{"id":77739,"date":"2022-06-20T15:50:20","date_gmt":"2022-06-20T13:50:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=77739"},"modified":"2022-06-24T19:27:58","modified_gmt":"2022-06-24T17:27:58","slug":"de-zero-pas-vraiment-a-dix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/de-zero-pas-vraiment-a-dix\/","title":{"rendered":"#40jours #1 \u00e0 #10 | de z\u00e9ro (pas vraiment) \u00e0 dix"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>&nbsp;Retour sur les lieux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Deux ombres pench\u00e9es sur l\u2019asphalte d\u00e9grad\u00e9 un reste de voie \u00e0 la sortie et quelque chose&nbsp; dans l\u2019\u00e9paisseur du rev\u00eatement&nbsp; goudron et gravillons barrent le passage&nbsp; ce qui affleure entre les lignes toutes trac\u00e9es est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 &nbsp;rayures fissures&nbsp; \u00e9cart\u00e8lement au cordeau pour ce qui va s\u2019extraire et qu\u2019on ne voit pas vraiment car les derni\u00e8res voitures en trombe roulent sur les bords de la plaie entr\u2019ouverte par o\u00f9 s\u2019\u00e9chappe un pied du mouron des oiseaux la mauvaise herbe repousse les limites au-del\u00e0 de l\u2019irr\u00e9versible&nbsp;:&nbsp;segment de la route de Saclay le long des Granges, Palaiseau, 1973.)<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que la neige a recouvert, la trace d\u2019un pas et tous les contours estomp\u00e9s quand l\u2019objectif \u00e0 l\u2019autre bout avec son d\u00e9clic et son air d\u2019arme \u00e0 feu s\u2019immobilise se pr\u00e9pare \u00e0 te prendre il n\u2019y a personne d\u2019autre pour la travers\u00e9e de l\u2019instant tu es vis\u00e9e le silence s\u2019est accumul\u00e9 un ralenti neige coup port\u00e9 la photo passante captur\u00e9e un autre pas&nbsp;:&nbsp; sur un pont traversant \u00e0 Budapest, 2002 peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Grille d\u2019\u00e9gout ce que les barreaux d\u2019une prison \u00e0 plat cachent une bouche une profondeur noire &nbsp;en dessous au moment o\u00f9 la cl\u00e9 du v\u00e9hicule tombe dans le trou grille d\u00e9gout&nbsp; cache la descente dans la boue du fond&nbsp; la main aveugle fouille l\u2019histoire mais rien ne vient que la lie noire aux \u00e9clats coupants grille d\u2019\u00e9gout au-dessus d\u00e9plac\u00e9e pour lib\u00e9rer l\u2019acc\u00e8s et dans le froid glacial une lampe torche qui \u00e9claire l\u2019infame p\u00e9trole du fond soudain les doigts touchent un morceau de m\u00e9tal organis\u00e9 cl\u00e9 noy\u00e9e&nbsp;: bouche d\u2019\u00e9gout pr\u00e8s du th\u00e9\u00e2tre de Sartrouville, 2000 et des poussi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Echafaudages sur le flanc, partout, structure doublant le b\u00e2timent d\u2019origine les limites de bric et de broc sont atteintes&nbsp; les tubulures cors\u00e8tent les parois en cours de restauration briques us\u00e9es fen\u00eatres d\u00e9caties verri\u00e8res brouill\u00e9es tout est sous le manteau patrimoine vieillissant les casques de chantier sont pr\u00eats sur les planches pour les sauveteurs de la vieille \u00e2me&nbsp; la circulation de l\u2019histoire se fait par les passerelles&nbsp; encerclant pour la bonne cause des habitants r\u00e9ticents et invisibles&nbsp;: la Ruche, septembre 21.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019eau dans le caniveau en contrebas le bord du trottoir brille&nbsp; m\u00eame la rue a \u00e9t\u00e9 lav\u00e9e les miasmes de la nuit filent avec les eaux us\u00e9es un camion vert et lent v\u00e9rifie le nettoyage du quartier en long en large en travers caniveau petite rigole \u00e0 l\u2019air libre fra\u00eecheur du jour nouveau-n\u00e9 toiles du march\u00e9 repli\u00e9es presque personne juste les bordures pierreuses prot\u00e9geant l\u2019\u00e9coulement juste les petites tranch\u00e9es de l\u2019\u00e9vacuation l\u2019eau engloutie &nbsp;&nbsp;un regard et le grand bruit de la ville&nbsp; qui se reconstitue apr\u00e8s le passage des dana\u00efdes , \u00e9quipe du matin&nbsp;: Paris, Barb\u00e8s, mars 2006.