{"id":77744,"date":"2022-06-20T15:58:36","date_gmt":"2022-06-20T13:58:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=77744"},"modified":"2022-06-29T01:51:42","modified_gmt":"2022-06-28T23:51:42","slug":"40-jours-09-bouts-de-vie-dans-la-ville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-09-bouts-de-vie-dans-la-ville\/","title":{"rendered":"#40jours #09 | bouts de vie dans la ville"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\">1<\/p>\n\n\n\n<p>Entre la cath\u00e9drale et le PMU, c\u2019est son territoire. Ecouteurs viss\u00e9s sur les oreilles, sourd aux passants, il balance dodeline se d\u00e9hanche, le corps tout entier \u00e0 la musique qu\u2019il \u00e9coute, un sourire accroch\u00e9 au visage. Parfois, il d\u00e9ambule dans les rues de la ville, une cannette \u00e0 la main, corps chaloupant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">2<\/p>\n\n\n\n<p>Le visage rid\u00e9, pli\u00e9 et repli\u00e9 par les ann\u00e9es, t\u00eate blanche, regard tombant et fatigu\u00e9, adoss\u00e9 \u00e0 la carrosserie de la voiture gar\u00e9e juste en face de son magasin de v\u00eatements, parler fran\u00e7ais rugueux, sourire emp\u00each\u00e9, voix rauque du fumeur de tabac fort. Quand il parle arabe, c\u2019est tout le pays qui revient. Et alors les plis se d\u00e9tendent. Une autre histoire se raconte aux parfums du Liban ou de la Syrie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">3<\/p>\n\n\n\n<p>Chapeau d\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9chappe une chevelure argent\u00e9e mousseuse et g\u00e9n\u00e9reuse. Lunettes de soleil. Il marche le nez au vent \u00e0 grands pas comme pour humer l\u2019humeur de la ville. Arpenteur des rues, il ne s\u2019arr\u00eate que pour ouvrir la bo\u00eete en plastique qu\u2019il ne quitte jamais et renferme les p\u00e2t\u00e9s \u00e9pinards, morue, giraumon, balaous qu\u2019il confectionne lui-m\u00eame. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">4<\/p>\n\n\n\n<p>Robe \u00e0 larges fleurs mauves. Pas mesur\u00e9s compt\u00e9s. Ne pas glisser. Ne pas tomber. Chapeau. Chignon bas. Elle est habill\u00e9e avec soin. Simple mais coquette. Elle descend la rue qui longe la Rivi\u00e8re aux Herbes. Elle va sans doute \u00e0 la messe. La cath\u00e9drale n\u2019est pas loin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">5<\/p>\n\n\n\n<p>Chemise bleue et pantalon sombre, il se dirige lentement vers l\u2019\u00e9glise. A la main gauche, une trompette, \u00e0 la main droite un roman de James Baldwin, <em>Harlem Quartet<\/em>. Il rejoindra le cort\u00e8ge sur la route du cimeti\u00e8re marin. Ils vont jouer un morceau avec les copains et puis apr\u00e8s l\u2019enterrement, ils iront refaire le monde autour d\u2019une partie de dominos dans le lolo du bord de mer. Ciao Ti Malo&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">6<\/p>\n\n\n\n<p>Le cabas est lourd. Il faut s\u2019arr\u00eater plusieurs fois dans la rue pour en venir \u00e0 bout. Moul\u00e9e dans sa robe \u00e0 rayures roses et blanches, formes rondes et pleines, double chignon de tresses serr\u00e9es au sommet de la t\u00eate et en bord de nuque, elle houspille ses deux adolescents tous deux le nez riv\u00e9 sur leur t\u00e9l\u00e9phone. Surtout ne m\u2019aidez pas&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">7<\/p>\n\n\n\n<p>Il est sept heures du matin. Coffre de la voiture ouvert. Charg\u00e9 des fruits et l\u00e9gumes de son jardin et de celui de sa voisine qui peine \u00e0 joindre les deux bouts avec son minimum vieillesse. Pas de prix affich\u00e9s. En attendant les clients du jour, elle est assise dans le recoin d\u2019une devanture de magasin encore ferm\u00e9e. Comme chaque matin, sa petite radio viss\u00e9e sur l\u2019oreille, elle \u00e9coute France Inter et le journal national. Cheveux courts, regard but\u00e9, elle fixe un point invisible, quelque part dans le monde o\u00f9 les ondes l\u2019emportent. Le soleil commence \u00e0 grignoter la rue. Les aliz\u00e9s ont d\u00e9sert\u00e9. Mais l\u2019air est encore doux en ce petit matin. Et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, c\u2019est la guerre. Son visage se durcit pour encaisser la brutalit\u00e9 du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">8<\/p>\n\n\n\n<p>Perruque blonde de travers. Bas r\u00e9sille. Minijupe noire. D\u00e9marche titubante. Elle s\u2019approche comme elle peut du cerceau rouge au centre de la piste. Elle se contorsionne, grimace, se hisse, \u00a0se plie, quittant un \u00e0 un dans un douloureux d\u00e9pli chaussures \u00e0 talons, minijupe, bas r\u00e9sille, perruque. En simple collant noir elle \u00e9pouse les mouvements du cerceau et puis soudain d\u2019une impulsion du pied nu, elle quitte d\u00e9finitivement le sol, s\u2019envole et voltige, a\u00e9rienne, l\u00e9g\u00e8re dans le d\u00e9lier du corps. Les t\u00eates se l\u00e8vent, les bouches s\u2019ouvrent, les yeux s\u2019\u00e9carquillent, respirations suspendues. L\u00e0-haut, sous le chapiteau, elle est enfin oiseau. \u00a0Chaque soir, elle r\u00e9\u00e9crit son histoire.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code has-medium-gray-background-color has-background has-large-font-size\"><code>Tentez un d\u00e9fi dans le d\u00e9fi : 40 jours 40 personnages. Rattraper les jours pass\u00e9s et esquisser ensuite un personnage par jour. Protocole 40 jours, 40 personnages. <\/code><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Entre la cath\u00e9drale et le PMU, c\u2019est son territoire. Ecouteurs viss\u00e9s sur les oreilles, sourd aux passants, il balance dodeline se d\u00e9hanche, le corps tout entier \u00e0 la musique qu\u2019il \u00e9coute, un sourire accroch\u00e9 au visage. 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