{"id":76659,"date":"2022-06-17T22:36:28","date_gmt":"2022-06-17T20:36:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=76659"},"modified":"2022-06-17T22:36:29","modified_gmt":"2022-06-17T20:36:29","slug":"40jours-08-485358-1n-22009-9e","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-08-485358-1n-22009-9e\/","title":{"rendered":"#40jours #08 | 48\u00b053&rsquo;58.1&Prime;N 2\u00b020\u201909.9&Prime;E"},"content":{"rendered":"\n<p>Message illisible sur l\u2019\u00e9cran bleut\u00e9 du t\u00e9l\u00e9phone qui s\u2019allume dans la p\u00e9nombre. Je suis sur le chemin du retour pour rentrer \u00e0 la maison. Ces signes que je ne per\u00e7ois pas tout de suite dans leur contexte initial. Une suite de chiffres et de lettres incompr\u00e9hensibles. Je mets du temps \u00e0 en saisir le sens. 48\u00b053&rsquo;58.1&Prime;N 2\u00b020\u201909.9&Prime;E. En-dessous, une heure : minuit. Il est 23h50. Je comprends qu\u2019il s\u2019agit de coordonn\u00e9es g\u00e9ographiques. Un rendez-vous myst\u00e9rieux. Le temps d\u2019y aller. Je v\u00e9rifie ma position par rapport \u00e0 celle indiqu\u00e9e sur le message. Je suis \u00e0 500 m\u00e8tres du point de rencontre. Intrigu\u00e9 par cet envoi, je suis incapable de d\u00e9terminer l\u2019exp\u00e9diteur dont le num\u00e9ro est masqu\u00e9 sur mon t\u00e9l\u00e9phone. D\u2019habitude, je n\u2019y pr\u00eaterais m\u00eame pas attention. Mais ce n\u2019est pas un jour habituel. Je me rends \u00e0 l\u2019adresse indiqu\u00e9e. L\u2019avenue de la Porte Montmartre est un endroit que j\u2019emprunte parfois pour rejoindre les Puces de Montreuil. Je n\u2019y suis jamais all\u00e9 de nuit, pourtant c\u2019est \u00e0 peine \u00e0 cinq minutes de chez moi. Il y a des lieux en ville dont on ne connait jamais l\u2019aspect nocturne. Je marche \u00e0 pas lents au milieu de la chauss\u00e9e. Peu de voitures \u00e0 cette heure. Je progresse dans l\u2019attente. Il y a ce que je vois dans la rue. Les lumi\u00e8res des immeubles qui forment les rares tessons d&rsquo;une vieille mosa\u00efque dont je peine \u00e0 reconna\u00eetre le motif dans la nuit. Les vies qu&rsquo;on imagine derri\u00e8re chaque cadre lumineux de couleurs diff\u00e9rentes, les ocres, les jaunes, les mordor\u00e9es, et les plus rares, bleu ou vert. Parfois rouge. Il y a ce que j&rsquo;entends autour de moi. Les bruits des voitures, heureusement de plus en plus rares. Les bus qui terminent leur service quotidien. Je ne sais pas ce que je dois regarder, ce \u00e0 quoi je dois pr\u00eater attention. Une br\u00e8ve bourrasque de vent vient soulever un sac plastique qui tra\u00eenait \u00e0 mes pieds, il tourne d\u2019abord lentement sur lui-m\u00eame, puis se met en mouvement giratoire et progressivement s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans les airs en dessinant une ellipse \u00e0 la progression harmonieuse. Des enfants de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019avenue font la course en criant \u00e0 tue-t\u00eate, leurs corps dont les membres exag\u00e8rent leurs mouvements semblent se d\u00e9battre. Malgr\u00e9 la circulation, j\u2019entends les oiseaux qui chantent cach\u00e9s sous les feuilles des arbres de l\u2019avenue. C\u2019est un concert assourdissant, aux rythmes irr\u00e9guliers. Un parfum de tilleul ti\u00e8de me chatouille irr\u00e9sistiblement le nez au point de me faire \u00e9ternuer. Je suis s\u00fbr que si je posais ma main sur le bitume gris du trottoir, la ti\u00e9deur de cette odeur serait en parfaite harmonie avec celle de la chaleur emmagasin\u00e9e sur le sol tout au long de la journ\u00e9e. Tout ce que je ressens en cet endroit, en ce moment, en temps normal je ne le per\u00e7ois pas. Il est minuit. Je me dis que je me trouve au bon moment au bon endroit. C\u2019est \u00e0 cet instant pr\u00e9cis que je re\u00e7ois le premier message audio. Je ne suis pas tr\u00e8s habitu\u00e9 avec cette fonctionnalit\u00e9 de mon t\u00e9l\u00e9phone. De plus en plus de gens s\u2019en servent cependant autour de moi. Au lieu d\u2019\u00e9crire un message \u00e0 leur interlocuteur, ils pr\u00e9f\u00e8rent leur laisser un message audio qui rec\u00e8le une forme d\u2019authenticit\u00e9, de naturel, avec la voix, ses tonalit\u00e9s, ses accentuations, sa chaleur et son rythme particuliers. Je porte le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 mon oreille droite pour l\u2019\u00e9couter. J\u2019\u00e9coute le nouveau message en consultant au pr\u00e9alable le chemin que le t\u00e9l\u00e9phone me conseille de suivre. Je descends l\u2019avenue de la Porte Montmartre jusqu\u2019aux boulevard des Mar\u00e9chaux dont il faut longer les voies et la ligne de tram. Je dois ensuite m\u2019engouffrer dans la premi\u00e8re rue situ\u00e9e sur ma gauche, le passage du Poteau qui forme \u00e0 cet endroit un \u00e9tonnant arc de cercle et qui serpente ensuite \u00e0 travers les immeubles d\u2019habitations des ann\u00e9es 50 construits dans ce quartier avant de d\u00e9boucher sur la Rue B\u00e9liard au centre de laquelle se trouve une contre-all\u00e9e qui porte depuis quelques ann\u00e9es le nom de Promenade Dora Bruder.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Message illisible sur l\u2019\u00e9cran bleut\u00e9 du t\u00e9l\u00e9phone qui s\u2019allume dans la p\u00e9nombre. Je suis sur le chemin du retour pour rentrer \u00e0 la maison. Ces signes que je ne per\u00e7ois pas tout de suite dans leur contexte initial. Une suite de chiffres et de lettres incompr\u00e9hensibles. Je mets du temps \u00e0 en saisir le sens. 48\u00b053&rsquo;58.1&Prime;N 2\u00b020\u201909.9&Prime;E. En-dessous, une heure <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-08-485358-1n-22009-9e\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40jours #08 | 48\u00b053&rsquo;58.1&Prime;N 2\u00b020\u201909.9&Prime;E<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":242,"featured_media":76661,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3379],"tags":[1865,159,47],"class_list":["post-76659","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-40jours","category-40jours-08-terminus","tag-marche-2","tag-nuit","tag-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76659","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/242"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=76659"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/76659\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/76661"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=76659"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=76659"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=76659"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}