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1. Femme \u00e0 la fen\u00eatre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Femme \u00e0 la fen\u00eatre, pi\u00e8ce \u00e0 vivre, c\u2019est petit mais l\u2019horizon fait le poids.&nbsp; Le lointain comme cadeau de l\u2019\u00e9tage. C\u2019est l\u00e0, juste apr\u00e8s le d\u00e9m\u00e9nagement.&nbsp; Pas grand-chose \u00e0 d\u00e9placer mais dans le pas grand-chose un dessin \u00e0 l\u2019encre&nbsp;: du lointain portatif en attendant le lointain ext\u00e9rieur. Vieille Maison \u00e0 part, un peu en hauteur, quelques int\u00e9rieurs lou\u00e9s pas trop cher et tout autour, les accumulations d\u2019un brocanteur qui encercle son rez-de chauss\u00e9e avec une montagne d\u2019objets r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s, de la ferraille \u00e0 revendre ou \u00e0 r\u00e9parer on ne saura jamais tant est compacte la sculpture du disparate. Quand on quitte les remparts de l\u2019encombrement, un sentier traverse un reste de for\u00eat et donne sur la route qui redescend vers la maison du travail, en haut de l\u2019autre ville, perch\u00e9e sur sa butte t\u00e9moin. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, la route passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une ancienne ferme \u2013 encore une rescap\u00e9e \u2013prot\u00e9geant quatre vaches laiti\u00e8res. Elles ont surv\u00e9cu \u00e0 la pouss\u00e9e urbaine et sur toile de fond verte d\u2019un p\u00e2turage insolite ruminent leur destin pendant que la ville au lointain d\u00e9roule ses monuments reconnaissables. Panorama, dans une brume parfois douteuse, la capitale se laisse regarder et tient la distance. Un miroitement retient en amont l\u2019instant du regard, peut-\u00eatre la Seine, et puis non&nbsp;: c\u2019est le lac, plus pr\u00e8s, post\u00e9 en ambassadeur apparemment serein. L\u00e0 o\u00f9 il s\u2019\u00e9tend on ne construira ni ne d\u00e9truira plus rien&nbsp;; il a pris la forme d\u2019une certitude que survolent dans le couloir a\u00e9rien du nord-ouest les avions qui transporteront ailleurs bien plus tard la femme \u00e0 la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2. Int\u00e9rieurs expos\u00e9s.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis maintenant les int\u00e9rieurs ne seront plus jamais les m\u00eames. Maintenant c\u2019est ce qui troue l\u2019\u00e9cran&nbsp;: immeubles bombard\u00e9s et viol des fa\u00e7ades. Dans la b\u00e9ance&nbsp;: restes du mobilier broy\u00e9, tissus d\u00e9chir\u00e9s flottant comme inutiles drapeaux blancs, vitres souffl\u00e9es et montants fracass\u00e9s des fen\u00eatres, corps morts. Fini les maisons de poup\u00e9es avec mur amovible r\u00e9v\u00e9lant, une fois \u00f4t\u00e9, de charmants espaces bien d\u00e9cor\u00e9s, le moindre d\u00e9tail reconstitu\u00e9, presque la bonne odeur du repas qui cuit dans la cuisine miniature avec table dress\u00e9e, d\u00eenette de vraie porcelaine et m\u00eame parfois des figurines familiales qui se retrouvent pour parler du pays ou vaquer \u00e0 leurs occupations domestiques. Tu ne vois plus de la m\u00eame mani\u00e8re ton immeuble dans son \u00e9crin de verdure sagement r\u00e9partie. Il se pourrait que les arbres des petites collines soient d\u00e9chiquet\u00e9s, les terrains de jeux des enfants lamin\u00e9s et le bruit de l\u2019artillerie lourde prendrait toute la place en cours d\u2019effondrement. Dans le silence qui suivrait on se demanderait ce qu\u2019est devenue Alice qui sort tous les jours le vieux chien de velours cendre de son fils qui fait le taxi&nbsp;; ou la femme pimpante qu\u2019on aide \u00e0 porter ses litres d\u2019eau dans l\u2019ascenseur. On ne pourrait pas s\u2019emp\u00eacher de regarder les vestiges du dedans : le grand \u00e9cran volatilis\u00e9 de la famille nombreuse, les murs ravag\u00e9s de la courageuse aide-soignante du premier, les tricycles abandonn\u00e9s des paliers, les lits d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9s. Et des milliers de feuilles dispers\u00e9es dans l\u2019appartement du quatri\u00e8me, l\u00e0 o\u00f9 une femme \u00e9crivait les pages d\u2019une vie.