{"id":74747,"date":"2022-06-14T03:38:03","date_gmt":"2022-06-14T01:38:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=74747"},"modified":"2022-06-14T08:29:03","modified_gmt":"2022-06-14T06:29:03","slug":"40jours04-au-debut-ras-du-sol-et-puis-debout-ensuite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours04-au-debut-ras-du-sol-et-puis-debout-ensuite\/","title":{"rendered":"#40jours #04 | au d\u00e9but ras du sol, et puis debout ensuite"},"content":{"rendered":"\n<p>D\u00e9j\u00e0 la qualit\u00e9 du sol, son toucher, sa plus ou moins forte r\u00e9sistance, son contact avec les pieds nus ou chauss\u00e9s. Le linol\u00e9um du couloir de l&rsquo;appartement br\u00fble les genoux si on est distrait, ou press\u00e9, en tous cas inattentif. Il enseigne la prudence pour parvenir \u00e0 la cuisine, tomettes rouge brique dont les joints \u00e0 force d&rsquo;\u00eatre r\u00e9cur\u00e9s s&rsquo;amaigrissent, se renfrognent entre les formes hexagonales. Sur celles-ci,  pr\u00e8s du fourneau la graisse s&rsquo;est enfonc\u00e9e irr\u00e9cup\u00e9rable, ind\u00e9crottable, \u00e0 moins d&rsquo;avoir acc\u00e8s  \u00e0 des secrets d&rsquo;alchimiste. De toutes fa\u00e7ons il est interdit de trainer l\u00e0 \u00e0 quatre pattes, trop dangereux. Dans la salle \u00e0 manger les tapis pos\u00e9s \u00e0 m\u00eame le plancher de ch\u00eane amortissent les pas, amortissent la vie en g\u00e9n\u00e9ral qui se d\u00e9roule entre les quatre murs de cette pi\u00e8ce, uniquement. Parfois on peut d\u00e9placer l\u00e9g\u00e8rement la table, les marques laiss\u00e9es sur le tapis c&rsquo;est la trace, on y passe le doigt pour sentir le contour, le p\u00e9rim\u00e8tre velu d&rsquo;une excavation  large  comme une pi\u00e8ce de 5 francs. Sous le tapis, la fraicheur du bois, on peut rester comme \u00e7a un moment pour reprendre de l&rsquo;\u00e9nergie, du calme , se recharger la paume \u00e0 plat sur une latte.<\/p>\n\n\n\n<p>Retour vers le couloir, prudence, se diriger tranquillement vers la salle de bain \u00e0 droite au bout du couloir. les fesses au fond de la baignoire ensuite, douche ou bain \u00e7a ne change pas grand chose, le fond de la baignoire reste dur. Ne pas glisser sur le carrelage, s&rsquo;essuyer les pieds, l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre en se retenant \u00e0 bord de la baignoire pour ne pas perdre l&rsquo;\u00e9quilibre et se retrouver \u00e0 plat ventre. Plusieurs fois d\u00e9j\u00e0 c&rsquo;est arriv\u00e9, le carrelage est assez froid mais les joints sont increvables.<\/p>\n\n\n\n<p>retraverser le couloir, un m\u00e8tre ou deux, puis parvenir au contact du plancher de la chambre. s&rsquo;habiller. Pour enfiler un slip c&rsquo;est une jambe apr\u00e8s l&rsquo;autre en se tenant sur le pied de lit sinon perte d&rsquo;\u00e9quilibre, \u00e9talement de son long sur le bois dur, qui grince, ou chante selon l&rsquo;oreille que l&rsquo;on d\u00e9cide d&rsquo;avoir \u00e0 ce moment l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Sortir de l&rsquo;appartement. Tapis rouge qui s&rsquo;\u00e9tend depuis la porte d&rsquo;entr\u00e9e et courre tout en bas des escaliers, ne pas se prendre les pieds dans le tapis rouge, \u00e0 la troisi\u00e8me marche en partant du palier la tige dor\u00e9e qui est sens\u00e9e maintenir la tension du velours est d\u00e9viss\u00e9e, ce qui cr\u00e9e une poche, du mou, tr\u00e8s suspecte fort heureusement, on se m\u00e9fie et on passe le cap doucement en se tenant bien \u00e0 la rampe.