{"id":75337,"date":"2022-06-15T06:09:13","date_gmt":"2022-06-15T04:09:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=75337"},"modified":"2022-06-15T08:59:18","modified_gmt":"2022-06-15T06:59:18","slug":"40jours05-la-varenne-chennevieres-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours05-la-varenne-chennevieres-1\/","title":{"rendered":"#40jours #05 | La Varenne-Chennevi\u00e8res-1"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>\nPremi\u00e8re version \u00e0 chaud, juste apr\u00e8s avoir lu le texte de Fran\u00e7ois qui est apparut soudain alors que je visitais le site du Tiers Livre. consid\u00e9rer que cette apparition est d\u00e9j\u00e0 une forme d'\u00e9nonc\u00e9, que l'exercice est int\u00e9ressant \u00e0 faire d'apr\u00e8s un pr\u00e9suppos\u00e9. Avant d'avoir les infos dans leur exhaustivit\u00e9 ( si on peut parler d'exhaustivit\u00e9 ici car l'imagination part presque aussit\u00f4t sur mille pistes) \nEnsuite sont apparus, dans l'ordre chronologique le texte de pr\u00e9sentation  de #05,cam\u00e9ra tournante sur la page Patr\u00e9on. Puis la vid\u00e9o. C'est aussi l\u00e0 que j'ai constat\u00e9 \u00e0 quel point j'attendais la consigne du 5 \u00e8me jour, \u00e0 quel point je suis mordu.<\/code><\/pre>\n\n\n\n<p>Avenue des piliers plant\u00e9e de part et d\u2019autre de peupliers, \u00e0 la Varenne-Chennevi\u00e8res, trois petites marches, non une seule, apr\u00e8s v\u00e9rification effectu\u00e9e sur Google Earth ( je m&rsquo;am\u00e9liore, mais c&rsquo;est surement une impression)  une porte, lourde, un bref couloir, 1, 2, 3, 4 pas et tout de suite la porte droite, Valentine Musti\/ Jean Antipine, deux noms, celui de ma grand-m\u00e8re estonienne et de mon beau grand p\u00e8re russe. Mais on ne dit pas Jean on dit Vania. Frappe avant d\u2019entrer dit une voix off, ma m\u00e8re certainement,  mais pas la peine la porte s\u2019ouvre,  ils nous ont vu arriver par la fen\u00eatre. Retour dans la rue, oui il y bien une fen\u00eatre qui donne sur la rue et les peupliers. Si je reviens vite \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur je peux vous dire ce que je vois par cette fen\u00eatre : des arbres dont je connais le nom et qui se font appeler peupliers et puis en regardant la photo google, doute que ce soit vraiment des peupliers,  c&rsquo;est peut-\u00eatre autre chose. Pas assez cal\u00e9 cependant sur les essences d&rsquo;arbres, passons- et des maisons plut\u00f4t chics avec des jardins, des portails. Pas du c\u00f4t\u00e9 de la rue o\u00f9 je suis, c\u2019est plus mitig\u00e9, immeubles avec cour int\u00e9rieur, derri\u00e8re, sols  en ciment, et maison ouvri\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019odeur tout de suite vous happe, d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e, dans le couloir m\u00eame si je n\u2019en ai pas parl\u00e9, une odeur d\u2019oignons et d\u2019ail frits, ils savaient que nous viendrions alors Vania pr\u00e9pare ses pirojkis. D\u00e9j\u00e0 juste un pas en avant, l\u2019odeur et la bouche se remplit de salive. Rapide coup d\u2019\u0153il pour se rep\u00e9rer, voir si tout est comme d\u2019habitude. Important l&rsquo;habitude pour se fier \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 ou plut\u00f4t pour ne plus trop la regarder, v\u00e9rifier l&rsquo;habitude plut\u00f4t que la r\u00e9alit\u00e9, plus commode, bien plus commode. C\u2019est toujours le d\u00e9sordre, \u00e0 droite sur le lit cosy non. Un ancien capitaine du Tsar combat le d\u00e9sordre. Les livres sont align\u00e9s au cordeau sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re, pas un seul grain de poussi\u00e8re. J\u2019ai faim mon attention se d\u00e9porte sur l\u2019entr\u00e9e de la petite cuisine, il les a d\u00e9j\u00e0 mis \u00e0 frire, peut \u00eatre va t\u2019il bondir, aller chercher le plat\u2026 je peux d\u00e9j\u00e0 sentir le poids d\u2019un de ces petits p\u00e2t\u00e9s dans la main.