{"id":72002,"date":"2022-05-30T15:03:54","date_gmt":"2022-05-30T13:03:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=72002"},"modified":"2023-05-22T08:32:25","modified_gmt":"2023-05-22T06:32:25","slug":"dialogue-02monsieur-a-posteriori","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dialogue-02monsieur-a-posteriori\/","title":{"rendered":"dialogue #02 | Monsieur A. Posteriori"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00c7a a commenc\u00e9 ce matin. J\u2019\u00e9tais pas lev\u00e9 qu\u2019il tambourinait d\u00e9j\u00e0 dans ma caboche. Il s\u2019\u00e9tait invit\u00e9 dans la nuit. Vous avez pas id\u00e9e du boucan qu\u2019il faisait! \u00c0 m\u2019en retourner les m\u00e9ninges! J\u2019vous jure, j\u2019exag\u00e8re pas! ( Vous savez, c\u2019est pas trop mon genre&#8230;). Il m\u2019a tant souffl\u00e9 dans les esgourdes que mon cerveau y ressemblait \u00e0 de la pur\u00e9e \u00e0 la fin! Plus une seule id\u00e9e qui y tienne debout.<br>Il s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 comme monsieur A. Post\u00e9riori: (Dr\u00f4le de nom!) que je lui dit. D\u2019embl\u00e9e il m\u2019inspirais pas confiance. (\u00ab A \u00bb pour Arthur ? Ou bien Anatole ? Non plut\u00f4t Am\u00e9d\u00e9e\u2026?), je l\u2019interroge. (J\u2019suis du genre \u00e0 bien aimer savoir \u00e0 qui j\u2019m\u2019adresse). (A. Comme A. tout court. Je me nomme monsieur A. Post\u00e9riori) qu\u2019il me r\u00e9pond. J\u2019ose pas insister : (J\u2019voulais pas passer pour un type qui a jamais appris la politesse : pas mon genre\u2026). Alors il me dit, l\u2019air tr\u00e8s s\u00e9rieux: ( Je viens du futur pour t\u2019aider\u2026). J\u2019avoue, sur le coup, j\u2019ai d\u00fb me rem\u00e9morer \u00e0 quel point mes vieux se sont donn\u00e9s du mal pour que j\u2019sois un adulte bien \u00e9duqu\u00e9. Sans \u00e7a j\u2019aurais pas pu me retenir de rire ! J\u2019lui r\u00e9ponds : ( \u00c0 d\u2019autres! J\u2019suis pas un type qu\u2019on roule aussi facilement moi !) puis, en prenant mon temps, en articulant bien  ( Vous savez, comme quand on explique les choses de la vie aux gosses et qu\u2019on veut qu\u2019ils impriment bien tout ce qu\u2019on leur raconte en dedans de leurs oreilles et que \u00e7a reste tatou\u00e9 l\u00e0 alors que souvent \u00e7a file par l\u2019autre oreille aussi vite que c\u2019est rentr\u00e9 par la premi\u00e8re \u2026) Donc j\u2019ai racl\u00e9 bien fort ma gorge pour qu\u2019il ne reste que du miel dans la voix et j\u2019me suis coul\u00e9 en quatre pour lui expliquer :(On aurait invent\u00e9 la machine \u00e0 remonter le temps que \u00e7a se saurait! ils l\u2019auraient dit au journal de vingt heures : tout le monde serait au courant\u2026pas seulement toi\u2026 et tout et tout) et j\u2019lui pr\u00e9sentait comme \u00e7a tout un tas de bons arguments pour l\u2019amener sans un choc trop fort  (Faut se m\u00e9fier de la fa\u00e7on qu\u2019on lance les mots dans une conversation. Souvent on s\u2019est pas fait une id\u00e9e tr\u00e8s juste de la v\u00e9ritable force du type avec qui on cause. Et les mots \u00e7a peut faire plus mal qu\u2019une bonne grosse paire de claques\u2026). Je disais donc pour l\u2019amener, tout enroul\u00e9 