{"id":72675,"date":"2022-06-08T21:12:48","date_gmt":"2022-06-08T19:12:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=72675"},"modified":"2022-07-26T18:29:23","modified_gmt":"2022-07-26T16:29:23","slug":"40jours-prologue-cinq-legendes-circulent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-prologue-cinq-legendes-circulent\/","title":{"rendered":"#40jours #prologue | sept l\u00e9gendes circulent\u2026"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"652\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Serail-1024x652.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-72680\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Serail-1024x652.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/Serail-420x267.jpg 420w, 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aveugle, donnant sur une pi\u00e8ce d\u2019ombre, qui st\u00e9rilise imm\u00e9diatement l\u2019imagination avec des formes d\u2019\u00e9tag\u00e8res, de colonnes de chaises, de pupitres esseul\u00e9s\u2026 on est au-dessous des grands bassins d\u2019agr\u00e9ment qui entourent et encerclent le b\u00e2timent comme des douves \u00e0 double tour \u2014 ce niveau a \u00e9t\u00e9 inond\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re mise en eau, sinistre co\u00efncidant avec l\u2019inauguration en grande pompe, on a pu le dire, rendant de fait inaccessible ce qui alors comme aujourd\u2019hui aiguisait la curiosit\u00e9 de quiconque sait ce qu\u2019on aurait pu trouver ici \u2014 derri\u00e8re une porte, mais laquelle ? \u2014 : la M\u00e9moire de la rue de Madrid.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un enclos calcin\u00e9, il a d\u00fb y avoir une barri\u00e8re ovale comme pour d\u00e9limiter un lac ou un miroir, une barri\u00e8re de rondins ficel\u00e9s ensemble astucieusement, pas de clou, non pas un clou, le genre de barri\u00e8re suffisante pour les animaux paisibles, de celles qui disent \u00ab&nbsp;On va s\u2019en tenir l\u00e0, si tu veux bien&nbsp;\u00bb, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, en faisant un effort, on peut se convaincre qu\u2019il reste quelque chose d\u2019une auge, ou d\u2019un abreuvoir assez bas, mais tout est tellement noirci que ce vestige produit l\u2019effet d\u2019un petit cercueil ouvert, sans affect, au demeurant, sans effroi, il est l\u00e0 comme l\u2019arbre \u2014 un saule avec des feuilles d\u2019argent, cela semble aller de soi \u2014 dont reste debout un m\u00e8tre et demi de tronc qui fait corps comme jamais avec le sol de suie, il ne faut pas sp\u00e9culer davantage ou bien elle s\u2019\u00e9chappe : l\u2019image du r\u00eave profond sans qu\u2019on sache dire pourquoi et qui tient tout entier dans les mots \u00ab&nbsp;enclos calcin\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait \u00e0 Vienne, \u2014 mais \u00e7a n\u2019a plus d\u2019importance \u00e0 pr\u00e9sent \u2014 un ancien corps de b\u00e2timent morcel\u00e9 de boutiques franchis\u00e9es et d\u2019appartements d\u00e9cr\u00e9pis jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os en \u00e9tages des n\u00e9ons clinquants et quelque part, une porte noire, \u00e9trangement basse, dans un immeuble des ann\u00e9es 20, engonc\u00e9e dans un cadre de vieil or crasseux, on dirait une serrure, dans un souffle, parce qu\u2019en s\u2019approchant, on constate qu\u2019il n\u2019y a pas de porte, mais le moignon d\u2019un couloir sombre, qui escamote les visiteurs par les c\u00f4t\u00e9s \u2014 prendre \u00e0 droite ou \u00e0 gauche est indiff\u00e9rent, les deux entr\u00e9es desservent un m\u00eame espace, qui ressemblerait \u00e0 une sc\u00e8ne \u00e9troite, en surplomb d\u2019un encombrement de coussins et de tables basses culs par-dessus t\u00eates, o\u00f9 un homme sans \u00e2ge, avec des dents en or us\u00e9, offre le th\u00e9, pourtant c\u2019est une illusion et de pr\u00e8s si les dorures sont encore l\u00e0, le trou de la serrure est mur\u00e9 de moellons peinturlur\u00e9s de noir, fa\u00e7on