<\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u2019ic\u00f4ne soudain me revient oui elle est toujours accroch\u00e9e au chevet du lit ou Vania dort seul. Le long cou le beau visage et les yeux \u00e0 demi clos,  bien tristes, comme d&rsquo;habitude. Ils font chambre \u00e0 part Vania et Valentine, je le saurais plus tard, pour l\u2019instant je ne sais rien je ne comprends rien. Clignement d\u2019\u0153il puis zoom sur l\u2019embl\u00e8me peinte sur bois, t\u00eate de mort et poignards crois\u00e9s, embl\u00e8me des troupes du g\u00e9n\u00e9ral Kornilov, trop jeune pour savoir encore, pour comprendre. Elle me fascine cette image encore. Je me retrouve projet\u00e9 quelque part, un grand lac, des chevaux qui galopent, et la surface se d\u00e9robe sous leurs sabots, ils disparaissent chevaux et cavaliers, trente survivants en tout et pour tout. Vania et ses fameux pirojkis. Ic\u00f4ne et embl\u00e8me des escadrons de la mort, au mur tout \u00e7a en vis \u00e0 vis, comme un dialogue les deux objets se parlent silencieusement dans ma t\u00eate. L&rsquo;\u0153il fait un travelling; plusieurs, des va et viens de l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre de l&rsquo;autre \u00e0 l&rsquo;un. La religion et la guerre dans un angle comme \u00e7a, r\u00e9sum\u00e9 et les gens qui font comme ils peuvent pour fabriquer leurs histoires dans ce carcan. Mais ce n&rsquo;est pas une r\u00e9flexion d&rsquo;enfant, pour le moment l&rsquo;enfant est enfant comme dans un d\u00e9but de chapitre de Peter Handke. Cocher ralenti tes chevaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Revoir le m\u00eame appartement ce sont des couches et des couches qui se superposent comme dans un film, tant\u00f4t le mise au point est un peu flou, comme dans un super 8 d&rsquo;amateur puis \u00e7a se modifie, \u00e7a change, le temps est bizarre lent parfois ou  \u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, les objets bougent et fabriquent le fameux d\u00e9sordre, cette habitude du d\u00e9sordre dont on s&rsquo;entoure vous savez. Vania torse nu tente de combattre mais en vain, des bataillons entiers de cravates le submergent. Et Valentine avec sa voix de fumeuse inv\u00e9t\u00e9r\u00e9e dit quelque chose, mais la bande son  saute, b\u00e9gaie, est hachur\u00e9e, ou bien se mixe \u00e0 d\u2019autres mots pour que  le tout devienne incompr\u00e9hensible, m\u00e9lange d&rsquo;estonien de fran\u00e7ais et de russe. Et elle, Valentine  ponctue tout \u00e7a en l\u00e2chant une bouff\u00e9e de fum\u00e9e et un <em>je vous merde<\/em> qui surnage dans la m\u00e9moire des sons, la m\u00e9moire des voix.<\/p>\n\n\n\n<p>Buffet Henri 4 on n\u2019y \u00e9chappera pas, surtout pour se d\u00e9gager d&rsquo;un trop plein d&rsquo;attention, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019est rang\u00e9e toute la vaisselle du dimanche. j\u2019admire l\u2019ouvrage , pareil, un beau d\u00e9sordre le go\u00fbt, on aime on n\u2019aime plus on aime \u00e0 nouveau, avec par ci par la quelques pauses, des moments d\u2019indiff\u00e9rence, une absence inopin\u00e9e d\u2019avis sur la question. Un style comme un autre Henri 4. D\u2019ailleurs l\u2019oncle Henri s\u2019est r\u00e9veill\u00e9,  il est d\u00e9sormais dans l\u2019encadrure de la porte de la cuisine, sa stature de colosse me bouche la vue sur la friteuse, quand donc va t\u2019on passer au pirojkis? <\/p>\n\n\n\n<p>Les adultes parlent, je photographie du regard les lieux, clic clac kodak  juste en clignant des yeux et \u00e0 la louche sans m\u2019appesantir, cadrage \u00e0 la vol\u00e9e, sans m&rsquo;occuper