{"id":76549,"date":"2022-06-17T14:14:53","date_gmt":"2022-06-17T12:14:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=76549"},"modified":"2022-06-17T14:16:14","modified_gmt":"2022-06-17T12:16:14","slug":"40-jours-07-lescalier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-07-lescalier\/","title":{"rendered":"#40 jours #07 | l&rsquo;escalier"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><code>mettons un ailleurs qui correspond \u00e0 un autre de mes projets en souffrance...<\/code><\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin, une porte est apparue. Une porte\u00a0o\u00f9 est inscrit le mot ESCALIER. D\u2019o\u00f9 sort cette porte\u2009? Ai-je \u00e9t\u00e9 distraite au point\u00a0de ne pas remarquer une unique porte\u2009? Une porte peut-elle na\u00eetre d\u2019un mur\u2009? Y a-t-il eu des am\u00e9nagements dans la nuit\u2009? Ou un dispositif capable de cr\u00e9er ce changement surprenant\u2009? Cette apparition m\u2019angoisse, il me semble que cette porte muette me contemple, narquoise\u00a0:\u00a0<em>surprise, hein\u2009?<\/em> Finalement, je m\u2019en approche, je la t\u00e2te, je la caresse, c\u2019est une simple porte, sans poign\u00e9e ni serrure,\u00a0je\u00a0la pousse prudemment, le vantail c\u00e8de, je fais un bond en arri\u00e8re. Le vantail reste ouvert et \u00e0 deux ou trois pas, je distingue que le sol s\u2019enfonce dans l\u2019obscurit\u00e9. Je suppose que ce trou est ce qui est nomm\u00e9 ESCALIER \u2014 ce mot inscrit sur la porte, si on avait voulu d\u00e9signer ce trou, c\u2019est bien l\u00e0 qu\u2019il fallait l\u2019inscrire. \u00c0 vrai dire, on aurait pu inscrire TROU, mais on a inscrit\u00a0ESCALIER, c\u2019est qu\u2019il y a une diff\u00e9rence et pour la d\u00e9couvrir, je m\u2019approche prudemment. L\u2019ESCALIER\u00a0s\u2019enfonce dans une franche obscurit\u00e9 comme un long tuyau qui s\u2019enroule sur lui m\u00eame, un goulot \u00e9trange et gradu\u00e9. Je ne me souviens pas d\u2019avoir jamais rencontr\u00e9 un tel phenom\u00e8ne et je n\u2019ai aucune id\u00e9e de l\u2019endroit o\u00f9 il peut mener\u2026 Mais tandis que j\u2019avance timidement un pied, un faisceau lumineux vient \u00e9clairer deux degr\u00e9s devant moi tandis que le troisi\u00e8me reste dans la p\u00e9nombre, me laissant esp\u00e9rer une suite tangible. Je descends le premier cran d\u2019un pied prudent, et je d\u00e9couvre que la lumi\u00e8re en fait autant, ou plus exactement, elle me pr\u00e9c\u00e8de l\u00e9g\u00e8rement et r\u00e9v\u00e8le un cran suppl\u00e9mentaire, si bien que je descends encore un cran, la lumi\u00e8re me pr\u00e9c\u00e8de de nouveau pour le cran suivant, et ainsi de suite, c\u2019est \u00e0 la fois tr\u00e8s excitant et tr\u00e8s inqui\u00e9tant. Je pousse mon pied en avant, je le plonge dans un trou sans savoir s\u2019il va rencontrer un support o\u00f9 se poser et ce support se r\u00e9v\u00e8le chaque fois au point limite de mon angoisse qui me dit\u00a0: Remonte\u2009! Remonte tant qu\u2019il est temps\u2009! Je regarde derri\u00e8re moi, il y fait extr\u00eamement noir, la porte a disparu. Me voil\u00e0 dress\u00e9e entre deux vides. Je distingue de part et d\u2019autre les deux degr\u00e9s que je peux gravir ou descendre selon mon go\u00fbt. Je pourrai en effet remonter d\u2019o\u00f9 je viens. Je suis tent\u00e9e bien s\u00fbr tant je redoute de sombrer tout enti\u00e8re dans ce trou devant ou derri\u00e8re moi. Je suffoque de vertige. Et s\u2019il n\u2019y avait plus de marche, quelle sera l\u2019issue de ma chute\u2009?