bouche de pirate, c\u2019est le signe le plus certain qu\u2019on touche au but : la porte d\u00e9rob\u00e9e du S\u00e9rail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans d\u00e9sert de caillasses et de poussi\u00e8re ocre, une aire, plane au premier abord, vaguement prot\u00e9g\u00e9e des regards, du vent par un ensemble de rochers \u00e9dent\u00e9s qu\u2019un gosse pourrait escalader, mais \u00e0 l\u2019approche, les rochers sont abrupts et coupants, couverts de lourdes griffures de m\u00e9tal et de poils de b\u00eate, et le sol est burin\u00e9 comme un vieux visage d\u2019indien de traces de roues en surface et d\u2019anciennes fondations dans les profondeurs, en le fixant, on croit entendre des bruits, des grincements, des voix, des hurlades, des coups\u2026 l\u00e9ger mirage bien excusable dans la chaleur \u00e9crasante qui tient cette place forte : le march\u00e9 des Vacillantes en journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une maison de poup\u00e9e d\u2019un \u00e9tage, avec des combles de grenier, si banale qu\u2019on dirait la maquette d\u2019un architecte de lotissement, mais la couleur des pi\u00e8ces, le salon vert peint au feutre malhabile, d\u00e9route et le mobilier provoque une sensation de fourbi si r\u00e9aliste qu\u2019on est tent\u00e9 d\u2019ouvrir les tiroirs de la commode de la chambre, de feuilleter l\u2019album de photos minuscule pos\u00e9 sur la table basse, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du service \u00e0 th\u00e9 plein d\u2019une larme : c\u2019est la reproduction exacte de la maison d\u2019Alice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019ancien chemin de ronde du ch\u00e2teau par une arcade, une esp\u00e8ce de poterne et devant la petite porte noire, la vieille porte \u00e0 clous, avec une trappe et des tiges de fer \u2014 si on avait pu, on serait entr\u00e9s \u2014<\/em>&nbsp;l\u2019instant de pente vers le frais dans la bouche d\u2019ombre<em>&nbsp;et puis dans le passage sombre et anguleux,<\/em> \u2014&nbsp;<em>c\u2019est bien cet angle qui nous transplante au c\u0153ur de la deuxi\u00e8me forme du labyrinthe, quant on croyait encore \u00eatre dans l\u2019unicursal<\/em>&nbsp;\u2014 <em>et son esp\u00e8ce de rocher saillant qu\u2019on a orn\u00e9 de peinture noire, comme pour en faire ressortir le visage monstre, un totem \u2014 un visage aussi accueillant qu\u2019un dreki sur un navire<\/em> \u2014 plus bas encore, peut-\u00eatre un ancien lavoir <em>au pied d\u2019une ouverture, en fait, en forme de demi-cercle, quelque peu renfonc\u00e9e, bord\u00e9e de pav\u00e9s ros\u00e9s, orang\u00e9s, ici et l\u00e0 des taches grises, plus ou moins fonc\u00e9es, verd\u00e2tres, une grille et deux battants d\u00e9coup\u00e9s, scell\u00e9s par un cadenas jaune, \u00e0 travers laquelle on n\u2019aper\u00e7oit rien d\u2019autre qu\u2019un fond noir&nbsp;<\/em>et le labyrinthe se laisse enfin voir pour ce qu\u2019il est, rhizome&nbsp;: nos galeries noires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On a d\u00fb d\u00e9loger un beau troupeau de b\u0153ufs blancs \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un bois au sud de la ville pour construire une maison au ma\u00eetre du Noir, une maison de r\u00eave, c\u2019est-\u00e0-dire une forme de maison de cauchemars, gothique et grandiloquente au milieu des champs o\u00f9 aucun jardin, aucun parc n\u2019a \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9 pour environner \u00e0 propos ses petites tourelles, son pigeonnier et ses ailes qui demeuraient enti\u00e8rement inhabit\u00e9es les trois quarts de l\u2019ann\u00e9e \u2014 en dehors de l\u2019\u00e9t\u00e9 et de la Toussaint o\u00f9 des Parisiens en mal de sensation et de sant\u00e9 venaient s\u2019incruster chez le ma\u00eetre pour jouer \u00e0 des jeux de meurtres et boire le bon lait de la ferme d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, seule voisine \u00e0 l\u2019\u00e9poque avec les voies du chemin de fer, l\u2019une