&nbsp; M\u00eame qu\u2019une fois, au secret d\u2019un \u00e9tat second, la femme avait donn\u00e9 comme pr\u00e9nom \u00e0 un personnage le nom d\u2019une ville. Derri\u00e8re la fa\u00e7ade, Odessa se retranchait en accumulant des feuilles et on n\u2019avait pas compris pourquoi l\u2019incendie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3. Jean-Vilar hors les murs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La Seine, juste derri\u00e8re la salle Jean Vilar, Argenteuil. Une salle des f\u00eates pour les op\u00e9rations municipales, depuis la venue de Murat ou des trois Yann jusqu\u2019aux cingl\u00e9s du cin\u00e9ma et les spectacles de la troupe l\u00e9g\u00e8re, \u00e0 la fin des ann\u00e9es scolaires qui filent leur phrases cod\u00e9es, ponctu\u00e9es d\u2019examens. Devant la salle, une petite dalle, solidement b\u00e9tonn\u00e9e pour les rassemblements avant dispersion. Parking Jean-Vilar, attenant, le long du boulevard H\u00e9lo\u00efse, grande amoureuse qui ceinture le p\u00e9rim\u00e8tre. Salle sauv\u00e9e provisoirement de la destruction&nbsp;: un centre commercial g\u00e9ant devait prendre sa place mais des p\u00e9titions tenaces l\u2019ont maintenue dans l\u2019histoire de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Place Jean-Vilar ZAC Paris rive gauche. Comme une voie, pav\u00e9e, inscrite dans un p\u00e9rim\u00e8tre culturel forc\u00e9ment, pas loin de la Grande Biblioth\u00e8que. Tenant lieu de parvis pour Notre-Dame-de-la Sagesse qui a perdu ses rep\u00e8res. Donne sur le jardin James-Joyce. Toujours intraduisible. Quartier de la Gare avec les Frigos des artistes, et la Cit\u00e9-refuge de l\u2019Arm\u00e9e du Salut. Des majuscules, des architectes futuristes, des noms et des absences. Le long de la place Jean-Vilar, th\u00e9\u00e2tre de verdure, fouillis v\u00e9g\u00e9tal soign\u00e9. De quoi respirer quand les tours ultra-modernes de la ZAC barrent le ciel. Parmi les fleurs d\u2019en bas, on pourrait semer des phrases comme celle-ci&nbsp;: Tant que le th\u00e9\u00e2tre est en crise, il se porte bien.<\/p>\n\n\n\n<p>A Goussainville (val d\u2019Oise) on distingue \u00e0 vol d\u2019oiseau plusieurs rectangles dont les c\u00f4t\u00e9s sont des rues et l\u2019int\u00e9rieur, des parcelles avec leurs maison toutes semblables. L\u2019une des rues porte le nom de Jean Vilar&nbsp;; Greta Garbo est dans le prolongement, ouvrant un autre champ rectangulaire. L\u2019un des c\u00f4t\u00e9s du premier rectangle est la rue G\u00e9rard Philipe. Grace Kelly et Romy Schneider jouxtent et dessinent de nouveaux rectangles. Le coll\u00e8ge Michel de Montaigne, le lyc\u00e9e Romain Rolland, le gymnase Nelson Mandela sont dans les parages. Le mieux, c\u2019est d\u2019emprunter l\u2019avenue des Demoiselles, \u00e0 port\u00e9e de mots, pour \u00e9crire une autre pi\u00e8ce. Le prix du m\u00e8tre carr\u00e9 reste \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4. Langue de terre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Langue de terre sous les pieds, d\u00e9placement au ras des p\u00e2querettes qui se font rares le bitume du trottoir colle aux semelles et les t\u00e2ches ponctuent le d\u00e9placement. Un d\u00e9nivel\u00e9 en traversant la rue pour passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, le bord aigu du trottoir comme un rappel \u00e0 l\u2019ordre, quelque chose \u00e0 enjamber pour retomber sur les pieds qui s\u2019engouffrent dans le d\u00e9calage d\u2019un escalier plongeant vers la bande passante d\u2019un quai contre lequel s\u2019arr\u00eate une