{"id":73465,"date":"2022-06-11T23:59:25","date_gmt":"2022-06-11T21:59:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=73465"},"modified":"2022-06-26T10:54:40","modified_gmt":"2022-06-26T08:54:40","slug":"40jours-2-facades-du-bleu-dans-ses-cheveux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-2-facades-du-bleu-dans-ses-cheveux\/","title":{"rendered":"#40jours #02 | du bleu dans ses cheveux"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Je peux ouvrir les yeux maintenant, je crois que j\u2019en suis capable rien ne s\u2019effacera.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019immeuble est biscornu. C\u2019est moi qui l\u2019ai construit. C\u2019est un immeuble de trois appartements seulement. L\u2019un d\u2019entre eux est un duplex. Il est bord\u00e9 de grandes terrasses. Deux sont rectangulaires. L\u2019une est un triangle. Il y a aussi un balcon qui conduit \u00e0 la porte d\u2019entr\u00e9e de l\u2019un des appartements, positionn\u00e9e sur la fa\u00e7ade Est. C\u2019est \u00e9trange mais c\u2019est ainsi. Il est comme \u00e7a mon immeuble. Quand cette porte s\u2019ouvre le matin, le soleil s\u2019y faufile ou parfois ce sont des nuages qui envahissent l\u2019entr\u00e9e devient toute cotonneuse. Lorsqu\u2019il pleut et que le vent poursuit ou devance la course du soleil, il faut rentrer dans cet appartement par la fen\u00eatre qui donne sur la cage d\u2019escalier. Cette fen\u00eatre est tr\u00e8s conviviale, on y discute avec les occupants des deux autres logements. C\u2019est moi qui l\u2019ai construit cet immeuble. Il ne peut pas s\u2019effacer comme cela. Il est grand. Il n\u2019est entour\u00e9 d\u2019aucun de son esp\u00e8ce. Il est l\u00e0. Il est seul. Fait de ses trois appartements il se suffit \u00e0 lui-m\u00eame. C\u2019est vrai qu\u2019il est \u00e9trange. On ne sait pas vraiment par o\u00f9 y entrer ou en sortir. Les choses ne sont pas \u00e0 la place qu\u2019on penserait \u00eatre la bonne. Les verrous, les couloirs. Les goutti\u00e8res sont tourn\u00e9es vers le ciel. On peut souffler dedans et envoyer des jets d\u2019eaux puissantes toucher les \u00e9toiles. Il est bien l\u00e0 en grand et biscornu. Il n\u2019a qu\u2019une seule occupante. L\u00e0 au moment o\u00f9 je le regarde tout en entier mon immeuble, celui que j\u2019ai construit, elle est dans toutes les pi\u00e8ces \u00e0 la fois. Je l\u2019ai construit cet immeuble de trois appartements seulement et pour cette raison je peux en gratter du regard les ciments et les peintures. Je cligne trois fois des yeux et d\u00e9j\u00e0 j\u2019atteins la laine de verre, un dernier et le papier peint se soul\u00e8ve comme un tapis volant dans chaque pi\u00e8ce diff\u00e9rent il a d\u00e9coll\u00e9 et s\u2019envole parce qu\u2019il y a toujours du vent en rafales douces autour de mon immeuble. Elle est dans la cuisine pench\u00e9e sur l\u2019\u00e9vier l\u2019eau coule en chuchotant ou bien c\u2019est elle qui prononce les mots de l\u2019eau elle s\u2019affaire lave le riz pour le d\u00e9jeuner d\u2019un mouvement souple du poignet danse dans la casserole elle est dans le salon presque assoupie son ventre est rond gonfl\u00e9 une main pos\u00e9e dessus elle lui parle \u00e0 travers ses veines et ses muscles un conte qu\u2019elle invente au rythme de sa respiration le canap\u00e9 est en cuir et vert clair en face d\u2019elle une baie vitr\u00e9e sombre et une tisane presque froide \u00e0 la port\u00e9e de l\u2019autre main mais elle l\u2019a oubli\u00e9e elle est dans la chambre du haut borde un enfant pr\u00eat pour le coucher elle dit des mots enfants qui grandiront avec lui seul un drap