dans du coton, \u00e0 ce qu\u2019il comprenne que son histoire d\u2019homme du futur c\u2019est uniquement dans sa t\u00eate qu\u2019elle tenait debout. Je lui montrais des exemples, je vidais tout mon sac. Celui o\u00f9 je range ma patience et ma gentilesse et mon amour de mon prochain, et tout et tout. Je l\u2019essorais m\u00eame ce sac jusqu\u2019\u00e0 qu\u2019il ne contienne plus une goutte \u2026. Et bien, croyez-le ou non mais il n\u2019a jamais voulu en d\u00e9mordre ! Il me dit: (Je ne peux pas te l\u2019expliquer, mais tu dois me croire\u2026) L\u00e0 j\u2019ai senti qu\u2019il m\u2019avait battu: un \u00e0 z\u00e9ro pour sa poire. J\u2019me suis trouv\u00e9  bloqu\u00e9. Dans un cul de sac. Face \u00e0 autant de myst\u00e8re et de mauvaise foi, j\u2019me suis dis qu\u2019il  y\u2019avait rien en tirer. Comme j\u2019suis pas un type qui aime perdre son temps (pas mon genre\u2026) et que j\u2019venais juste d\u2019en perdre un peu trop \u00e0 mon go\u00fbt (j\u2019m\u2019\u00e9tais tellement appliqu\u00e9 qu\u2019 il me restais plus une seule goutte de salive pour mouiller ma langue, toute s\u00e8che et r\u00e2peuse dans ma bouche). J\u2019d\u00e9cidais de faire comme s\u2019il \u00e9tait pas l\u00e0. (Enfin, vous comprenez : il \u00e9tait vraiment pas l\u00e0 puisque j\u2019viens d\u2019vous expliquer qu\u2019il s\u2019tenait depuis le d\u00e9but bien au chaud dans ma caboche.) Bref: de l\u2019ignorer. Donc comme j\u2019vous ai indiqu\u00e9 plus t\u00f4t, je suis encore dans mon plumard. Je m\u2019fais violence pour me lever (C\u2019est plus fort que moi mais quand il fait beau j\u2019suis pas le genre de type qui appr\u00e9cie trop d\u2019aller s\u2019enfermer \u00e0 l\u2019usine\u2026) Et voil\u00e0 que ce monsieur A. Post\u00e9riori il se met \u00e0 s\u2019m\u00ealer de ce qui l\u2019regarde pas (Allez un peu de courage!) qu\u2019il me dit. Je chasse la fum\u00e9e qui commence tout juste \u00e0 me sortir par les narines. J\u2019prends sur moi pour continuer \u00e0 l\u2019ignorer. J\u2019me dis que, peut-\u00eatre, il s\u2019d\u00e9couragera , il s\u2019dira que \u00e7a sert \u00e0 rien tout son baratin. J\u2019finis m\u00eame par lui l\u00e2cher: (Tu f\u2019rais mieux de pas te fatiguer pour moi et de t\u2019occuper de ceux qui en valent la peine\u2026) C\u2019coup ci, y trouve rien \u00e0 r\u00e9pondre.(Et bim!) j\u2019me f\u00e9licite: (Bien envoy\u00e9!) et puis tout de suite \u00e7a  m\u2019colle une dr\u00f4le de tristesse au creux de l\u2019estomac. Une tristesse du genre de celle qui s\u2019en va pas, qui vous chatouille la bidoche et alors vous perdez l\u2019app\u00e9tit et m\u00eame que si elle dure un peu trop longtemps elle vous tue\u2026 (Le vieux d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 il en est mort! Depuis, j\u2019rigole pas avec \u00e7a moi!) Alors, j\u2019me laisse pas abattre, j\u2019reprends du r\u00e9pondant, je le teste: (Tu vas pas m\u2019g\u00e2cher ma journ\u00e9e!) j\u2019lui annonce, l\u2019air d\u00e9contract\u00e9. Lui reprend son air grave: (Tu le regretteras, ce soir quand tu comprendras\u2026). Il commen\u00e7ait \u00e0 m\u2019chauffer les amygdales du genre cramoisies, ce monsieur A. Post\u00e9riori avec sa