{"id":73638,"date":"2022-06-12T12:53:32","date_gmt":"2022-06-12T10:53:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=73638"},"modified":"2022-06-12T15:59:30","modified_gmt":"2022-06-12T13:59:30","slug":"40-jours-02-eclair-doeil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-02-eclair-doeil\/","title":{"rendered":"#40 jours #02 | \u00e9clair d&rsquo;\u0153il"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce serait comme dans un rendez-vous passe-muraille pour tenir compagnie aux souvenirs. Toujours les deux m\u00eames fen\u00eatres o\u00f9 lever les yeux. On le sait qu\u2019elles ne s\u2019ouvrent pas dans leur totalit\u00e9, mais peuvent juste s\u2019entreb\u00e2iller, pour laisser un filet d\u2019air rafra\u00eechir et le brouhaha de la vie qui se continue dans ce dehors p\u00e9n\u00e9trer un peu, ce dehors o\u00f9 il n\u2019y a plus rien \u00e0 faire. <em>C\u2019est pour pas qu\u2019on saute<\/em>, avait dit le p\u00e8re quand il avait compris qu\u2019il ne pourrait m\u00eame pas s\u2019accouder au rebord mais juste rester derri\u00e8re la vitre, <em>c\u2019est comme une prison,<\/em> il avait rajout\u00e9 entre ses l\u00e8vres. Un rideau blanc opaque toujours bien \u00e9tal\u00e9 le long des vitres pour perdre m\u00eame jusqu&nbsp;\u2018au d\u00e9sir de voir de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. De la rue la fa\u00e7ade est uniforme, avec toutes ces fen\u00eatres semblables tentant d\u2019abriter ou de faire dispara\u00eetre ce qui ne doit pas \u00eatre vu. Un alignement parfait sur deux \u00e9tages avec quatre ou six fen\u00eatres chacun (voil\u00e0 que pointe le doute), dont les voyageurs de la ligne de train r\u00e9gional qui chaque jour, matin et soir, glissent le long, ne sauront rien et n\u2019imagineront pas que c\u2019est l\u00e0 que s\u2019an\u00e9antissent des existences. Une personne par pi\u00e8ce, toutes plus ou moins semblables avec le lit, la table de nuit et son verre d\u2019eau, le r\u00e9veil n&rsquo;ayant plus d&rsquo;utilit\u00e9, une bo\u00eete de mouchoirs, le t\u00e9l\u00e9phone, un carnet pour noter et ne pas oublier ce qui doit encore se dire, un stylo, un emballage de g\u00e2teau\u2026 Entre le lit et la fen\u00eatre, un fauteuil d\u2019o\u00f9 le regard peut encore s\u2019\u00e9chapper, et finir par s\u2019habituer \u00e0 se recroqueviller dans cet antre, \u00e0 ressasser ses souvenirs et regarder de vieilles photos accroch\u00e9es sur le mur par les enfants, sans r\u00e9ellement les voir. Un journal, pos\u00e9 sur le bureau le long du mur, car il faut encore se tenir au courant des informations, des petits faits divers du quotidien, et surtout \u00e9plucher l\u2019\u00e9tat-civil au cas o\u00f9 l\u2019on y verrait son nom&#8230; Un livre tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9, afin de retrouver les \u00e9treintes de la vie&nbsp;: ce pourrait \u00eatre des morceaux choisis de Victor Hugo, avec de petites marques en papier ins\u00e9r\u00e9es entre des pages, pour signifier qu\u2019on aime encore ces mots-l\u00e0, qu\u2019ils sont n\u00e9cessaires, et qu\u2019ils le seront jusqu\u2019au bout. Quand ce sera le moment, on regardera et <em>Demain d\u00e8s l\u2019aube<\/em> se r\u00e9citera. Cela fait plus de dix ans d\u00e9sormais, mais passant sur le boulevard entre cette maison et la voie ferr\u00e9e, \u00e0 chaque fois les yeux se l\u00e8vent, se posent sur ces fen\u00eatres immuables dans leur silence et leurs secrets bien gard\u00e9s. Le geste est automatique, ne se conscientise pas, ne se r\u00e9fl\u00e9chit pas&nbsp;: les yeux se l\u00e8vent sur la fen\u00eatre du deuxi\u00e8me \u00e9tage, \u00e0 droite, englobant celle du premier \u00e9tage juste dessous, car on n\u2019oublie personne, et dans la seconde de cette percussion, on se sait orpheline.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce serait comme dans un rendez-vous passe-muraille pour tenir compagnie aux souvenirs. Toujours les deux m\u00eames fen\u00eatres o\u00f9 lever les yeux. 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