{"id":73643,"date":"2022-06-12T12:02:43","date_gmt":"2022-06-12T10:02:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=73643"},"modified":"2023-05-22T22:26:26","modified_gmt":"2023-05-22T20:26:26","slug":"40jours-02-tombent-les-nuits","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-02-tombent-les-nuits\/","title":{"rendered":"#40jours #02 |\u00a0tombent les nuits"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"778\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/P1050440-1024x778.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-73646\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/P1050440-1024x778.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/P1050440-420x319.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/P1050440-768x583.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/P1050440-1536x1167.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/P1050440-2048x1556.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Lisa Diez, New-York, 2011<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Au long des ann\u00e9es 80, le motif se r\u00e9p\u00e8te, lancinant, je me revois tracer quatre lignes sur la page horizontale pour s\u00e9parer les \u00e9tages d&rsquo;un immeuble \u00e0 la fa\u00e7ade invisible. C&rsquo;est (toujours) No\u00ebl car j&rsquo;aime dessiner les sapins, les cadeaux, les boules du sapin, la famille toute enti\u00e8re r\u00e9unie. C&rsquo;est (toujours) le soir. J&rsquo;habite alors dans une cit\u00e9 \u00e0 Sarcelles, les appartements de l&rsquo;immeuble ont tous la m\u00eame disposition, le m\u00eame volume. Je suis \u00e9tonn\u00e9e par la diff\u00e9rence, en revanche, entre les am\u00e9nagements, entre les odeurs, les textures, les mondes. Je me souviens de l&rsquo;excitation que j&rsquo;ai \u00e0 rentrer chez les gens. L&rsquo;obsession reste intacte. J&rsquo;aime encore rentrer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des gens.<\/p>\n\n\n\n<p>1999, rue traversi\u00e8re. Ma premi\u00e8re mansarde. Les bruits des soirs d&rsquo;\u00e9t\u00e9 r\u00e9sonnent dans la cour int\u00e9rieure: \u00e9clats de voix, tintements de vaisselle, t\u00e9l\u00e9s qui ronronnent, odeurs de cuisine, de grillades<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les samedi soir depuis la rue distinguer les clameurs des f\u00eates. La musique. Une chanson soudain reprise en foule. Lever les yeux. Ils sont trois, quatre, \u00e0 fumer sur le balcon, d&rsquo;autres s&rsquo;agglutinent \u00e0 la fen\u00eatre de la cuisine bond\u00e9e. Sur les marches de la cage d&rsquo;escalier v\u00e9tuste, \u00e9troite, au parquet craquant, deux font l&rsquo;amour. Ceux qui quittent la f\u00eate doivent enjamber ces corps imbib\u00e9s, oublieux.<\/p>\n\n\n\n<p>1993, cit\u00e9 Saint-Blaise, Paris. Quand la nuit tombe en hiver, les lampions du square de la Salamandre s&rsquo;allument l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre. Des corps furieux vrombissent leurs scooters, fument le cannabis, franchissent les barri\u00e8res fraichement repeintes par la Ville et hurlent sur les spirales en b\u00e9ton. Tout autour, des immeubles \u00e0 loyers mod\u00e9r\u00e9s font la ronde, leurs fen\u00eatres me fixent comme des yeux. En bas \u00e0 gauche, je ne vois que les pieds de cette famille juive orthodoxe, qui s&rsquo;agite \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 rentre le p\u00e8re. Il roule au sol avec ses cinq enfants, rit aux \u00e9clats, perd sa kippa en les faisant voltiger entre ses grosses mains. En face, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du parc, \u00e0 intervalles r\u00e9guliers, un homme se poste, raide sur son petit balcon pour fumer. Il a \u00e9teint la lumi\u00e8re. Il entre, il me regarde avec ses jumelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Juin 2011, New-York, Brooklyn, des maison basses, au premier \u00e9tage un contrebassiste joue une musique concr\u00e8te, Philipp Glass peut-\u00eatre, large et courb\u00e9 derri\u00e8re son instrument il regarde ses doigts son archet fr\u00f4le une tasse de th\u00e9 fumant sur la table \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re les tours de la Joliette aux \u00e9tages \u00e9clair\u00e9s, vides, d\u00e9sol\u00e9s, un ferry s&rsquo;en va vers la corse, immeuble mouvant. Dans les cabines on se couche peut-\u00eatre, pendant que Marseille s&rsquo;\u00e9loigne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au long des ann\u00e9es 80, le motif se r\u00e9p\u00e8te, lancinant, je me revois tracer quatre lignes sur la page horizontale pour s\u00e9parer les \u00e9tages d&rsquo;un immeuble \u00e0 la fa\u00e7ade invisible. 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