rame, \u00e9cluse roulante pour la mise au niveau des sols, celui qui file et celui qui attend les prochains pas quelques stations plus tard. Escalier de la remont\u00e9e, sol des retrouvailles avec peut-\u00eatre le but qui se rapproche. Une plaque d\u2019\u00e9gout ronde \u00e9toilement grav\u00e9 comme arr\u00eat sur image, d\u00e9cor d\u2019un couvercle, exposition circulaire sous les pieds sous les yeux. Un d\u00e9tour par l\u2019all\u00e9e du square mitoyen, d\u00e9rive pieds nus sur la pelouse foisonnante que longe l\u2019impasse intemporelle. Les trous b\u00e9ants o\u00f9 se sont engouffr\u00e9es les derni\u00e8res pluies d\u2019orage : perfor\u00e9s par de nouvelles canalisations, des conduites pour la fibre invisible. Tout a \u00e9t\u00e9 rebouch\u00e9 depuis et les pav\u00e9s \u00e0 l\u2019ancienne ravivent la vieille impression d\u2019un rendez-vous sur le seuil de la petite maison quelque part le long de l\u2019impasse.<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">5. Tourne autour<\/h1>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019\u00eatre fractionn\u00e9e en espaces administratifs la grande salle reprend place au-dedans. Porte ouverte le plus souvent. Un vieux piano quart de queue un peu abim\u00e9 \u00e0 gauche des sons s\u2019\u00e9chappent un enfant press\u00e9 avec deux doigts essaie de retrouver un air ; en face, de hautes fen\u00eatres avec des barreaux fins qui font tout pour ne pas ressembler \u00e0 des barreaux, un petit fouillis de fleurs au verso. Et \u00e0 droite une autre porte : c\u2019est la petite salle du soutien, grande table sombre, chaises entrepos\u00e9es, placard aux livres et cahiers cach\u00e9s un autre piano mal en point sans doute l\u00e0 depuis la lib\u00e9ration. Retour grande salle fresque peinte sur un mur entier par les enfants chacun sa parcelle les lignes se croisent et trois motifs \u00e0 chaque fois interf\u00e8rent mer musique mots. Ouvrage recouvert ensuite sciemment par le factotum d\u2019une directrice jalouse. La grande salle donne sur ce qui \u00e9tait une grande salle \u00e0 manger pour les enfants avant de devenir un entre-deux entre le bureau du chef de service, la cuisine carrel\u00e9e et la porte d\u2019entr\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>6. &nbsp;Grand Atlas Mondial S\u00e9lection Reader\u2019s Digest<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>1963 la date de publication et le cadeau de tante Didi institutrice retrait\u00e9e \u00e0 Ch\u00e2teauneuf-en-Thymerais, Nord de la Beauce. Deux guerres. Pendant la premi\u00e8re&nbsp;: mort de son amoureux. Elle restera \u00ab&nbsp;vieille fille&nbsp;\u00bb, disaient-ils. Pas de petits-enfants pour elle alors nous comme les siens. J\u2019ai treize ans quand je re\u00e7ois d\u2019elle le livre lourd. Six parties&nbsp;: visage du monde&nbsp;; les nations du monde&nbsp;; la terre des hommes&nbsp;; le monde en chiffres&nbsp;; le monde en images&nbsp;; index. L\u2019Atlas a connu tous les d\u00e9m\u00e9nagements. Vu d\u2019abord comme planche \u00e0 r\u00eaves, en l\u2019ouvrant on fait le tour. Consult\u00e9 avant chaque d\u00e9part. A commencer par la gen\u00e8se&nbsp;: o\u00f9 Ch\u00e2teauneuf-en -Thymerais dans le vaste monde ? Vertige minuscule engrang\u00e9 sur une page, ench\u00e2ss\u00e9 dans la d\u00e9multiplication. J\u2019ai compris plus tard qu\u2019en plein \u00e9t\u00e9, tante Didi m\u2019avait offert le monde. L\u2019Atlas a toujours suivi le mouvement, les d\u00e9m\u00e9nagements. Mais o\u00f9 donc&nbsp;? O\u00f9 est-ce&nbsp;? &nbsp;Le domaine d\u2019Arminvilliers englouti parmi les millions de noms&nbsp;; Palaiseau le petit palais d\u00e9pouill\u00e9&nbsp;; Val Andr\u00e9&nbsp;; Harrow-on-the Hill&nbsp;; Reims&nbsp;; Valenciennes, Rome&nbsp;; Bouillon&nbsp;; Val-Andr\u00e9&nbsp;; Unna-Massen&nbsp;; Sienne&nbsp;; Come&nbsp;; Lyon&nbsp;; Thessalonique; Saint-Genest-Malifaux&nbsp;; Montmorency, Argenteuil&nbsp;; Tokyo&nbsp;; Kiyoharu&nbsp;; Varsovie&nbsp;; Helsinki&nbsp;; Budapest, Nantes, Toulouse, Harreberg , Remiremont , Saint-Pol-de-L\u00e9on.  