\u00a0\u00a0Je remonte donc les quelques degr\u00e9s descendus et la porte ESCALIER surgit de nouveau devant moi, lisse, blanche et rassurante dans sa pr\u00e9sence immuable, je la caresse en passant et me voil\u00e0 de nouveau dans mon tube o\u00f9 je retrouve mon coin cuisine, la cafeti\u00e8re et le caisson \u00e0 roulettes, je suis incroyablement excit\u00e9e et pour un peu, je m\u2019attendrais \u00e0 me d\u00e9couvrir moi-m\u00eame vaquant une tasse de caf\u00e9 \u00e0 la main, surveillant l\u2019\u00c9cran, tirant et ouvrant les rideaux. Et alors, un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9trange se produit, je ressens quelque chose de tr\u00e8s fort, un sentiment de tendresse infinie, et j\u2019embrasse cette porte, et la caressant, j\u2019entrevois un monde d\u2019aller-retour qui me semble aussi spacieux que de\u00a0vastes paysages, je repasse la porte dans un sens, puis dans l\u2019autre, je fais au moins dix allers-retours follement excitants sur place puis rouvrant une derni\u00e8re fois la porte, je rentre vraiment dans le tube et je le red\u00e9couvre comme jamais je ne l\u2019avais vu, dans sa lumi\u00e8re orang\u00e9e, avec son silence particulier\u2026 comme si j\u2019assistais \u00e0 ma propre absence. Oh oui\u2009! Comme je manque ici o\u00f9 me voil\u00e0 pour la premi\u00e8re fois \u00e9trang\u00e8re\u2009! Je touche ces murs qui m\u2019ont tant vue, et je m\u2019approche de la fen\u00eatre o\u00f9 l\u2019affreuse r\u00e9alit\u00e9 s\u2019impose de nouveau. Non, je ne peux pas rester ici. Tout est chang\u00e9. Il ne reste presque plus rien \u00e0 manger, aucune nourriture n\u2019est arriv\u00e9e, une derni\u00e8re barquette dor\u00e9e luit dans l\u2019antre sombre, un plat de p\u00e2tes que je mets \u00e0 chauffer sur le chauffe-plats, je le mange sans plaisir, mon dernier plat. Un poids oppresse ma poitrine, comme si une force s\u2019appuyait dessus et je fonds en larmes. De longues larmes tristes et silencieuses. Je sais \u00e0 pr\u00e9sent que tout cela est r\u00e9el et que je dois retourner dans le goulot noir et l\u2019apprivoiser marche \u00e0 marche, faire face \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du vide pour aller Dieu sait o\u00f9 vivre Dieu sait quoi, loin. Loin de moi me semble-t-il. Je m\u2019assieds un moment, le temps de reprendre des forces, de reprendre courage, c\u2019est que l\u2019obscurit\u00e9 n\u2019existait pas jusque l\u00e0, j\u2019aimais tant cette lumi\u00e8re orang\u00e9e de mes journ\u00e9es et cette lumi\u00e8re bleue de mes longs soirs. Ne les reverrai-je jamais\u2009? Aussi, y vais-je bien doucement, progressivement, avec prudence et lenteur, en t\u00e2tant l\u2019obscurit\u00e9 du bout de mon pied jusqu\u2019\u00e0 la rencontre avec l\u2019assiette de la marche suivante. Et je vais ainsi, peu \u00e0 peu, d\u2019angoisses en soulagements, dans ma lente et suffocante avanc\u00e9e, soutenue par l\u2019esprit d\u2019aventure, portant le menton haut et regardant droit devant et j\u2019avance dans le noir comme dans la lumi\u00e8re. Car je ne sais pas ce que cache l\u2019un et l\u2019autre. Il ne faut pas y penser, n\u2019est-ce