{"id":77676,"date":"2022-06-20T12:19:02","date_gmt":"2022-06-20T10:19:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=77676"},"modified":"2022-06-20T12:19:03","modified_gmt":"2022-06-20T10:19:03","slug":"40-jours-7-catabase","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-7-catabase\/","title":{"rendered":"# 40 jours # 7 : catabase"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"610\" height=\"491\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/enfers.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-77677\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/enfers.jpg 610w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/enfers-420x338.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>La m\u00e9tropole s\u2019\u00e9tend jusque dans ses sous-sols. Le nom inscrit en grandes lettres vertes rappelle que l\u2019espace urbain trouve sous terre ses prolongements et offre des possibilit\u00e9s de voyages souterrains, c\u2019est le m\u00e9tropolitain.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Laissez-moi dire impun\u00e9ment tous les secrets cach\u00e9s et enfouis dans l\u2019En-bas.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sur le trottoir, le sol goudronn\u00e9 s\u2019ouvre et d\u00e9couvre un escalier gris tr\u00e8s \u00e9troit qui descend \u00e0 pic. Il est largement emprunt\u00e9 par une foule qui arrive de partout.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le roc b\u00e9e largement, et dans cet antre immense un gigantesque ab\u00eeme ouvre sa vaste gorge, large route accessible \u00e0 toutes les peuplades.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La lumi\u00e8re du soleil nous suit encore quelques pas mais on devine vite celle, artificielle, des n\u00e9ons tout en bas qui percent l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La voie d\u2019abord n\u2019est pas aveugl\u00e9e de t\u00e9n\u00e8bres, un peu du jour laiss\u00e9 derri\u00e8re soi y tombe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le premier tunnel s\u2019\u00e9tend \u00e0 perte de vue et ne montre encore aucune issue.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Puis, c\u2019est un large espace \u00e0 l\u2019infini, un vide o\u00f9 tout le genre humain englouti se perdra.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La foule s\u2019y presse, v\u00e9ritable mar\u00e9e humaine, elle s\u2019\u00e9tend et s\u2019enfle dans une vague ininterrompue. On pourrait manquer les bifurcations et ne pas pouvoir revenir en arri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le chemin vous entra\u00eene, tel souvent le courant prend les nefs malgr\u00e9 elles, l\u2019air descendant vous pousse et le Chaos vous tire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs voies s\u2019affichent mais, une fois dans la rame, on est embarqu\u00e9 encore plus profond dans des tunnels noirs sans aucun paysage, sans aucun rep\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Dans cet immense gouffre le retour, en maint pli, courbe les eaux dormantes sans qu\u2019on sache o\u00f9 il va.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une odeur aigre frappe les narines, une odeur d\u2019\u00e9gout, une odeur de charogne.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u00e0 stagne le marais f\u00e9tide du Cocyte.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La nature est bannie&nbsp;; le gris d\u00e9cline \u00e0 l\u2019infini ses mille nuances m\u00e9lancoliques.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Non, pas de pr\u00e9 riant o\u00f9 germe la verdure, de doux z\u00e9phyrs ridant la moisson m\u00fbrissante.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aucune v\u00e9g\u00e9tation ne pousse, on chercherait en vain la vie l\u00e0 o\u00f9 la lumi\u00e8re du dehors ne peut jamais percer.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le sol d\u2019En-bas croupit st\u00e9rile, abandonn\u00e9, la terre affreuse y dort en jach\u00e8re \u00e9ternelle, lugubre fin de tout, terme ultime du monde.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On est transport\u00e9 sur des tapis roulants qui d\u00e9cident de la direction \u00e0 prendre. C\u2019est un flux \u00e0 sens unique qui nous serre les uns aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Nul ne peut remonter ce torrent.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La lumi\u00e8re se rar\u00e9fie toujours plus dans les nombreux goulots qu\u2019empruntent les m\u00e9tros. Quand elle s\u2019\u00e9teint subitement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la rame, les regards se cherchent et s\u2019affolent. On craint d\u2019\u00eatre d\u00e9finitivement envelopp\u00e9 par cette nuit.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un chaos dense en d\u2019affreuses t\u00e9n\u00e8bres r\u00e8gne, une nuit \u00e0 l\u2019horrible couleur, muette, inerte, et de vaines nu\u00e9es.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On est happ\u00e9, projet\u00e9, d\u00e9vor\u00e9 malgr\u00e9 soi.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La foule enti\u00e8re errant par tout le globe y descend.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comment \u00e9chapper\u00a0? Le vrombissement terrible, obs\u00e9dant nous enveloppe, nous envahit. Nous habitons d\u00e9sormais l\u2019espace souterrain.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Nous sommes pr\u00eats, Mort, \u00e9pargne qui vient, attarde-toi&nbsp;: c\u2019est nous qui nous h\u00e2tons.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La m\u00e9tropole s\u2019\u00e9tend jusque dans ses sous-sols. Le nom inscrit en grandes lettres vertes rappelle que l\u2019espace urbain trouve sous terre ses prolongements et offre des possibilit\u00e9s de voyages souterrains, c\u2019est le m\u00e9tropolitain. Laissez-moi dire impun\u00e9ment tous les secrets cach\u00e9s et enfouis dans l\u2019En-bas. 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