Atlas pour rep\u00e9rer et refaire les voyages des \u00e9crivains, aller sur leurs traces d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre.&nbsp; Chateaubriand une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9 en Am\u00e9rique, Rimbaud \u00e0 Bruxelles, Hugo sur l\u2019\u00eele des travailleurs de la mer, Sand \u00e0 Majorque, Nin \u00e0 Louveciennes, Lispector quittant l\u2019Ukraine. A l\u2019\u00e9chelle de chaque instant sur une carte int\u00e9rieure. Voir dans l\u2019ensemble. Les zooms de l\u2019\u00e9poque : \u00e0 vol d\u2019oiseau au-dessus des cartes color\u00e9es, focus \u00e0 la loupe. Et le secret&nbsp;: prendre une grande page au hasard, monter dans un h\u00e9licopt\u00e8re miniature, un moustique qui survole les noms et les d\u00e9limitations en rouge puis au hasard se pose. Alors sortir de l\u2019appareil et inventer les pr\u00e9cisions. Les fronti\u00e8res ne seront jamais les m\u00eames. Ch\u00e2teauneuf-en-Thymerais a des zones invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu, des satellites odorants&nbsp;: bruy\u00e8res pins et bolets dans la for\u00eat sur le chemin du Jaglu, hautes roses suspendues dans le jardin de Didi, piscine, herbiers avec linaires communes s\u00e9ch\u00e9es dans du papier buvard, entre les pages du grand Atlas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7. &nbsp;Tout en bas<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les marches taill\u00e9es dans la masse sont blanches&nbsp;: font partie des cray\u00e8res. Entonnoirs, chemin\u00e9es d\u2019a\u00e9ration et labyrinthes bien \u00e9clair\u00e9s pour la partie qui se visite. Les caves o\u00f9 m\u00fbrit le vin apr\u00e8s double fermentation jusqu\u2019\u00e0 l\u2019effervescence du champagne. Grand-p\u00e8re v\u00e9rifiant le remuage. Faire tourner de gauche \u00e0 droite, bouteilles t\u00eate en bas pour les d\u00e9p\u00f4ts. Casiers en hauteur, dans les caves le froid prend le dos. Pendant la guerre on descendait dans les caves, racontait maman. Marcher le plus loin possible, chercher sur les parois la plaque. Elle y \u00e9tait pourtant. Pas le droit d\u2019aller plus loin, c\u2019est mal \u00e9clair\u00e9, on peut se perdre dans des kilom\u00e8tres de galeries. Pourtant, en souvenir de grand-p\u00e8re surnomm\u00e9 \u00ab&nbsp;Le nez&nbsp;\u00bb, assassin\u00e9 devant chez lui par un jaloux pr\u00e8s des caves de la Veuve Clicquot, une plaque comm\u00e9morative a \u00e9t\u00e9 scell\u00e9e dans la craie. Tu avais huit ans. Mais vous savez, la craie parfois s\u2019effrite explique la jeune historienne&nbsp;: la plaque a d\u00fb tomber derri\u00e8re les casiers et la craie l\u2019a peut-\u00eatre recouverte. Il faudrait proc\u00e9der \u00e0 des recherches<strong>.<\/strong> &nbsp;D\u2019autres marches, aust\u00e8res et grises apparaissent plus bas&nbsp;: des femmes sacr\u00e9es vivaient \u00e0 l\u2019Est dans de grandes maisons avec souterrains et l\u2019appel de la chair \u00e9tait parfois plus fort qu\u2019elles. Alors elles descendaient dans le noir et leurs silhouettes hi\u00e9ratiques se tordaient en dessous quand elles se s\u00e9paraient en silence des petits corps condamn\u00e9s. Il est possible d\u2019aller plus loin en dessous mais dans le r\u00eave, quand on ne peut plus descendre, on est devant de grands containers qui se d\u00e9colorent. Y sont entrepos\u00e9s des cheveux, des lunettes, des b\u00e9quilles, des valises et une poussi\u00e8re grise dont impossible de parler.