{"id":76144,"date":"2022-06-17T20:40:17","date_gmt":"2022-06-17T18:40:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=76144"},"modified":"2022-06-17T21:02:30","modified_gmt":"2022-06-17T19:02:30","slug":"40-fois-la-ville-07-pause-dejeuner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-fois-la-ville-07-pause-dejeuner\/","title":{"rendered":"#40jours #07 |\u00a0pause d\u00e9jeuner"},"content":{"rendered":"\n<p><br><br>Il avait march\u00e9 toute la la matin\u00e9e dans la ville, travers\u00e9 des parcs, des avenues, des ruelles ombrag\u00e9s, parl\u00e9 \u00e0 tout un tas de gens, expliqu\u00e9, montr\u00e9. Mais l\u00e0, il fallait qu&rsquo;il respire un instant. La chaleur \u00e9tait telle qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas senti le coup de chaud arriver. Sa t\u00eate se mit \u00e0 tourner, il perdit l&rsquo;\u00e9quilibre, se retint d&rsquo;un bras contre le mur d&rsquo;un immeuble, et l&rsquo;instant d&rsquo;apr\u00e8s, bascula dans le vide, \u00e0 travers le mur. Son corps, par instinct se mit en boule.  Tournant sur lui m\u00eame, il d\u00e9vala l&rsquo;espace sans rien voir et reprit pieds au milieu des toiles d\u2019araign\u00e9es. Cela sentait la moisissure, l&rsquo;humidit\u00e9 et, s&rsquo;insinuant plus que tout dans ses narines, l&rsquo;odeur du vin. Une odeur lointaine, famili\u00e8re, une odeur d&rsquo;enfance. Un vin pas comme les autres, un qu&rsquo;il n&rsquo;avait plus jamais rencontr\u00e9 apr\u00e8s, une fois qu&rsquo;il avait grandi, un qui laisse la langue bleue. Il se releva sur le sol de terre battue, caressa les \u00e9normes barriques de ch\u00eane. Contact froid des cercles de fer sur la rugosit\u00e9 du bois bomb\u00e9. Un homme saoul, qu&rsquo;il reconnu , vint pr\u00e8s du robinet de la plus grosse barrique, l&rsquo;ouvrit et en approcha une bouteille qu&rsquo;il remplit. Inutile de lui parler, il savait que le commis \u00e9tait sourd. Il lui tendit la main que l&rsquo;autre prit et tira vers lui d&rsquo;une traction puissante. Il fut projet\u00e9 dans l&rsquo;escalier, d\u00e9gringola et se releva dans une autre cave. Cette fois, plus de barriques mais des bouteilles, sans \u00e9tiquettes, rang\u00e9es dans des casiers de fer, tout autour de lui. Du plancher, au dessus de sa t\u00eate, lui parviennent des voix qu&rsquo;il reconna\u00eet. \u00ab Attention au petit hein, surtout, qu&rsquo;il descende pas ce foutu escalier, y va se rompre les os. Va donc toi m\u00eame chercher une bouteille pour les invit\u00e9s.\u00bb  Des pas lourds dans l&rsquo;escalier et le parfum si familier de la gauloise sans filtres du grand p\u00e8re. Par r\u00e9flexe, se cacher derri\u00e8re l&rsquo;escalier. Aucun enfant n&rsquo;a le droit d&rsquo;\u00eatre ici. Mais il y a l\u00e0 un puits dans lequel il glisse. Sa t\u00eate disparait de la surface asphalt\u00e9 o\u00f9 sa m\u00e8re et son fr\u00e8re marchaient, l&rsquo;instant d&rsquo;avant. Ils continuent leur chemin, ils n&rsquo;ont rien remarqu\u00e9.Ils s&rsquo;\u00e9loignent. Il essaye de remonter mais c&rsquo;est trop escarp\u00e9. La seule issue possible est vers le bas. Il y a un couloir. Un tunnel. La vo\u00fbte et les murs sont couverts de carreaux de fa\u00efence, blanc. \u00ab Le soir dans le m\u00e9tro sur les tapis roulants, ils cavalent apr\u00e8s toi, tu te sauve en courant. Jaur\u00e8s -Stalingrad, c&rsquo;est le bruit d&rsquo;une cavalcade&#8230; \u00bb chante La Souris D\u00e9glingu\u00e9e dans les hauts parleurs. Il perd l&rsquo;\u00e9quilibre, se sent bouger plus vite qu&rsquo;il ne marche, commence \u00e0 courir pour rester debout, court court court \u00e0 perdre haleine mais le tapis roule \u00e0 l&rsquo;envers. Quelque chose lui dit qu&rsquo;il serait dangereux de reculer. Le tapis repars vers l&rsquo;avant, en pente douce maintenant. Les proportions ont chang\u00e9es. Il reconna\u00eet l&rsquo;endroit, une station dans Moscou, \u00e0 trente m\u00e8tres de profondeur, la pente de l&rsquo;escalator de plus en plus raide. Sur le quai, des ouvriers gigantesques, sculpt\u00e9s dans une masse de couleur ocre, soutiennent la vo\u00fbte dans laquelle entre le train. Les portes s&rsquo;ouvrent, il a juste le temps de se jeter \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Un accord\u00e9oniste joue une vieille balade des steppes. Il pense \u00e0 son autre grand p\u00e8re, le russe, qu&rsquo;il n&rsquo;a pas connu. Le train file vers les profondeurs, lanc\u00e9 comme un chariot de mine. Apr\u00e8s une course folle qu&rsquo;il ne peut mesurer, le wagon ralentit puis s&rsquo;arr\u00eate. La porte s&rsquo;ouvre, il descend. Le train red\u00e9marre et entame la c\u00f4te, devant. Un cycliste puis un autre et un autre  apparaissent puis disparaissent. Ils sont  charg\u00e9s de gros sac de randonneur. Ils vont  au Cap Nord, en p\u00e9dalant \u00e0 218 m\u00e8tres sous la mer. Il s&rsquo;\u00e9tonne d&rsquo;\u00eatre arriv\u00e9 si profond sans que ses oreilles ne ressentent la pression. \u00ab C&rsquo;est parce que tu commence \u00e0 t&rsquo;habituer. \u00bb Lance une voix. \u00ab Vient donc par ici toi qui courtise ma fille.\u00bb rugit elle, dans la foul\u00e9e. Un troll portant perruque de valet, le guide \u00e0 la lueur d&rsquo;une torche vers la voix caverneuse. \u00ab Crevez lui un \u0153il!\u00bb hurle soudain  la voix. Une horde de trolls s&rsquo;\u00e9lancent \u00e0 ses trousses \u00e0 travers grottes et boyaux au plus profond de la montagne. Une main l&rsquo;agrippe, le jette dans une anfractuosit\u00e9, lui intime le silence d&rsquo;un geste de la main. Une fois les trolls pass\u00e9 il demande le c\u0153ur battant : \u00ab Mais qu&rsquo;est ce que je fais ici?\u00bb \u00ab Tu parcours ton cerveau.\u00bb lui r\u00e9pond la femme qui se tient pr\u00e8s de lui. \u00ab Voudrais tu enfin te reposer?\u00bb ajoute t&rsquo;elle d\u00e9signant de la main  une verte vall\u00e9e qui s\u2019\u00e9tend devant lui, sous un soleil radieux. \u00abIci, plus de m\u00e9moire, plus de qu\u00eate, l&rsquo;instant pr\u00e9sent pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, le v\u0153ux de toute l&rsquo;humanit\u00e9. Depuis toujours tu cherches une sortie, la voici, prends l\u00e0 ou bien retournes d&rsquo;o\u00f9 tu viens.\u00bb A cette instant, sa main toucha le mur contre lequel son \u00e9tourdissement l&rsquo;avait fait chavirer. C&rsquo;\u00e9tait une belle journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9t\u00e9, il allait souffler un peu, s&rsquo;offrir une salade compos\u00e9e, \u00e0 la terrasse d&rsquo;un caf\u00e9, accompagn\u00e9e d&rsquo;une eau gazeuse, bien fra\u00eeche  pour faire passer puis, il retournerai travailler.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il avait march\u00e9 toute la la matin\u00e9e dans la ville, travers\u00e9 des parcs, des avenues, des ruelles ombrag\u00e9s, parl\u00e9 \u00e0 tout un tas de gens, expliqu\u00e9, montr\u00e9. Mais l\u00e0, il fallait qu&rsquo;il respire un instant. La chaleur \u00e9tait telle qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas senti le coup de chaud arriver. 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