brouette de phrases tellement utilis\u00e9es qu\u2019elles  \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 toutes fl\u00e9tries entre ses dents, et sa fa\u00e7on de parler au futur avec toute une tartine de myst\u00e8res: (Tu passes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ta vie\u2026 Tu peux encore faire le choix de changer\u2026 Tout n\u2019est pas perdu\u2026) et bla et bla et bla. Il a tout pass\u00e9 \u00e0 la loupe! Tout j\u2019vous dis! A l\u2019\u00e9couter parler, j\u2019\u00e9tais un bon \u00e0 rien! Alors je l\u2019ai mis \u00e0 la porte! Lui, et sa ribambelle de belles pens\u00e9es! Il m\u2019a jet\u00e9 un regard bizarre en partant et m\u2019a dit: (Je tiens \u00e0 toi\u2026). Du tac o tac j\u2019lui ai  retourn\u00e9: (Si tu tenais tant \u00e0 moi, tu m\u2019aurais pas farci le cr\u00e2ne au point que j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il va exploser). <br>Sur ce, il a disparu. J\u2019ai regrett\u00e9 apr\u00e8s coup de m\u2019\u00eatre montr\u00e9 m\u00e9chant (C\u2019est pas mon genre\u2026). C\u2019est vrai: il avait fini par m\u2019laisser tranquille, c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas un mauvais bougre au fond\u2026 Puis j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de ne plus y penser! J\u2019avais trop \u00e0 faire: Lucien, Robert et Patrick  \u00e7a devait faire bien d\u00e9j\u00e0 une heure qu\u2019ils m\u2019attendaient au bar du coin. Ils devaient se faire du sang noir. Peut \u00eatre m\u00eame qu\u2019ils commen\u00e7aient \u00e0 s\u2019dire qu\u2019ils allaient venir voir dans ma piaule si j\u2019avais pas pass\u00e9 l\u2019arme \u00e0 gauche dans la nuit (Ce genre de chose \u00e7a pr\u00e9viens pas, j\u2019vous dit !&#8230;rapport au vieux d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9\u2026). Alors comme j\u2019aime pas les savoir inquiets, je les ai rejoins. Mon patron, il m\u2019attendrai bien ( ou pas, \u00e7a m\u2019\u00e9tais bien \u00e9gal ) un jour de plus. On a bu tout le jour. On aurait pu boire la mer et tous ses poissons tellement on avait soif. Le monsieur A. Post\u00e9riori il a pas remontr\u00e9 le bout d\u2019son nez.<br>J\u2019vous passe les d\u00e9tails de ma journ\u00e9e: elle \u00e9tait pas si diff\u00e9rente des autres.<br>Le soir, je rentre chez moi. Mes deux quilles elles me portaient presque plus tellement j\u2019\u00e9tais rond. La concierge me tend une lettre quand j\u2019passe devant sa cahute (j\u2019ai failli pas arriver \u00e0 l\u2019attraper, tellement j\u2019voyais tout en double). Une fois dans ma piaule et apr\u00e8s quelques difficult\u00e9s pour l\u2019ouvrir( La lettre pas la piaule ( Vous pensez bien! la piaule! j\u2019\u00e9tais surentra\u00een\u00e9! Question de survie: j\u2019suis pas trop le genre de type \u00e0 appr\u00e9cier de dormir \u00e0 la belle \u00e9toile) (on a pas id\u00e9e mais ouvrir une lettre en sachant plus o\u00f9 se trouve l\u2019horizontale et la verticale&#8230; Bref: je vous passe les d\u00e9tails) je la lis (toujours en double). C\u2019\u00e9tais mon patron qui m\u2019disait (en double) que c\u2019\u00e9tait pas la peine de venir demain, qu\u2019il avait trouv\u00e9 quelqu\u2019un de plus assidu que