{"id":77028,"date":"2022-06-18T23:17:55","date_gmt":"2022-06-18T21:17:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=77028"},"modified":"2022-06-19T07:39:36","modified_gmt":"2022-06-19T05:39:36","slug":"40jours-07-le-fil-rouge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-07-le-fil-rouge\/","title":{"rendered":"#40jours #07 |\u00a0le fil rouge"},"content":{"rendered":"\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, la cuisine-cave<sup>1<\/sup> se situe \u00e0 droite de l\u2019entr\u00e9e. Une porte, quelques marches pour descendre en sous-sol, il s\u2019agit m\u00eame plut\u00f4t d\u2019un entresol, un entre-deux-mondes. Elle descend les marches : c\u2019est tellement loin dans le temps qu\u2019elle ne sait pas si l\u2019image qui s\u2019offre \u00e0 sa vue int\u00e9rieure est un v\u00e9ritable souvenir (il lui semble \u00eatre all\u00e9e au moins une fois dans cette cuisine-cave durant son enfance) ou une image qu\u2019elle se cr\u00e9e d\u2019apr\u00e8s les descriptions qu\u2019on lui en faites. La cuisine-cave, donc, comme amorce de sa descente urbaine. Au fond de la pi\u00e8ce, pr\u00e8s de la fa\u00e7ade arri\u00e8re, une trappe, elle l\u2019ouvre et distingue dans la p\u00e9nombre des \u00e9chelons m\u00e9talliques fix\u00e9s au mur, elle les emprunte et se retrouve dans une cave, une vraie cette fois, elle t\u00e2te le mur \u00e0 la recherche d\u2019un interrupteur mais il n\u2019y en a pas. Elle allume la lampe de son t\u00e9l\u00e9phone. Ce qui la frappe en premier c\u2019est l\u2019odeur, cette odeur de renferm\u00e9 et d\u2019humidit\u00e9 des caves. Lui revient soudain en m\u00e9moire cette nouvelle au titre typiquement lovecraftien, <em>La chose dans la cave<\/em>, de David H. Keller<sup>2<\/sup> que son fr\u00e8re avait lue et lui avait racont\u00e9e&nbsp;il y a tr\u00e8s longtemps : un enfant qui est constamment effray\u00e9 aux abords de la porte ferm\u00e9e de la cave qui donne dans la cuisine&nbsp;; ses parents, pour lui faire comprendre qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019avoir peur, d\u00e9cident de l\u2019enfermer pour la nuit dans la cuisine, porte de la cave ouverte; le lendemain, ils le retrouvent mort, le corps gravement mutil\u00e9. Aucune trace ni indice ne permet de d\u00e9couvrir ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 leur fils. Cette \u00e9vocation la rend tr\u00e8s mal \u00e0 l\u2019aise mais elle poursuit sa visite au milieu de tout un bric \u00e0 brac couvert de poussi\u00e8re, elle pr\u00e9f\u00e8re ne pas s\u2019attarder lorsqu\u2019elle aper\u00e7oit une barre de fer et un pied de biche macul\u00e9 de ce qu\u2019elle croit \u00eatre du sang s\u00e9ch\u00e9&nbsp;; dans un coin elle aper\u00e7oit des chauve-souris mortes et manque buter sur le cadavre d\u2019un chat noir mort dont l\u2019\u00e9tat t\u00e9moigne d\u2019un d\u00e9c\u00e8s r\u00e9cent&nbsp;; les yeux \u00e9carquill\u00e9s, la gueule ouverte dans un rictus d\u2019\u00e9pouvante donnent \u00e0 penser que la faim n\u2019est pas responsable de sa mort mais quelque chose de bien pire. Elle frissonne et h\u00e2te le pas, elle gesticule en tous sens pour se d\u00e9barrasser des toiles d\u2019araign\u00e9es qui se collent \u00e0 elle. A l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la cave, une porte qui, par chance, s\u2019ouvre sur la plate-forme d\u2019un escalier m\u00e9tallique en colima\u00e7on&nbsp;; elle descend, descend, descend encore, l\u2019escalier lui para\u00eet interminable et elle prend conscience qu\u2019elle est train de r\u00e9aliser une sorte de voyage chamanique urbain. Alors que le voyage chamanique classique explore les grands espaces \u00e0 la rencontre des esprits et des animaux de pouvoir qui r\u00e8gnent sur le monde d\u2019en bas, elle ne peut s\u2019emp\u00eacher de penser que le voyage chamanique urbain serait son pendant mal\u00e9fique, un monde miroir malfaisant. Elle chasse cette pens\u00e9e de son esprit lorsqu\u2019elle atteint enfin le bas de l\u2019escalier. Elle regarde vers le haut et aper\u00e7oit ais\u00e9ment l\u2019 de l\u2019escalier \u00e0 distance d\u2019une quarantaine de marches peut-\u00eatre, pas plus. Manifestement, elle a perdu