{"id":76273,"date":"2022-06-17T00:34:16","date_gmt":"2022-06-16T22:34:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=76273"},"modified":"2022-06-17T00:48:40","modified_gmt":"2022-06-16T22:48:40","slug":"40-jours-07-labyrinthe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-07-labyrinthe\/","title":{"rendered":"#40 jours #07 | Labyrinthe"},"content":{"rendered":"\n<p>Au dernier \u00e9tage de ce grand magasin, en plein c\u0153ur de Tokyo, la vue est magnifique, dans cette lumi\u00e8re laiteuse de l&rsquo;apr\u00e8s-midi. La veille, tu es venu accompagn\u00e9 par un guide qui conna\u00eet bien la ville. C&rsquo;\u00e9tait le clou de sa visite. Tu as r\u00e9ussi \u00e0 monter \u00e0 nouveau jusque-l\u00e0. La vue est tellement incroyable. Toute la ville se d\u00e9ploie \u00e0 perte de vue. Tu voudrais rester l\u00e0 toute la journ\u00e9e, \u00e0 contempler le paysage de la ville tentaculaire, mais c&rsquo;est impossible. Il faut redescendre. La porte bleu par laquelle tu es arriv\u00e9e sur le toit, s&rsquo;est brusquement referm\u00e9e derri\u00e8re toi toute \u00e0 l&rsquo;heure, tu n&rsquo;y as pas pr\u00eat\u00e9 attention sur le coup, attir\u00e9 par la vue, impossible d\u00e9sormais de parvenir \u00e0 l&rsquo;ouvrir \u00e0 nouveau. Un escalier d\u00e9rob\u00e9 s&rsquo;offre en solution de rechange, sur la droite du b\u00e2timent. Marches et murs en b\u00e9ton, lisses et froids, \u00e0 angles droits. Tu redoutes devoir descendre \u00e0 pied tous les \u00e9tages de l&rsquo;immeuble. Apr\u00e8s plusieurs minutes qui s&rsquo;\u00e9ternisent, le ciel au-dessus de la t\u00eate, tu d\u00e9bouches sur une terrasse \u00e0 l&rsquo;air libre, larges pav\u00e9s, bacs d&rsquo;arbustes et de fleurs si parfaites qu&rsquo;elles paraissent artificielles, le parvis est entour\u00e9 par les vitres des immeubles avoisinants, vitres \u00e9paisses en verre fum\u00e9 \u00e0 travers lesquelles tu crois d\u00e9celer des silhouettes mais dont tu n&rsquo;es pas certain qu&rsquo;elles puissent te voir. Aucun signe quand tu t&rsquo;adresses \u00e0 elles, appelle \u00e0 l&rsquo;aide en faisant de grands gestes d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s qu&rsquo;elles jugent sans doute d\u00e9plac\u00e9s. Le bruit de la circulation en contrebas te rassure un bref instant, tu sens que tu es proche de la rue, c&rsquo;est bon signe, et pourtant tu ne sais toujours pas dans quelle direction aller pour sortir de cet immeuble. Tu longes toutes les vitres \u00e0 la recherche d&rsquo;une issue. Au bout de la terrasse une passerelle conduit au niveau inf\u00e9rieur, elle forme une courbe \u00e0 la douce d\u00e9clivit\u00e9. Elle se transforme en pont qui surplombe une route tr\u00e8s passag\u00e8re. Pour emp\u00eacher toute tentative de suicide la structure du pont est prot\u00e9g\u00e9e par un haut-vent en plastique transparent. Derri\u00e8re, la r\u00e9alit\u00e9 semble floue. Les silhouettes \u00e9vasives des v\u00e9hicules glissent et t&rsquo;\u00e9chappent fuyantes. Le pont s&rsquo;ach\u00e8ve un peu brutalement sur le seuil d&rsquo;une porte close. A droite l&rsquo;acc\u00e8s d&rsquo;un escalier \u00e0 clairevoie est bloqu\u00e9 par des barri\u00e8res de s\u00e9curit\u00e9, sans doute \u00e0 cause de travaux \u00e0 venir. Tu ne parviens pas \u00e0 d\u00e9chiffrer le message \u00e9crit sur le panonceau accroch\u00e9 \u00e0 une cha\u00eenette m\u00e9tallique. Tu ouvres la porte. Elle te r\u00e9siste un peu mais finit par c\u00e9der \u00e0 tes \u00e0-coups. Te voil\u00e0 propuls\u00e9 contre toute attente dans les coulisses d&rsquo;un grand magasin, mais sans \u00eatre totalement s\u00fbr qu&rsquo;il s&rsquo;agit du m\u00eame que celui par lequel tu es entr\u00e9 toute \u00e0 l&rsquo;heure avant de rejoindre la terrasse du dernier \u00e9tage. Les hauts-parleurs du magasin diffusent les annonces des r\u00e9clames de diff\u00e9rents produits en Japonais. Le volume sonore des conversations des clients rivalisent avec celles des vendeurs, toutes les sonneries et vibrations \u00e9lectriques vibrionnent dans l&rsquo;air climatis\u00e9, les souffleries du magasin s\u2019additionnent pour cr\u00e9er un air assourdissant. Un mur \u00e0 mi hauteur t&#8217;emp\u00eache d&rsquo;acc\u00e9der de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Tu le longes esp\u00e9rant trouver une sortie. Toutes les portes sont ferm\u00e9es \u00e0 cl\u00e9. Au bout du couloir, un ascenseur. En entrant un doute te saisit, tu ne sais pas sur quel bouton appuyer. Le guide t&rsquo;avait bien montr\u00e9 comment y acc\u00e9der la derni\u00e8re fois, dans l&rsquo;autre ascenseur, mais dans celui-ci