pas\u2009? Et je m\u2019encourage et je me dis va, va, ma fille\u2026 J\u2019ai toujours aim\u00e9 m\u2019adresser \u00e0 moi m\u00eame de la sorte\u00a0: ma fille\u2026\u00a0\u00a0\u00a0Comme si je m\u2019enfantais moi m\u00eame. Va ma fille, pose un pied devant l\u2019autre, p\u00e9n\u00e8tre sans crainte dans l\u2019obscurit\u00e9, traverse la lumi\u00e8re, va ma fille. Ce qui est derri\u00e8re toi n\u2019est plus, va&#8230; Ainsi me suis-je accompagn\u00e9e dans ma descente. \u00c0 la longue, je suis descendue bien profond. Je ne saurais dire quelle profondeur ni en combien de temps. Si longtemps que je ne suis plus certaine de pouvoir jamais remonter l\u00e0-haut, ce qui ne va pas sans m\u2019angoisse.\u00a0\u00c0\u00a0l\u2019issue de cet escalier interminable et noir, apr\u00e8s avoir pouss\u00e9 une ultime porte nich\u00e9e dans la p\u00e9nombre, me voil\u00e0 en quelque sorte immerg\u00e9e dans un bain de lumi\u00e8re, une lumi\u00e8re ardente vient me faire la f\u00eate comme un chien joyeux, une lumi\u00e8re chaude et presque orang\u00e9e qui m\u2019envoie en pens\u00e9e vers mon tube\u2009. Attendrie, je p\u00e9n\u00e8tre telle une h\u00e9ro\u00efne, droite et guerri\u00e8re dans un grand hall aux murs orn\u00e9s de mosa\u00efque p\u00e2le comme la gorge de ces poissons que j\u2019ai vus autrefois sur l\u2019\u00c9cran. Au fond, une grande baie vitr\u00e9e marque la fronti\u00e8re avec le dehors, vous le met sous le nez en quelque sorte. Va, ma fille\u2026 Je traverse le hall, droite et fi\u00e8re,\u00a0va, ma fille\u2026\u00a0et je cherche la fa\u00e7on de passer \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, et je ne trouve pas, c\u2019est une grande vitre assur\u00e9ment tr\u00e8s \u00e9paisse sans poign\u00e9e ni serrure, ni rien \u00e0 quoi on puisse s\u2019accrocher, comme si j\u2019\u00e9tais dans un bocal et peut-\u00eatre, c\u2019est cela, je suis dans un bocal\u2026 Et puis, j\u2019appuie mes mains et mon front contre cette paroi de verre pour au moins contempler ce qu\u2019il y a au-del\u00e0 et au-del\u00e0, il y a la chose la plus triste qu\u2019on puisse imaginer\u00a0: un gigantesque amas de papier froiss\u00e9 trou\u00e9 de cernes noirs d\u2019o\u00f9 montent des fumerolles. Voil\u00e0 ce qu\u2019est devenu l\u2019\u00c9cran. Cela me serre vraiment le c\u0153ur quand je pense \u00e0 toutes ces jolies choses qu\u2019il me montrait, \u00e0 tous ces personnages qui me ressemblaient, et ces champs et ces montagnes et ces rivi\u00e8res, que sont-ils devenus\u2009? Au moment o\u00f9 je me sens tout \u00e0 fait comme un poisson enferm\u00e9 dans son bocal, o\u00f9 j\u2019h\u00e9site \u00e0 remonter l\u2019escalier, la paroi glisse docilement comme sur un rail huil\u00e9. Le dehors est l\u00e0, devant moi, il s\u2019\u00e9tire de part et d\u2019autre&#8230; Je fais un pas. Me voici au-dehors. Je sens sur moi la caresse de l\u2019air, c\u2019est d\u00e9licieux, cela fait friser la peau comme un linge tombant dans la baignoire la surface de l\u2019eau.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>mettons un ailleurs qui correspond \u00e0 un autre de mes projets en souffrance&#8230; Ce matin, une porte est apparue. Une porte\u00a0o\u00f9 est inscrit le mot ESCALIER. D\u2019o\u00f9 sort cette porte\u2009? 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