et les autres \u00e0 bonne distance du&nbsp;<em>Manoir<\/em>&nbsp;tout de m\u00eame\u2026 Manoir tout de m\u00eame \u00e7a faisait sa petite impression sur les maquignons du coin, qui se demandaient un peu quoi faire de cet illustre voisin qui \u00e9crivait des feuilletons terribles dans des journaux de la ville, la vraie, celle o\u00f9 on n\u2019habitait pas, o\u00f9 on n\u2019allait jamais, pas Sauveterre o\u00f9 ils \u00e9taient tranquilles dans ce coin de bois et de pr\u00e9s depuis des g\u00e9n\u00e9rations qui avaient \u00e0 peine senti la r\u00e9volution, o\u00f9 les hommes et les b\u00eates regardaient passer les trains avec le m\u00eame \u0153il \u00e9tonn\u00e9 et placide \u2014, mais sa notori\u00e9t\u00e9 a fini par faire monter les prix des terrains alentour, alors&nbsp;<em>adieu veau, vache, cochon, couv\u00e9e<\/em>, en moins de deux guerres, tout \u00e7a a \u00e9t\u00e9 vendu pour habitations, laissant aux b\u0153ufs blancs la portion congrue de la verdure et des champs \u2014 des champs, il avait aussi fallu en l\u00e2cher pour faire la grande route vers Toulouse et plus fort que les marteaux des terrassiers sur les pav\u00e9s, on avait entendu grincer les dents des paysans. C\u2019est qu\u2019elles \u00e9taient devenues bien longues avec le dr\u00f4le de succ\u00e8s qu\u2019avait apport\u00e9 \u00e0 leur coin cet original d\u2019auteur et sa maison endormie dans l\u2019\u00e9l\u00e9gant d\u00e9labrement qui avait suivi sa mort pr\u00e9matur\u00e9e \u2014 dans un premier temps, les paysans ont vendu, judicieusement et juteusement, quelques parcelles \u00e0 d\u2019autres snobs, tout en conservant le gros des terres, \u2014 on en restait \u00e0 ces quelques demeures \u00e9l\u00e9gantes, initialement tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es les unes des autres, et le paysage s\u2019en trouvait bien \u2014, mais l\u2019avidit\u00e9 des propri\u00e9taires terriens et leur sens du vent, ont rempli, g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ration, presque tous les espaces de petits pavillons\u2026 Le Tremblement a redistribu\u00e9 les cartes (5,9 pour Richter, 0 pour les pavillons) et d\u00e9labrement stationnaire pour les v\u00e9n\u00e9rables villas, dont le Manoir, d\u00e9sormais mieux connu sous la d\u00e9nomination&nbsp;: le Squat Sang noir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les grands couloirs en sous-sol, tr\u00e8s \u00e9clair\u00e9s, pas un gramme de poussi\u00e8re sur les sols gris neige, contre les murs en b\u00e9ton des bo\u00eetes gigantesques, ventrues, g\u00e9om\u00e9triquement difformes, des pianos ferm\u00e9s d\u00e9finitivement avec du gros scotch, contraints dans leur silence forc\u00e9 d\u2019avoir recours \u00e0 des affichettes \u00ab&nbsp;Ne pas toucher !&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Ne pas ouvrir&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Vente publique&nbsp;\u00bb, de part et d\u2019autre des <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-prologue-cinq-legendes-circulent\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40jours #prologue | sept l\u00e9gendes circulent\u2026<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":72680,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3252],"tags":[3432,3779,3781,450,3582,3780],"class_list":["post-72675","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-40jours","category-40jours-00-prologue","tag-alice-chut","tag-cnsmdp","tag-galeries-noires","tag-serail","tag-squat-sang-noir","tag-vacillantes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72675","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72675"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72675\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/72680"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72675"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72675"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72675"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}