moi. J\u2019connaissais pas ce mot \u00ab assidu \u00bb et puis le dictionnaire \u00e7a fait bien longtemps qu\u2019il prenait la poussi\u00e8re pour caler la table au salon. Enfin je suis quand m\u00eame arriv\u00e9 \u00e0 comprendre avec les mots que j\u2019connaissais et puis aussi parce que \u00e0 la fa\u00e7on dont mon patron avait mis tous ces mots les uns \u00e0 la suite des autres, on sentait bien qu\u2019il cherchait  pas \u00e0 ce que l\u2019ensemble me fasse un effet trop amical. (J\u2019suis un type plut\u00f4t dou\u00e9 pour ressentir ces choses l\u00e0\u2026). Pour la faire courte, ma tronche n\u2019\u00e9tait pas la bienvenue \u00e0 l\u2019usine demain.<br>Alors j\u2019ai regrett\u00e9 de pas l\u2019avoir \u00e9cout\u00e9 monsieur A. Post\u00e9riori. Je l\u2019ai appel\u00e9, mais il est pas venu. J\u2019ai pas honte de vous dire que j\u2019ai m\u00eame un peu chial\u00e9, la t\u00eate dans l\u2019oreiller, comme un gosse.<br>Et puis j\u2019ai compris: (D\u00e8s fois, allez savoir pourquoi, j\u2019ai des \u00e9clairs qui s\u2019allument dans ma t\u00eate, sur le coup,  \u00e7a fait presque de moi un g\u00e9nie). Tenez vous bien : Ce monsieur A. Post\u00e9riori: c\u2019\u00e9tait bien moi! J\u2019veux dire: moi qui venais juste de lire cette fichue lettre et qui voulais simplement pr\u00e9venir mon autre moi, celui du pass\u00e9 de ce qui allait se passer pour lui ( donc pour moi) dans le futur ! (Vous m\u2019suivez? Parce qu\u2019il faut pas \u00eatre la moiti\u00e9 d\u2019un con pour comprendre tout \u00e7a) Et dire que j\u2019ai pas voulu m\u2019\u00e9couter! (Quel cr\u00e9tin!). A en devenir fou j\u2019vous dit! Au point de finir \u00e0 l\u2019asile!<br>Depuis ce jour, j\u2019me parle \u00e0 moi-m\u00eame (J\u2019suis plut\u00f4t du genre \u00e0 pas n\u00e9gliger les coups de pied au cul que la vie vous d\u00e9coche.  En g\u00e9n\u00e9ral, si la vie se montre aussi chienne, faut toujours s\u2019dire qu\u2019elle fait pas \u00e7a par plaisir mais pour vous sortir du p\u00e9trin). Comment j\u2019m\u2019y prends ? C\u2019est simple : j\u2019me met devant l\u2019miroir de la salle de bain, j\u2019prends l\u2019air pr\u00e9cieux qu\u2019il mettait sur sa figure, l\u2019bon monsieur A. Posteriori ( du  moins ce que je m\u2019en souviens\u2026 ) et j\u2019me dis \u00e0 moi-m\u00eame:  (A priori il faut toujours \u00e9couter les sages conseils de monsieur A. Post\u00e9riori!) vous verriez \u00e7a: ( Un autre homme j\u2019vous dis!) M\u00e9connaissable\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c7a a commenc\u00e9 ce matin. J\u2019\u00e9tais pas lev\u00e9 qu\u2019il tambourinait d\u00e9j\u00e0 dans ma caboche. Il s\u2019\u00e9tait invit\u00e9 dans la nuit. Vous avez pas id\u00e9e du boucan qu\u2019il faisait! \u00c0 m\u2019en retourner les m\u00e9ninges! J\u2019vous jure, j\u2019exag\u00e8re pas! ( Vous savez, c\u2019est pas trop mon genre&#8230;). Il m\u2019a tant souffl\u00e9 dans les esgourdes que mon cerveau y ressemblait \u00e0 de la <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dialogue-02monsieur-a-posteriori\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">dialogue #02 | Monsieur A. 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