<\/p>\n\n\n\n<p>en bas, sept \u00e9tages plus bas, un autre tapis sur un sol carrel\u00e9, pas le m\u00eame rouge. Un rouge plus grossier, un rouge de tous les jours sur lequel on peut marcher avec les chaussures sales, mouill\u00e9es \u00e7a importe peu.<\/p>\n\n\n\n<p>Porte d&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;immeuble, en bas un joint avec des poils pour amortir le bruit quand elle se referme. Le trottoir, vieux, rid\u00e9, fissur\u00e9, avec m\u00eame quelques cloques quand il fait tr\u00e8s chaud, gris mais avec des nuances int\u00e9ressantes. <\/p>\n\n\n\n<p>Caniveau ensuite, si par chance les employ\u00e9s de la voirie on ouvert la vanne, l&rsquo;eau s&rsquo;\u00e9coule ici, elle se rue et brille, captive les yeux, fait r\u00eaver \u00e0 des soldats de plomb, des barques en papier. <\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite les pav\u00e9s rang\u00e9s en demi cercles, des centaines, des milliers, glissants eux aussi les jours de pluie, neutres quand il faut beau. a moins qu&rsquo;on les d\u00e9terre pour chercher la plage dessous, qu&rsquo;on s&rsquo;en serve de munitions les jours de barricade. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais les pneus au contact des pav\u00e9s, une chienlit de soubresauts, et qui dure parfois fait mal au cul dans la camionnette , si on d\u00e9cide d&rsquo;aller depuis la rue Jobb\u00e9 Duval au boulevard Brune.<\/p>\n\n\n\n<p>boulevard Brune, trottoirs \u00e0 nouveau, sols jonch\u00e9s d&rsquo;\u00e9pluchures de toutes sortes, et de lambeaux de viande, d&rsquo;os, de p\u00e9tales de fleurs de t\u00eates de poissons coup\u00e9es. tout \u00e7a nettoy\u00e9 au jet apr\u00e8s quand on remballe par les \u00e9boueurs. La luisance du sol mouill\u00e9 quand le jet est pass\u00e9, que tout est propre comme un sou neuf. Propre mais des gens fouillent encore dans les cageots en pile pas encore emport\u00e9s. Oranges pourries et autres fruits tal\u00e9s ramass\u00e9s aussi \u00e0 m\u00eame le sol  en urgence parce que la propret\u00e9 n&rsquo;attend pas jusqu&rsquo;\u00e0 la saint glin glin tout de m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Des ann\u00e9es plus tard apr\u00e8s des va et viens la m\u00eame ville, y marcher \u00e0 nouveau, apr\u00e8s le renoncement de se trainer \u00e0 genoux. Des kilom\u00e8tres de rues aval\u00e9es, sans oublier son bagage \u00e0 porter,  de quartier en quartier, de chambre d&rsquo;h\u00f4tel en chambre d&rsquo;h\u00f4tel, avec ou sans confort. Dans le 15 \u00e8me des p\u00e8lerinages r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, voir tomber les b\u00e2timents peu \u00e0 peu, les gravats joncher les sols, et des jardins que l&rsquo;on replante, Le parc Georges Brassens et son march\u00e9 aux livres le week-end, une trace de l&rsquo;ancienne cri\u00e9e, le souvenir des abattoirs de Vaugirard. Du sable et des petits cailloux ici ont remplac\u00e9 les pav\u00e9s, et des plantes, de l&rsquo;herbe, des arbres qui plongent leurs racines dans un pass\u00e9 que presque tout le monde a oubli\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bruit des pas est diff\u00e9rent la nuit du jour. On marche et l&rsquo;\u00e9cho est d\u00e9multipli\u00e9 comme la solitude l&rsquo;est aussi. En pleine journ\u00e9e le bruit dune chaise en fer que l&rsquo;on tire pour se ranger \u00e0 l&rsquo;ombre et lire, pas loin du bassin, au jardin du Luxembourg. Le soir on marche sur du plat, des mont\u00e9es et des descentes, on s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve et on s&rsquo;affaisse de la m\u00eame fa\u00e7on qu&rsquo;on marche la plupart du temps, on est assujetti au relief comme on l&rsquo;est au climat quand personne ne nous attend.