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8. En sortant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est de quel c\u00f4t\u00e9 quand tu sors&nbsp;de la bouche Balard, pas trop loin du dernier atelier&nbsp;? En remontant vers la porte de Versailles, un petit pont m\u00e9tallique portant la voie ferr\u00e9e, r\u00e9duit le carrefour, l\u2019humanise avec \u00e0 l\u2019angle le petit troquet d\u2019o\u00f9 sortent des ouvriers qui rient. Comme indiquant une direction. Celle du tram pour le retour. &nbsp;C\u2019est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, une avenue d\u00e9vid\u00e9e avec les ic\u00f4nes classiques de la grande circulation et de l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on est on aper\u00e7oit la grande enseigne rouge qui pr\u00e9c\u00e8de le lieu du gardiennage au-dessus de l\u2019ancien parking transform\u00e9 en garde-meuble box stockage avec des centaines de portes jaunes, anonymes. L\u2019une d\u2019entre elles all\u00e9e S est ferm\u00e9e avec serrure personnelle sur une partie de l\u2019\u0153uvre, prot\u00e9g\u00e9e par des draps blancs en attendant.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout le monde descend, alors faire comme tout le monde. La rame ne va pas plus loin, op\u00e9ration de police ferroviaire. Une inondation quelque part, dans le tunnel ou un court-circuit&nbsp;? Une d\u00e9tonation on dirait. Vous n\u2019avez rien vu&nbsp;? demande la pr\u00e9pos\u00e9e en uniforme. Qu\u2019aurais-je d\u00fb voir \u00e0 part ma valise, la station proche, l\u2019\u00e9maillage blanc de ses parois et Montparnasse-Bienven\u00fce. &nbsp;L\u2019homme, avec son couteau, n\u2019\u00e9tait pas loin de vous, dit la polici\u00e8re, ajoutant dans le paysage sommaire de l\u2019instant, qu\u2019elle m\u2019exfiltre et que je n\u2019ai rien \u00e0 craindre. Laisser faire le couloir, les escaliers puis les escalators doux qui me t\u00e9l\u00e9portent en remontant vers les voies TGV et le TGV vers la mer, bient\u00f4t. Grandes lignes. Le TGV est \u00e0 quai. Attention au d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sera la derni\u00e8re fois&nbsp;de cette mani\u00e8re-l\u00e0&nbsp;: quai de Cit\u00e9 universitaire avec portillon de sortie, l\u2019\u00e9jection lente par escalator et le grand parc juste au sortir avec contre le mur de la gare le vendeur de l\u00e9gumes \u00e0 la sauvette, de ch\u00e2taignes grill\u00e9es, les livres de poche usag\u00e9s \u00e0 un euro, selon les saisons. Pas question d\u00e9sormais d\u2019entrer l\u00e0 o\u00f9 les grands arbres vous ont abrit\u00e9s avant le deuil.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9.&nbsp; Vies pr\u00e9lev\u00e9es<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Elle fait ses courses gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ing\u00e9nieux d\u00e9ambulateur qui lui permet aussi de s\u2019asseoir quand la fatigue p\u00e8se, au milieu du magasin, et de parler enfin avec certains qui comme elles prennent dans les rayons de quoi survivre dans l\u2019\u00e9change<\/p>\n\n\n\n<p>Il est assis sur l\u2019escalier de la gare, et demande \u00e0 voix basse une petite pi\u00e8ce, quand il demande<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescente coll\u00e9e sans interruption au t\u00e9l\u00e9phone dans le train comme si interrompre ce qui ressemble \u00e0 une conversation allait g\u00e9n\u00e9rer la fin du monde<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9ducateur assis devant l\u2019ordinateur r\u00e9dige ses rapports tout en \u00e9tant aux aguets : sa porte reste ouverte et il bondit en apprenant que cette fois-l\u00e0 fratrie ne signifie pas entente cordiale<\/p>\n\n\n\n<p>La jeune h\u00f4tesse de caisse qui accompagne le libre-service explique qu\u2019elle sera toujours utile m\u00eame si on supprime les caisses classiques. C\u2019est qu\u2019il faut toujours expliquer l\u2019\u00e9cran et rassurer les gens<\/p>\n\n\n\n<p>Une petite fille photographie avec son grand t\u00e9l\u00e9phone rose la fontaine Sainte-Radegonde apr\u00e8s la pluie et pr\u00e8s d\u2019elle un chien blanc lape l\u2019eau noire. Dans la for\u00eat au sortir de la ville des liens roses sont accroch\u00e9es aux branches, sur le chemin de la