{"id":72401,"date":"2022-06-06T12:27:39","date_gmt":"2022-06-06T10:27:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=72401"},"modified":"2022-06-06T12:37:04","modified_gmt":"2022-06-06T10:37:04","slug":"72401-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/72401-2\/","title":{"rendered":"dialogue #05 | Aube"},"content":{"rendered":"\n<p>Camille jaillit dans le couloir. De la verri\u00e8re du jardin, un oiseau qui chantait, s\u2019\u00e9chappe, affol\u00e9, par un carreau bris\u00e9. Elle s\u2019immobilise. Au dehors, le jardin baigne dans la lumi\u00e8re p\u00e2le du jour naissant. Sur une chaise accot\u00e9e au rosier blanc elle croit distinguer une silhouette Son sourire s\u2019estompe pour faire place \u00e0 une ombre \u00e0 peine visible. La nuit avait suspendu la r\u00e9alit\u00e9 aux r\u00eaves sans fin mais le jour \u00e9tait l\u00e0 \u00e0 pr\u00e9sent, avec ses doutes et ses peurs. Elle aimerait traverser le couloir \u00e0 pas feutr\u00e9s, refermer la porte sans un bruit et poursuivre sa route. Mais quelque chose l\u2019en dissuade. Peut-\u00eatre ce parfum d\u2019irr\u00e9alit\u00e9 qui plane dans l\u2019air. Elle attend \u00e0 tout moment que cette apparition, comme un fant\u00f4me blanc, la poursuive et l\u2019enl\u00e8ve au monde. Elle esquisse un geste pour reprendre la direction de la porte d\u2019entr\u00e9e.<br>\u2014&nbsp;Qui est l\u00e0&nbsp;?<br>Elle peut deviner maintenant le corps p\u00e2le d\u2019une vieille femme, les cheveux blancs relev\u00e9s en chignon.<br>La voix tremble&nbsp;: qui es-l\u00e0&nbsp;? C\u2019est chez moi ici&nbsp;! Elle a parl\u00e9 d\u2019un souffle pour \u00e9loigner l\u2019inqui\u00e9tude, se l\u00e8ve, vite, trop vite, et chancelle, ses jambes la retenant \u00e0 peine.<br>En quelques enjamb\u00e9es, Camille est pr\u00e8s d\u2019elle. Ses gestes se veulent rassurants. Elle s\u2019accroupie, lui parle doucement&nbsp;: je croyais la maison abandonn\u00e9e. La porte \u00e9tait ouverte.<br>Le corps de la vieille dame s\u2019affaisse sur la chaise et d\u2019un geste de la main lui fait signe de s\u2019\u00e9loigner.<br>\u2014&nbsp;Ouverte&nbsp;? Ce n\u2019est pas possible\u2026 Je la ferme tous les soirs avant de me coucher.<br>Elle frotte son front du bout des doigts. Ai-je encore oubli\u00e9&nbsp;?&#8230;<br>Camille esquisse un mouvement pour faire demi-tour.<br>\u2014&nbsp;J\u2019avais besoin d\u2019un endroit pour dormir.<br>\u2014&nbsp;Et tu entres chez les gens comme \u00e7a&nbsp;! Tu m\u2019as fait une de ces peurs&nbsp;!<br>Son c\u0153ur bat encore trop vite. Camille le devine, au tressaillement de sa poitrine sous sa robe de coton bleu.<br>\u2014&nbsp;Je croyais la maison abandonn\u00e9e. A cause des fen\u00eatres condamn\u00e9es\u2026<br>Camille en avait fait le tour la veille au soir. Les parquets du palier grin\u00e7aient de fatigue, les vitres bris\u00e9es de la v\u00e9randa refl\u00e9taient la poussi\u00e8re et l\u2019oubli. A l\u2019\u00e9tage, les chambres \u00e9taient vides. La vieille dame porte le regard vers l\u2019int\u00e9rieur de la maison qui s\u2019abandonne au temps et aux toiles d\u2019araign\u00e9es.<br>\u2014&nbsp;O\u00f9 as-tu dormi&nbsp;?<br>\u2014&nbsp;Dans la premi\u00e8re pi\u00e8ce en entrant.&nbsp;<br>\u2014&nbsp;Sur le carrelage&nbsp;?<br>\u2014&nbsp;Sur la banquette. Camille h\u00e9site avant de poursuivre&nbsp;: La pi\u00e8ce, c\u2019\u00e9tait bien un caf\u00e9 avant&nbsp;?<br>\u2014&nbsp;Il faut que tu partes maintenant, lui r\u00e9pond-elle.<br>\u2014&nbsp;Dites-moi, et apr\u00e8s je m\u2019en vais. C\u2019\u00e9tait un caf\u00e9&nbsp;? Je veux dire un caf\u00e9 et un h\u00f4tel&nbsp;?