{"id":76551,"date":"2022-06-17T14:17:57","date_gmt":"2022-06-17T12:17:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=76551"},"modified":"2022-06-17T15:55:31","modified_gmt":"2022-06-17T13:55:31","slug":"40-jours-07-descente","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-07-descente\/","title":{"rendered":"#40 jours #07 | Descente"},"content":{"rendered":"<p>Tu es seul \u00e0 pr\u00e9sent. Ils sont tous partis, les amis comme les connards, les baisers comme les insultes, il ne reste que toi, avachi sur les pav\u00e9s de la ville. Tu sens comme elle tremble sous ton poids, comme si elle \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 t&rsquo;avaler d&rsquo;un coup.<\/p>\n<p>Tes jambes ne tenaient plus debout. Elles ont d\u00e9clar\u00e9 forfait, l\u2019\u00e9quilibre m\u00eame a l\u00e2ch\u00e9 l\u2019affaire, alors tu gis, \u00e0 moiti\u00e9 allong\u00e9 sur le bitume. Ta bouteille \u00e0 la main, les lamp\u00e9es qui r\u00e9chauffent ton corps frissonnant. Tes mains cel\u00e9es, dans l&rsquo;espoir d&rsquo;un r\u00e9confort, un avenir, un salut.<\/p>\n<p>La t\u00eate appuy\u00e9e contre le mur, tu revois les accolades et les fous rires de la nuit, la communion avec les tiens. Au jour naissant, ils se sont \u00e9vapor\u00e9s, tes fr\u00e8res, tes semblables. Et toi, au corps encore agit\u00e9, tu t\u2019accroches au liquide sombre comme \u00e0 une bou\u00e9e. Un miracle qu\u2019ils te l\u2019aient laiss\u00e9. Pour un peu cela te ferait rire, cette situation presque grotesque. Mais ta m\u00e2choire serr\u00e9e t&rsquo;en emp\u00eache.<\/p>\n<p>Les rayons du soleil s\u2019acharnent sur tes membres disloqu\u00e9s. Consciencieusement, tu t\u2019intoxiques pour an\u00e9antir la b\u00eate en toi, plonger de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, pour lui \u00e9chapper. Les forces te manquent, tu ne sais pas combien d\u2019heures ont pass\u00e9, combien de kilom\u00e8tres tu as march\u00e9. Mais tu reconnais le r\u00e9veil de la b\u00eate, tu la sens. Elle est l\u00e0 fra\u00eeche et dispos\u00e9e, elle se s&rsquo;\u00e9tire dans ton corps trop \u00e9troit pour elle. Sa langue rose s\u2019aventure sur tes plaies. Si seulement tu pouvais dormir, \u00e9teindre la machine d\u2019un coup de t\u00e9l\u00e9commande. Tes mains saisissent plus fermement la bouteille, pas glisser dans ce trou d&rsquo;ombre. Que chaque rasade an\u00e9antisse toute cette guerre que tu as d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 ta vie.<\/p>\n<p>Autour de toi et de ton corps dont tu ne sais que faire, des jambes qui marchent, des membres qui se d\u00e9plient. Tu t\u2019enfonces dans les pav\u00e9s mouvants. Le sol t&rsquo;aspire. La pierre qui \u00e9tait si douce devient glissante et visqueuse, tu peux \u00e0 peine te retenir de basculer. Les jambes avancent et reculent, reproduisent une d\u00e9calcomanie du m\u00eame mouvement : passer et repasser. Jambes noires, jambes bleues, jambes nues, jambes. Des jambes qui s\u2019infiltrent par tes cavit\u00e9s oculaires et qui n\u2019arr\u00eatent pas de marcher d\u2019avancer et de reculer, une jambe suivie de l\u2019autre et puis encore une. Une qui parfois s\u2019arr\u00eate, toujours suivie d\u2019une autre, sa jumelle, presque identique, et encore une autre qui s\u2019approche, te regarde, te menace. Tu as le souffle coup\u00e9, l\u2019estomac r\u00e9tract\u00e9, la bile qui remonte dans l&rsquo;\u0153sophage. Tu g\u00e9mis, recroquevill\u00e9, assomm\u00e9. Ton corps, parcourus de tremblements, n\u2019a plus la force de r\u00e9agir. Des larmes s\u2019\u00e9chappent, mais la douleur reste. Si seulement, tu pouvais attraper la bouteille. Elle \u00e9tait l\u00e0, tu la sais \u00e0 quelques millim\u00e8tres \u00e0 peine. Mais il y a toujours ces jambes qui te regardent et qui m\u00eame te demandent\u00a0: est-ce que \u00e7a va.<\/p>\n<p><!-- \/wp:post-content --><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu es seul \u00e0 pr\u00e9sent. Ils sont tous partis, les amis comme les connards, les baisers comme les insultes, il ne reste que toi, avachi sur les pav\u00e9s de la ville. Tu sens comme elle tremble sous ton poids, comme si elle \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 t&rsquo;avaler d&rsquo;un coup. Tes jambes ne tenaient plus debout. 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