exag\u00e9r\u00e9ment du diaphragme, de la vitesse d&rsquo;obturation non plus, en laissant le doigt sur les touches d\u00e9cider : fleurs artificielles pos\u00e9es dans un vase, sur un napperon de fausse dentelle, lui m\u00eame recouvre une partie de la table ronde devant la fen\u00eatre. Des voitures passent, des passants passent, les cravates sont \u00e9parpill\u00e9es un peu partout, l\u2019embl\u00e8me de Kornilov est mang\u00e9e par l\u2019ombre mais personne ne pense \u00e0 allumer la lumi\u00e8re. \u00c7a parle, plaisante, rit, je passe dans la salle \u00e0 manger qui est aussi la chambre de Valentine. La machine \u00e0 coudre- faut-il pr\u00e9ciser Singer,  ou dire tout simplement la Singer tr\u00f4ne sur la table, bref tout \u00e7a est l\u00e0,  sur une petite table devant une autre fen\u00eatre. L\u2019odeur de disque bleue pr\u00e9gnante, un m\u00e9got qui fume encore dans un cendrier Cinzano,  un clich\u00e9 facile serait d&rsquo;ajouter  un peu de rouge \u00e0 l\u00e8vre sur le filtre,  un peu plus loin une grosse t\u00e9l\u00e9 dans laquelle on doit mettre des pi\u00e8ces, de combien par contre je ne sais plus, en vrai je ne l&rsquo;ai m\u00eame jamais su, des pi\u00e8ces  pour la mettre en route. Payer \u00e0 temp\u00e9rament son programme du soir, la mire de l&rsquo;ORTF, L\u00e9on Zitrone, et tout, d\u00e9j\u00e0 Michel Drucker, mettez donc la monnaie pour voir..   On ne l\u2019allume jamais mais elle est l\u00e0. Un canap\u00e9 lit repli\u00e9 et des cravates pos\u00e9es dessus, des cravates partout, de toute mati\u00e8res  et coloris si bien qu\u2019\u00e0 la fin je sens quelque chose qui m\u2019\u00e9trangle\u2026 peut-\u00eatre les pirojkis que j\u2019ai aval\u00e9s en me souvenant de leur go\u00fbt unique beaucoup trop vite, je ne suis qu\u2019un enfant qui ne comprend rien \u00e0 rien. La mouche du coche m\u2019a t\u2019on dit d\u00e9j\u00e0 plusieurs fois. Peut-\u00eatre que dans 1000 ans on aura tout des yeux de mouche, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;avidit\u00e9 de vouloir tout voir dans le menu, tout avaler tout rond, \u00e0 moins que ce ne soit la trouille qui nous modifie les g\u00e8nes, la trouille de ne pas avoir encore assez,  de vouloir toujours plus, de toujours manquer, la trouille de vivre surtout plut\u00f4t que la trouille de crever. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avenue des piliers plant\u00e9e de part et d\u2019autre de peupliers, \u00e0 la Varenne-Chennevi\u00e8res, trois petites marches, non une seule, apr\u00e8s v\u00e9rification effectu\u00e9e sur Google Earth ( je m&rsquo;am\u00e9liore, mais c&rsquo;est surement une impression) une porte, lourde, un bref couloir, 1, 2, 3, 4 pas et tout de suite la porte droite, Valentine Musti\/ Jean Antipine, deux noms, celui de ma <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours05-la-varenne-chennevieres-1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40jours #05 | La Varenne-Chennevi\u00e8res-1<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":530,"featured_media":75338,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3338],"tags":[],"class_list":["post-75337","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-40jours","category-40jours-05-camera-tournante"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75337","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/530"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=75337"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/75337\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/75338"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=75337"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=75337"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=75337"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}