toute notion de temps et d\u2019espace. Devant elle, une porte qu\u2019elle n\u2019a d\u2019autre choix que de pousser en esp\u00e9rant qu\u2019elle s\u2019ouvre, ne se voyant vraiment pas refaire le trajet en sens inverse. Elle s\u2019ouvre. Elle en viendrait presqu\u2019\u00e0 se demander si toutes ces portes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9verrouill\u00e9es \u00e0 son intention. Devant elle un long couloir, une porte l\u2019attend \u00e0 l\u2019autre bout. Elle pousse un soupir de soulagement quand celle-ci s\u2019ouvre \u00e9galement et qu\u2019elle aper\u00e7oit une station de m\u00e9tro qu\u2019elle conna\u00eet bien, la seule peut-\u00eatre au monde o\u00f9 le train passe en surplomb du m\u00e9tro. Le train se dirige vers la gare souterraine en dessous de l\u2019h\u00f4tel. Jamais elle n\u2019aurait imagin\u00e9 une telle connexion sous ses pieds. D\u00e9tiendrait-elle l\u00e0 une partie du fil rouge qu\u2019elle recherche&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><sup>1<\/sup> C\u2019est un concept belge et plut\u00f4t urbain, fin XIX<sup>e<\/sup> d\u00e9but XX<sup>e<\/sup>. En atteste le Larousse&nbsp;: <em>En Belgique, cuisine partiellement construite en sous-sol, dans une maison dont le rez-de-chauss\u00e9e est sur\u00e9lev\u00e9.<\/em> Dans les ann\u00e9es cinquante, les cuisines-caves \u00e9taient parfois transform\u00e9es en cuisine\u2013salle \u00e0 manger\u2013salon par des propri\u00e9taires qui proposaient des chambres \u00e0 un des \u00e9tages sup\u00e9rieurs de la maison.&nbsp;A l\u2019heure actuelle, la cuisine-cave peut faire partie d\u2019un duplex, combin\u00e9e avec le rez-de-chauss\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><sup>2<\/sup> V\u00e9rification faite aupr\u00e8s de lui, il s\u2019agit de <em>La chose dans la cave<\/em>, nouvelle au titre typiquement lovecraftien, de David H. Keller, contemporain de Lovecraft (quoique de dix ans son a\u00een\u00e9), publi\u00e9e en mars 1932 dans <em>Weird Tales.<\/em> Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 d\u2019indication \u00e9tablissant qu\u2019ils se soient connus personnellement mais S.T. Joshi mentionne dans sa biographie de Lovecraft que Keller a eu en sa possession un carnet de note d\u2019astronomie r\u00e9dig\u00e9 par Lovecraft et qu\u2019il avait comment\u00e9 dans sa publication <em>Lovecraft\u2019s Astronomical Notebook. <\/em>Il est amusant de noter que la nouvelle de Lovecraft <em>La ville sans <\/em>nom a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans l\u2019unique num\u00e9ro de Fanciful<em> Tales of Time and Space <\/em>paru \u00e0 l\u2019automne 1936, aux c\u00f4t\u00e9s de textes de Robert Howard, August Derleth et\u2026 David H. Keller&nbsp;!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En g\u00e9n\u00e9ral, la cuisine-cave1 se situe \u00e0 droite de l\u2019entr\u00e9e. Une porte, quelques marches pour descendre en sous-sol, il s\u2019agit m\u00eame plut\u00f4t d\u2019un entresol, un entre-deux-mondes. Elle descend les marches : c\u2019est tellement loin dans le temps qu\u2019elle ne sait pas si l\u2019image qui s\u2019offre \u00e0 sa vue int\u00e9rieure est un v\u00e9ritable souvenir (il lui semble \u00eatre all\u00e9e au moins <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-07-le-fil-rouge\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40jours #07 |\u00a0le fil rouge<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":167,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3363],"tags":[79,2582,3217,3424,47],"class_list":["post-77028","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-40jours","category-40jours-07-descendre","tag-memoire","tag-metro","tag-sous-sol","tag-souterrain","tag-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77028","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/167"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77028"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77028\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77028"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77028"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77028"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}