prenante du monde, et donc c\u2019est pour cette raison que je vous dis de marcher sur la pointe des pieds, elle marchera avec condescendance, comme press\u00e9e de n\u2019\u00eatre plus. Et quand la prise sera r\u00e9ussie, je vous l\u2019ordonne, vous oublierez tout.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Codicille&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Retrouv\u00e9 un certain sens \u00e0 \u00e9crire, remettre sur la table \u00e0 dessin un nouveau chantier, tant pis si tu n\u2019as pas de temps du tout en ce moment, tant pis si ton temps morcel\u00e9, arrach\u00e9 ne ressemble plus \u00e0 celui du matin t\u00f4t qui pouvait durer selon ce qui jaillissait sous ta plume, avec ce texte-ci quelque chose a fr\u00e9mi, il resterait donc encore \u00e0 \u00e9crire l\u00e0-dessous, par del\u00e0, pour apr\u00e8s, quelque chose qui a encore envie d\u2019\u00eatre sorti de l\u2019obscurit\u00e9 d\u2019elles toutes se relevant la nuit. On peut r\u00eaver de prolongation pour ce texte depuis d\u2019autres postures, encore un truc invendable, ce qu\u2019ils veulent ce sont des romans avec des pr\u00e9noms des m\u00e9tiers des dialogues un d\u00e9but d\u2019histoire un milieu une fin, Il y aurait donc une prolongation et pour chaque posture pr\u00e9sent\u00e9e au conditionnel d\u2019autres femmes apparaitraient avec juste \u00e0 porter \u00e0 m\u00eame le corps une bribe de leur histoire personnelle.<\/em> \u00ab\u00a0Vous \u00e9crirez dans le fr\u00e9missement du jour&#8230;\u00a0\u00bb <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous vous rel\u00e8verez la nuit pour entendre son souffle, guetter un mouvement du corps, une exhalation vous suffira ou un tressaillement infime d\u2019un bras ou de la t\u00eate, encore faut-il le percevoir tant est faible la lumi\u00e8re h\u00e9sitante \u00e0 se faufiler par l\u2019interstice des rideaux soigneusement tir\u00e9s plus t\u00f4t juste avant la berceuse du soir, mais non vous n\u2019aurez pas <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dialogue-4-vous-elles\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">dialogue #04  | vous, elles<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":87,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3235,3215,1],"tags":[298,228,79,159],"class_list":["post-71555","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-04-dialogue-duras","category-dialogue-2","category-atelier","tag-corps","tag-enfance","tag-memoire","tag-nuit"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71555","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/87"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=71555"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71555\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=71555"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=71555"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=71555"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}