{"id":71681,"date":"2022-05-27T01:36:34","date_gmt":"2022-05-26T23:36:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=71681"},"modified":"2022-05-27T10:25:08","modified_gmt":"2022-05-27T08:25:08","slug":"dialogue-1-le-mythe-de-la-mere-de-famille-ecrivaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dialogue-1-le-mythe-de-la-mere-de-famille-ecrivaine\/","title":{"rendered":"dialogue #01 | le mythe de la m\u00e8re de famille-\u00e9crivaine"},"content":{"rendered":"\n<p>C\u2019est entre 2h45 et 4h30 que sont r\u00e9dig\u00e9es [dans sa t\u00eate] ces quelques lignes, du moins les toute premi\u00e8res. Et puis la journ\u00e9e passe. Et c&rsquo;est la nuit. Sur la table de la cuisine. Les cheveux mouill\u00e9s, tout juste sortie de la douche vesp\u00e9rale, une thermos de caf\u00e9 fumant pr\u00eate pour plusieurs heures, histoire d\u2019\u00eatre s\u00fbre de tenir jusqu\u2019au bout de l\u2019inspiration. <br>La toile cir\u00e9e bien nettoy\u00e9e de toute trace d\u2019activit\u00e9 diurne. Les enfants couch\u00e9s et endormis \u2013 ou en bonne voie pour les plus \u00e2g\u00e9s. Un compagnon d\u00e9j\u00e0 assoupi lui aussi, ou bien carr\u00e9ment absent. Ou bien qui passerait doucement une main tendre sur sa nuque studieuse [ne veille pas trop, demain il y a \u00e9cole !], fr\u00f4lant les boucles presque s\u00e8ches qui s\u2019\u00e9chappent de la serviette \u00e9ponge enturbann\u00e9e en sortant de la salle de bains [le s\u00e8che-cheveux est en panne ? tu vas prendre froid !], regard amoureux quoiqu&rsquo;un peu las de celui qui ne comprend pas mais respecte.<br>En v\u00eatements d\u2019int\u00e9rieur, pyjama ou jogging \u00e9lim\u00e9, un cache-c\u0153ur par-dessus une chemise en laine et soie, [maudite sensation de froid, pieds nus sur le carrelage, quelle mauvaise id\u00e9e ! o\u00f9 sont mes chaussons de laine ? et mon foulard, qu&rsquo;est-ce que j&rsquo;en ai fait encore&#8230; j&rsquo;ai la gorge qui commence \u00e0 gratter, faudrait que j&rsquo;aille cueillir un brin de thym, zut, la flemme de ressortir !]. Vite attraper l&rsquo;\u00e9tole douce et longue \u00e0 enrouler sur les \u00e9paules, masquant les lignes fines de la clavicule aux vilains courants d\u2019air de la fin de journ\u00e9e. Le soleil d\u00e9clinant puis rougeoyant \u00e0 travers les pins, mordorant leur \u00e9corce de mille tons chaleureux, regarde partir les id\u00e9es dans les derni\u00e8res lueurs du jour [bon, j&rsquo;en \u00e9tais o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 ? tout \u00e0 l&rsquo;heure en essuyant la vaisselle, c&rsquo;\u00e9tait pourtant si clair et net, cette histoire, ce r\u00e9cit&#8230;]. Ne pas c\u00e9der \u00e0 l\u2019entreb\u00e2illement d&rsquo;une porte o\u00f9 un rai de lumi\u00e8re appelle pour un dernier c\u00e2lin [demain on aura bien le temps !] ni au cadran du lave-linge qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 activ\u00e9 [j&rsquo;en ai bien fait assez pour aujourd&rsquo;hui], tout juste esquisser un geste vers la bouilloire, un ultime aller-retour au buffet pour saisir une tasse [la charni\u00e8re grince toujours autant, je vais les r\u00e9veiller !], et c&rsquo;est parti. <\/p>\n\n\n\n<p>Les flots de mots se d\u00e9versent sur le papier, tel un torrent de montagne ayant enfin vaincu le barrage que l\u2019homme a voulu lui imposer. Et le regard parfois hagard, parfois fi\u00e9vreux de celle qui peut laisser aller ce tumulte o\u00f9 bon lui semble [Qui me comprend ? qui me conna\u00eet ? Je serais irr\u00e9elle, pure fantasme de ceux