{"id":72292,"date":"2022-06-05T14:14:13","date_gmt":"2022-06-05T12:14:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=72292"},"modified":"2022-06-05T17:56:36","modified_gmt":"2022-06-05T15:56:36","slug":"transversales-06-un-ricoeur-sinon-rien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/transversales-06-un-ricoeur-sinon-rien\/","title":{"rendered":"transversales #06 | un Ricoeur, sinon rien !"},"content":{"rendered":"\n<p>Ils viennent chaque ann\u00e9e, toujours au milieu du printemps. Toujours pour le m\u00eame nid. Toujours le m\u00eame endroit o\u00f9 les chats les guettent, o\u00f9 la machinerie qui filtre l\u2019eau de la piscine ne fait silence que la nuit, o\u00f9 je les d\u00e9range quand je passe par l\u00e0. Ils sont un peu cons, mes gris, mes gobemouches gris. Ils me ressemblent un peu avec leurs habitus imb\u00e9ciles qu\u2019ils n\u2019abandonnent jamais. Jeux de mots, pirouettes,cacahu\u00e8tes, contredire, contrarier. C\u2019est mon choix, ma mani\u00e8re \u00e0 moi d\u2019interroger, de dire non, d\u2019\u00e9vacuer. Il y a longtemps que j\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 la question du jour du questionneur. Par une blague nulle de potache que j\u2019ai m\u00eame inscrite dans le prologue d\u2019un roman policier inachev\u00e9 dont le personnage principal s\u2019interroge parfois sur ce qu\u2019il serait si il avait \u00e9t\u00e9 autre&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dialogue-04-ne-rien-oublier\/\">un jour d\u2019avril en 1976<\/a>.&nbsp;<em>Cl\u00e9ment Rossetti savait bien que Paul Ricoeur n\u2019\u00e9tait pas une marque d\u2019ap\u00e9ritif.<\/em>&nbsp;Entre l\u2019intime et la fiction, choisir l\u2019\u00e9vitement, la d\u00e9rision. Je me suis longtemps lev\u00e9 de bonne heure, longtemps couch\u00e9 tard, pour \u00e9crire afin de payer mon loyer, fournir les feuillets de 1500 signes pour manger, finir le mois, boucler les d\u00e9penses. D\u2019autres \u00e9critures, rassurantes celles-ci, viendront ensuite. Et d\u2019abord l\u2019\u00e9criture lib\u00e9ratoire, citoyenne, le cri qui d\u00e9livre, d\u00e9loyal mais incontournable, n\u00e9cessaire. Le texte qui une fois \u00e9crit, une fois rendu public, ne me tourmente plus. C\u2019est l\u2019adversaire vis\u00e9, la cible, d\u00e9sormais qui ne peut plus dormir. Soulagement de cette \u00e9criture de la \u00ab&nbsp;patate chaude&nbsp;\u00bb. Elle a des cons\u00e9quences. Mais quelle jouissance de les assumer. Plus rassurante, plus apaisante encore, l\u2019\u00e9criture fid\u00e8le \u00e0 la promesse faite, \u00e0 la parole donn\u00e9e. Celle-l\u00e0 rel\u00e8ve d\u2019un temps long qui prend son temps. On ne veut pas mourir avant de l\u2019avoir tenue.&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Paroles-kali-na-Thomas-Appolinaire\/dp\/2322104949\">Am\u00e9rindienne pour moi<\/a>, elle a pris une bonne trentaine d\u2019ann\u00e9es. Dans l\u2019entre-temps, quelques fois, des \u00e9critures jeux qui s\u2019amusent avec le \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb, qui jouent avec les intertextes, les paratextes, le contexte. Des je(u)x, sans plus. Le ballet des gobemouches qui nourrissent leurs petits est incessant. Je n\u2019ose plus passer par l\u00e0. Ne pas d\u00e9ranger les oiseaux. Se concentrer sur la question de la semaine, re-relire Perec, suivre la consigne, me faire ce personnage qui met en intrigue le r\u00e9cit de sa vie avec, un peu, beaucoup, passionn\u00e9ment, d\u2019infraordinaire dedans. Je ne suis pas certain que, comme l\u2019affirme Ricoeur, la vie soit \u00ab&nbsp;un r\u00e9cit en qu\u00eate de narrateur&nbsp;\u00bb. J\u2019ai un doute, en mode profond. Et, \u00e0 mon avis, ce n\u2019est pas \u00e0 moi de dire \u00ab&nbsp;qui suis-je&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;que suis-je&nbsp;\u00bb. Ricoeur cite Hannah Arendt : pour elle, \u00ab&nbsp;r\u00e9pondre \u00e0 la question qui, c\u2019est raconter l\u2019histoire d\u2019une vie&nbsp;\u00bb. Et moi, pour le moment, je ne suis pas encore mort. Donc\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background has-normal-font-size\">Codicille: Au-del\u00e0 de la d\u00e9sinvolture obstin\u00e9e \u00e0 laquelle tient mon identit\u00e9 narrative, un minimum de sinc\u00e9rit\u00e9 m\u2019oblige \u00e0 dire ici que je n\u2019aurai pas plong\u00e9 dans cette transversales #06 sans les audacieuses \u00e9critures de Nathalie Holt et de Dani\u00e8le Godard-Livet, pionni\u00e8res de cet exercice. Leurs interrogations sur l\u2019interrogation ont agi sur moi comme un chant polyphonique lib\u00e9rant un \u00e9lan primordial. Et les points d\u2019interrogation pos\u00e9s par Anne Dejardin et G\u00e9raldine Queyrel sont \u00e9galement pour beaucoup dans mon&nbsp;<em>jettement<\/em>&nbsp;dans ce gouffre entre intime et fiction. Sauter de l\u2019avion-atelier en oubliant sciemment le parachute des points qui interrogent. Quel grand sot !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils viennent chaque ann\u00e9e, toujours au milieu du printemps. Toujours pour le m\u00eame nid. Toujours le m\u00eame endroit o\u00f9 les chats les guettent, o\u00f9 la machinerie qui filtre l\u2019eau de la piscine ne fait silence que la nuit, o\u00f9 je les d\u00e9range quand je passe par l\u00e0. Ils sont un peu cons, mes gris, mes gobemouches gris. Ils me ressemblent <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/transversales-06-un-ricoeur-sinon-rien\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">transversales #06 | un Ricoeur, sinon rien !<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":62,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3114,3248],"tags":[2037,3254,3253,3255],"class_list":["post-72292","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-transversales","category-06-transversales-perec","tag-oiseaux","tag-que","tag-qui","tag-quoi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72292","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/62"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72292"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72292\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72292"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72292"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72292"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}