couvre le corps qui doit dormir cette nuit d\u2019\u00e9t\u00e9 elle est dans la salle de bain crache dans le lavabo ses yeux alors croisent les siens dans le miroir elle ne voit pas que je la vois le reflet offre l\u2019ombre \u00e0 mes yeux qui ont gratt\u00e9 tout ce qui \u00e9tait derri\u00e8re elle qui tient sa brosse \u00e0 dent elle ne s\u2019est pas encore habill\u00e9e pour la journ\u00e9e qui l\u2019attend dans les rafales du dehors de l\u2019immeuble elle porte de vieux v\u00eatements la nuit un t-shirt \u00e9puis\u00e9 mauve des ann\u00e9es qui lui restent \u00e0 tenir elle est dans le garage cherche un carton o\u00f9 elle avait rang\u00e9 la grenouill\u00e8re orange en \u00e9ponge qu\u2019avait port\u00e9 son premier enfant ses premiers jours l\u2019endroit est \u00e9clair\u00e9 d\u2019un n\u00e9on qui met du bleu dans ses cheveux elle est dans l\u2019escalier s\u2019arr\u00eate \u00e0 mi-hauteur et se retourne regarde le mur ou peut-\u00eatre a-t-elle sentie qu\u2019il s\u2019est effac\u00e9 et qu\u2019un regard est l\u00e0 comme si elle cherchait \u00e0 discerner elle a les yeux pliss\u00e9s elle me regarde elle est dans sa chambre se d\u00e9shabille elle est seule d\u00e9pose ses v\u00eatements sur une chaise qui ressemble \u00e0 une chaise d\u2019\u00e9cole elle est dans la cuisine elle se verse un verre de vin le porte \u00e0 sa bouche la table est carr\u00e9e petite et pourtant occupe tout le centre de la pi\u00e8ce des miettes de pain un verre sale un torchon d\u00e9chir\u00e9 des cartes postales sur le r\u00e9frig\u00e9rateur elle ne les regarde pas elle est assise sur le rebord de la fen\u00eatre celle qui donne sur la cage d\u2019escalier elle y descend et se salue avec des mots de cages d\u2019escaliers elle est dans l\u2019entr\u00e9e pose la main sur la poign\u00e9e de la porte qu\u2019elle ouvre ni doucement ni rapidement ni r\u00e9solument juste elle l\u2019ouvre indiff\u00e9remment repositionne la lani\u00e8re de son sac \u00e0 son \u00e9paule elle sort de l\u2019immeuble sur la fa\u00e7ade Est au deuxi\u00e8me niveau elle ne sait pas que l\u2019immeuble est \u00e9trange biscornu et que la porte ouvre sur le vide.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019immeuble que j\u2019ai construit tandis que mes yeux \u00e9taient ferm\u00e9s. Je l\u2019ai regard\u00e9e partout \u00e0 la fois occup\u00e9e \u00e0 attendre \u00e0 faire foyer de chacune des pi\u00e8ces qu\u2019elle occupe de son corps et de ses gestes. Puis \u00e0 force de les regarder, d\u2019avoir gratt\u00e9 leurs surfaces j\u2019ai reconnu les trois appartements. Mon immeuble est du petit matin et du soir au m\u00eame instant de la boue et des \u00e9t\u00e9s ass\u00e9ch\u00e9s du plaid sur les genoux et des fen\u00eatres ouvertes \u00e0 tous les courants qu\u2019on invite \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Mon immeuble est fait des lieux o\u00f9 j\u2019ai v\u00e9cu dans cette ville o\u00f9 j\u2019ai grandi tous r\u00e9unis ici. Puis je l\u2019ai reconnue. Ma m\u00e8re \u00e0 \u00eatre vivante au m\u00eame instant en cet endroit de toutes ses vies dans cette ville r\u00e9unies dans mon immeuble.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je peux ouvrir les yeux maintenant, je crois que j\u2019en suis capable rien ne s\u2019effacera. &#8212;&#8212;&#8212; L\u2019immeuble est biscornu. C\u2019est moi qui l\u2019ai construit. C\u2019est un immeuble de trois appartements seulement. L\u2019un d\u2019entre eux est un duplex. Il est bord\u00e9 de grandes terrasses. Deux sont rectangulaires. L\u2019une est un triangle. 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