aucun chiffre ne figure sur les boutons, tout est \u00e9crit en japonais, les kanjis te font perdre tes moyens. L&rsquo;ascenseur est ferm\u00e9, ses parois m\u00e9talliques en inox, une odeur de renferm\u00e9, on dirait plut\u00f4t un monte-charge. Seul dans l&rsquo;habitacle, le temps te para\u00eet long, aucune indication des \u00e9tages parcourus par la machine aux rouages bruyants et aux secousses qui trahissent la v\u00e9tust\u00e9 et l&rsquo;anciennet\u00e9 de l&rsquo;engin, au-dessus de ta t\u00eate un n\u00e9on clignote par intermittence. Lorsque la porte finit par s&rsquo;ouvrir, impossible de deviner o\u00f9 tu te trouves, tu croyais acc\u00e9der au rez-de-chauss\u00e9e de l&rsquo;immeuble par o\u00f9 tu es entr\u00e9, mais tu as d\u00fb te tromper en appuyant sur le bouton. Cela ressemble \u00e0 un parking, mais aucune voiture gar\u00e9e \u00e0 cet \u00e9tage. Les piliers de sout\u00e8nement n&rsquo;indiquent aucune chiffre qui pourrait te permettre de te rep\u00e9rer. Les lumi\u00e8res blafardes des n\u00e9ons sont ternies par la poussi\u00e8re qui s&rsquo;est accumul\u00e9e avec les ann\u00e9es autour du verre d\u00e9poli cens\u00e9 les prot\u00e9ger, ce qui renforce cette impression de perte de rep\u00e8res. Sans aucune fen\u00eatre \u00e0 ce niveau, la lumi\u00e8re ext\u00e9rieure ne parvient pas jusqu&rsquo;ici, tu ne sais pas \u00e0 quoi ce lieu sert, et si tu as m\u00eame le droit d&rsquo;y \u00eatre, ce qui te rend mal \u00e0 l&rsquo;aise et t&rsquo;incite \u00e0 fuir au plus vite. Des bruits de m\u00e9caniques lointaines troublent ta perception et renforce tes craintes. Tu fais quelques pas en retrait pour tenter de te rep\u00e9rer, il doit bien y avoir quelque chose d&rsquo;\u00e9crit, un panneau indicateur, une fl\u00e8che, un plan dissimul\u00e9 quelque part ? La seule issue que tu d\u00e9niches est cette porte \u00e0 double battant dont il faut pousser le levier pour actionner l&rsquo;ouverture automatique. Tu h\u00e9sites \u00e0 le faire sans savoir ce qu&rsquo;il y a derri\u00e8re cette lourde porte. O\u00f9 cela va te mener. M\u00eame si l&rsquo;ascenseur n&rsquo;\u00e9tait pas tr\u00e8s convivial, tu te dis qu&rsquo;il vaudrait mieux rebrousser chemin, revenir sur tes pas, et t&rsquo;y engouffrer avant de te perdre plus encore. Tu te retournes vers l&rsquo;ascenseur dans un geste un peu pr\u00e9cipit\u00e9 mais les portes viennent juste de se fermer devant toi. Leur bruit r\u00e9sonne encore \u00e0 tes oreilles, mena\u00e7ant et sentencieux. Quand tu appuies \u00e0 nouveau sur le bouton, il tarde \u00e0 s&rsquo;ouvrir. Tu insistes. Une fois, deux fois. Plus d&rsquo;ascenseur. Tu d\u00e9cides de braver l&rsquo;interdit et de pousser la porte \u00e0 larges battants. Elle s&rsquo;ouvre plus facilement que tu ne l&rsquo;imaginais. Et c&rsquo;est toute la ville, ses bruits assourdissants, les lumi\u00e8res \u00e9clectiques de ses enseignes sur les fa\u00e7ades de ses immeubles, de ses feux de signalisations, sa moiteur et sa pollution, l&rsquo;air charg\u00e9 d\u2019une odeur \u00e9paisse, douce\u00e2tre qui fond sur toi. Un pas h\u00e9sitant. Les passants te fr\u00f4lent dans la rue. Sans te voir. Il fait nuit. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au dernier \u00e9tage de ce grand magasin, en plein c\u0153ur de Tokyo, la vue est magnifique, dans cette lumi\u00e8re laiteuse de l&rsquo;apr\u00e8s-midi. La veille, tu es venu accompagn\u00e9 par un guide qui conna\u00eet bien la ville. C&rsquo;\u00e9tait le clou de sa visite. Tu as r\u00e9ussi \u00e0 monter \u00e0 nouveau jusque-l\u00e0. La vue est tellement incroyable. Toute la ville se d\u00e9ploie <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-07-labyrinthe\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40 jours #07 | Labyrinthe<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":242,"featured_media":76274,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3363],"tags":[407,89,47],"class_list":["post-76273","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-40jours","category-40jours-07-descendre","tag-immeuble","tag-sensation","tag-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76273","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/242"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76273"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76273\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/76274"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76273"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76273"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76273"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}