fontaine<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;L\u2019assesseur en chemise blanche entre deux \u00e2ges dans l\u2019\u00e9cole r\u00e9quisitionn\u00e9e fait l\u2019effort de bien prononcer les noms parfois compliqu\u00e9s des \u00e9lecteurs. On dirait qu\u2019il a r\u00e9vis\u00e9 le sens de sa pr\u00e9sence. Certainement un ancien bon \u00e9l\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p>Le garagiste consulte \u00e0 l\u2019\u00e9cran l\u2019histoire de la voiture qui a bourlingu\u00e9. La cliente redoute les grosses r\u00e9parations. Il lui dit qu\u2019une voiture est faite pour rouler. Elle en convient, c\u2019est lui le sp\u00e9cialiste. Il lui demande ensuite si le concert s\u2019est bien d\u00e9roul\u00e9 car il aime presque autant la musique que la m\u00e9canique mais ce jour-l\u00e0 il \u00e9tait sur la route. On ne peut pas \u00eatre partout.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10. Creuse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pratiquement rien&nbsp;entre Gu\u00e9ret et B\u00e9n\u00e9vent-l\u2019Abbaye un berceau &nbsp;jamais explor\u00e9 enfin pratiquement pas un s\u00e9jour un ch\u00e2teau plein d\u2019enfants mais combien au fond un sabotier qui cherchait peut-\u00eatre&nbsp; \u00e0 se marier ce qui reste de son po\u00e8me par toi mis en musique &nbsp;<em>Creuse&nbsp; creuse mon ciseau de menus <\/em>(ou de joyeux) <em>sabots d\u2019enfance <\/em>un blanc <em>joyeux vaisseaux en partance<\/em> la suite est sans doute quelque part une vielle \u00e0 roue (qui sait ce que c\u2019est) ou plut\u00f4t imiter \u00e0 la guitare l\u2019accompagnement de la vielle \u00e0 roue les deux se confondent il est possible qu\u2019il y ait eu le son de l\u2019eau et la question d\u2019un enfant sur l\u2019origine de l\u2019aigue-marine que tu portais alors \u00e0 l\u2019annulaire main gauche ou main droite on m\u00e9lange tout quand on est gauch\u00e8re contrari\u00e9e et le conte invent\u00e9 en guise de r\u00e9ponse s\u2019est volatilis\u00e9 pourtant d\u2019habitude not\u00e9 mais l\u00e0 plus rien ah si encore une bribe du sabotier&nbsp; &nbsp;<em>Avec deux becs ros\u00e9s comme ceux des tourterelles et volent sans se poser au bal o\u00f9 tournent les belles,<\/em> un \u00e9tabli et recompter les enfants pour qu\u2019aucun ne se perde dans la brume il y avait forc\u00e9ment de la brume mais rien concernant le trajet aller, ni celui du retour ni qui \u00e9tait vraiment le sabotier parce qu\u2019\u00e0 part Augustin ou la paire de sabots avec roses peintes achet\u00e9es sur les lieux ni le lieu exact on ne sait pas vraiment<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;Retour sur les lieux Deux ombres pench\u00e9es sur l\u2019asphalte d\u00e9grad\u00e9 un reste de voie \u00e0 la sortie et quelque chose&nbsp; dans l\u2019\u00e9paisseur du rev\u00eatement&nbsp; goudron et gravillons barrent le passage&nbsp; ce qui affleure entre les lignes toutes trac\u00e9es est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 &nbsp;rayures fissures&nbsp; \u00e9cart\u00e8lement au cordeau pour ce qui va s\u2019extraire et qu\u2019on ne voit pas vraiment car les derni\u00e8res <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/de-zero-pas-vraiment-a-dix\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40jours #1 \u00e0 #10 | de z\u00e9ro (pas vraiment) \u00e0 dix<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3457],"tags":[],"class_list":["post-77739","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-40jours","category-global"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77739","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=77739"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/77739\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=77739"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=77739"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=77739"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}