<\/p>\n\n\n\n<p>La ville enti\u00e8re mille fois march\u00e9e dans une errance obstin\u00e9e, travers\u00e9e dans tous les sens, aller et retour, tentative d\u00a0\u00bb\u00e9vasion par la r\u00e9p\u00e9tition, le tournis des derviches.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut aussi parler des chaussures, de leur qualit\u00e9 s&rsquo;accordant au prix qu&rsquo;on peut y mettre. A la douleur que tout \u00e7a cr\u00e9e dans la progression, comme s&rsquo;il fallait encore ajouter de la peine \u00e0 la peine pour aller jusqu&rsquo;au bout de celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;asseoir alors sur un banc public \u00e0 contempler la Seine, la nuit. Souvent la nuit. Apr\u00e8s le tohu bohu de la journ\u00e9e \u00e9couter le bruit de la ville le cul pos\u00e9 sur la pierre du quai, et ne percevoir plus que du murmure.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis une fois repos\u00e9, repartir encore, tout retraverser encore une fois, la seine, l&rsquo;abord des gares, les avenues, les rues, les ruelles et gravir l&rsquo;escalier interminable qui m\u00e8ne \u00e0 un chez soi provisoire et pr\u00e9caire.<\/p>\n\n\n\n<p>La marche apprend beaucoup \u00e0 penser. Quand j&rsquo;\u00e9tais plus jeune j&rsquo;\u00e9tais romantique, mon errance ressemblait \u00e0 celle de tous ces fant\u00f4mes de po\u00e8tes d&rsquo;\u00e9crivains qui d\u00e9ambulaient eux aussi dans cette ville. Je m&rsquo;\u00e9tais cal\u00e9 sur leurs pas, avait \u00e9pous\u00e9 leur mal \u00eatre , \u00e7\u00e0 me conduisait au p\u00e8re Lachaise ou au Ch\u00e2teau des Brouillards sans m\u00eame m&rsquo;en rendre compte.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est durant la grande gr\u00e8ve des transports en commun, je ne me souviens plus bien de l&rsquo;ann\u00e9e, surement 95 car ensuite j&rsquo;ai d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 pour la banlieue, que j&rsquo;ai revisit\u00e9 mes id\u00e9es sur la marche et l&rsquo;errance. <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais une piaule \u00e0 Clignancourt et je travaillais \u00e0 Montrouge, une heure et demie de marche matin et soir \u00e7a oblige \u00e0 autre chose que du romantisme. Et j&rsquo;y ai pris gout, mes pens\u00e9es se  sont affin\u00e9es sur tout un tas de sujets. Quand j&rsquo;ai quitt\u00e9 les lieux j&rsquo;ai r\u00e9cur\u00e9 le sol et les murs je m&rsquo;en souviens tr\u00e8s bien. C&rsquo;\u00e9tait comme nettoyer quelque chose en profondeur, un peu comme ces \u00e9boueurs apr\u00e8s la gabegie des march\u00e9s, j&rsquo;ai quitt\u00e9 les lieux comme \u00e7a en faisant place nette.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>Puis ensuite j'ai march\u00e9 en campagne, en for\u00eat c'\u00e9tait autre chose et je n'en ai jamais \u00e9prouv\u00e9 vraiment de vrai regret.<\/code><\/pre>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>C'est comme si j'avais march\u00e9 beaucoup \u00e9norm\u00e9ment  dans une illusion pour en faire le tour, une illusion  de la ville, comme on marche dans une crotte, pied droit, pied gauche je ne sais jamais lequel porte bonheur, et je m'en fiche.<\/code><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9j\u00e0 la qualit\u00e9 du sol, son toucher, sa plus ou moins forte r\u00e9sistance, son contact avec les pieds nus ou chauss\u00e9s. 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