<br>Un rayon de soleil vient \u00e9clairer la v\u00e9randa encore assombrit par les frondaisons des grands arbres du jardin. Camille la voit enfin plus distinctement, elle lui semble \u00e0 bout de force, la solitude en vis-\u00e0-vis et la peau sur les os.<br>\u2014&nbsp;Vous habitez seule&nbsp;?<br>L\u2019inqui\u00e9tude soulev\u00e9 le corps de la femme.<br>\u2014&nbsp;Je veux dire\u2026 quelqu\u2019un d\u2019autre pourrait me renseigner&nbsp;?<br>Le silence flotte, interminable.<br>\u2014&nbsp;Voulez-vous que je vous aide \u00e0 rentrer&nbsp;? A la cuisine, dans votre chambre&nbsp;?<br>\u2014&nbsp;Plus tard&nbsp;! Plus tard&nbsp;! C\u2019est l\u2019heure que je pr\u00e9f\u00e8re.<br>\u2014&nbsp;Je ne suis pas venue par hasard. J\u2019avais not\u00e9 cette adresse. J\u2019ai d\u00fb me tromper de rue. Il n\u2019y a rien ici.<br>\u2014&nbsp;Ici, il n\u2019y a plus rien. Mais avant, la porte \u00e9tait toujours ouverte. Au retour des promenades du dimanche elle happait les allers et venues, son carillon de fer gris carillonnait sous le vent du courant d\u2019air. C\u2019\u00e9tait une nu\u00e9e de visiteurs d\u2019un jour ou de plusieurs nuits, de visiteuses aux cheveux lisses venues danser ou boire un th\u00e9. C\u2019\u00e9tait la pluie qui faisait s\u2019engouffrer des couples venus se r\u00e9chauffer. Ils tapaient \u00e0 la vitre ou au volet sans attendre l\u2019invitation \u00e0 entrer. Dans l\u2019all\u00e9e ou pr\u00e8s de la rivi\u00e8re, ils discutaient et riaient, se cachaient derri\u00e8re la cabane une bouteille \u00e0 la main, un verre dans l\u2019autre. Ils se perdaient dans le jardin et sur l\u2019horizon. Les vols d\u2019hirondelles et les rafales de vent emportaient les r\u00eaveurs des chaises longues vers le jardin d\u2019hiver. Il y avait des battements d\u2019ailes joyeux dans les feuillages et l\u2019espace lumineux o\u00f9 apr\u00e8s la pluie on pouvait sauter dans les flaques. Augustine&nbsp;! Je m\u2019appelle Augustine, dit la vieille dame comme s\u2019\u00e9veillant d\u2019un songe.<br>Camille se tenait toujours sur le pas de la porte vitr\u00e9e.<br>\u2014&nbsp;On a ferm\u00e9 le caf\u00e9 il y a trente ans. Tu n\u2019\u00e9tais pas n\u00e9e.<br>\u2014&nbsp;Je cherche un h\u00f4tel dans le quartier de Lafond encore ouvert il y a quinze ans.<br>Augustine indique deux endroits sur le plan que Camille lui tend.<br>La jeune fille a rejoint le bout du couloir, le paillasson est blanc de poussi\u00e8re. Il y a bien longtemps que l\u2019on ne s\u2019y est plus essuy\u00e9 les pieds. Elle tourne la poign\u00e9e sans comprendre les confidences d\u2019Augustine aux pr\u00e9sences invisibles. <em>Regarde comme elle est belle. Tu te souviens, j\u2019avais moi aussi cette m\u00eame insouciance&#8230; Elle semble si fr\u00eale&nbsp;! Et forte aussi&nbsp;! Elle a quelque chose de familier. Les reflets de ses cheveux&nbsp;? Son regard&nbsp;? Oui\u2026 Son regard&#8230;&nbsp;<\/em><br>\u2014&nbsp;Vous m\u2019avez parl\u00e9 Augustine&nbsp;?<br>\u2014&nbsp;Si tu as besoin, viens dormir encore ici ce soir.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>Pas si simple. Ne pas se perdre entre les deux Elle. Ne pas alourdir de transition. \nLoin des 10 000 signes mais encore un petit cailloux pos\u00e9 au chantier. <\/code><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Camille jaillit dans le couloir. De la verri\u00e8re du jardin, un oiseau qui chantait, s\u2019\u00e9chappe, affol\u00e9, par un carreau bris\u00e9. Elle s\u2019immobilise. Au dehors, le jardin baigne dans la lumi\u00e8re p\u00e2le du jour naissant. Sur une chaise accot\u00e9e au rosier blanc elle croit distinguer une silhouette Son sourire s\u2019estompe pour faire place \u00e0 une ombre \u00e0 peine visible. 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