qui aimeraient tant me pr\u00eater vie, me ressembler, \u00eatre de mon entourage]. Elle, elle aimerait juste une chose, toute simple et pourtant impossible [qu\u2019on me foute la paix dans la journ\u00e9e, qu\u2019on me laisse le temps de lire ou r\u00eavasser \u00e0 la lumi\u00e8re du jour, d&rsquo;\u00e9crire dans le creux de l\u2019apr\u00e8s-midi ou en pleine matin\u00e9e, au lieu de devoir contenir, juguler, ma\u00eetriser, pour mieux servir de m\u00e8re du r\u00e9veil au coucher]. Elle dit souvent [je renonce, j&rsquo;abdique, je verrai plus tard, quand les enfants seront grands, la maison pay\u00e9e, l&rsquo;\u00e2ge de la retraite venu].<br>Et puis quand m\u00eame elle s\u2019y recolle r\u00e9guli\u00e8rement, on dirait presque que ces \u00ab pouss\u00e9es \u00bb d\u2019\u00e9criture sont dict\u00e9es par les hormones, selon un cycle irr\u00e9gulier mais bien r\u00e9el.<br>Quand les copines qui savent demandent [alors t&rsquo;en es o\u00f9 ?], elle rougit et bredouille [non c\u2019est pas s\u00e9rieux, de toute fa\u00e7on qui voudrait publier ce qui existe l\u00e0, d\u2019abord il faudrait pouvoir tout trier, les vingt bo\u00eetes \u00e0 chaussures et les deux disques durs remplis de fichiers informatiques, dactylographier, imprimer, corriger et encore reprendre, et en m\u00eame temps continuer \u00e0 cr\u00e9er\u2026 non c&rsquo;est pas s\u00e9rieux]. Sans formation litt\u00e9raire, sans guide qui saurait l\u2019\u00e9duquer \u00e0 l\u2019\u00e9criture productive, seule face aux millions d\u2019id\u00e9es et \u00e0 l\u2019absence totale d\u2019organisation, [rien que l&rsquo;id\u00e9e, je vacille avant m\u00eame d\u2019avoir \u00e9bauch\u00e9 un geste dans le bon sens].<br>Alors elle continue \u00e0 gribouiller [Pour qui ? Pourquoi ? Tout \u00e7a est d\u00e9risoire].<br>Mais le soir envahit doucement les fen\u00eatres, le jardin s\u2019assombrit et on ne distingue bient\u00f4t plus que les points blancs tressautant des queues des lapins en goguette dans le champ du voisin.<br>Le ciel est comme un sachet de coton un peu mouill\u00e9, couches blanches et grises m\u00eal\u00e9es.<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est entre 2h45 et 4h30 que sont r\u00e9dig\u00e9es [dans sa t\u00eate] ces quelques lignes, du moins les toute premi\u00e8res. Et puis la journ\u00e9e passe. Et c&rsquo;est la nuit. Sur la table de la cuisine. Les cheveux mouill\u00e9s, tout juste sortie de la douche vesp\u00e9rale, une thermos de caf\u00e9 fumant pr\u00eate pour plusieurs heures, histoire d\u2019\u00eatre s\u00fbre de tenir jusqu\u2019au bout <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dialogue-1-le-mythe-de-la-mere-de-famille-ecrivaine\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">dialogue #01 | le mythe de la m\u00e8re de famille-\u00e9crivaine<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":509,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3216,3215],"tags":[],"class_list":["post-71681","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-01-dialogue-sans-dialogue","category-dialogue-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71681","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/509"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=71681"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71681\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=71681"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=71681"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=71681"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}