{"id":78224,"date":"2022-06-21T20:02:22","date_gmt":"2022-06-21T18:02:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=78224"},"modified":"2022-06-21T20:02:24","modified_gmt":"2022-06-21T18:02:24","slug":"40-jours-12-arpenter-lintervalle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-12-arpenter-lintervalle\/","title":{"rendered":"#40 jours #12 | Arpenter l&rsquo;intervalle"},"content":{"rendered":"\n<p>En sortant de chez soi, brusque changement d&rsquo;air, choc thermique et sonore, les oiseaux chuchotent dans les branches des arbres, les voisins p\u00e9pient aux fen\u00eatres de leur appartement, le vent souffle dans les branchages encore verts, l&rsquo;air est encore frais malgr\u00e9 le soleil. Un verre \u00e0 Cognac est rest\u00e9 toute la nuit sur la table basse de la minuscule terrasse du voisin de l&rsquo;immeuble d&rsquo;en face. Le sol de la voie qui conduit au parking, ciment br\u00fbl\u00e9 par le jet d&rsquo;eau surpuissant du K\u00e4rcher, gris transparent. Plus fort que la Javel. Fen\u00eatres de l&rsquo;immeuble qui enjambe le passage de la r\u00e9sidence, lever les yeux au ciel vers la trou\u00e9e de ciel bleu, produite par les immeubles qui s&rsquo;attouchent et lib\u00e8rent ce rectangle d&rsquo;azur, comme la fente de timidit\u00e9 des arbres, dans les parcs on n&rsquo;y fait plus gu\u00e8re attention. En altitude, le trait blanc de l&rsquo;avion rasant silencieusement les toits, la tranquillit\u00e9 de son trac\u00e9 blanc intrigue de travers, d&rsquo;ici on n&rsquo;entend pas encore la circulation qui pointe au bout du passage, mais les oiseaux se font d\u00e9j\u00e0 plus discrets. Au sol le linge tomb\u00e9 des fen\u00eatres en surplomb, formes amollies, \u00e0 l&rsquo;abandon, transform\u00e9es par l&rsquo;humidit\u00e9 de la nuit, hier masse informe de pull-over de coton bleu gris sombrant dans le marine, ce matin culotte de dentelle noir pos\u00e9e pudiquement sur la colonne s\u00e8che en retrait. Au niveau du regard, il devient ind\u00e9cent. La colonne \u00e0 incendie flambant neuve, je ne l&rsquo;aurais jamais remarqu\u00e9e sans l&rsquo;accident de moto du fils des voisins. Sortie de route impr\u00e9visible. Un J \u00e0 l&rsquo;envers. C&rsquo;est un dispositif de lutte contre l&rsquo;incendie pour immeubles comme le notre, avec \u00e9tages ou sous-sols, une canalisation vide qui se raccorde en ext\u00e9rieur \u00e0 une source d&rsquo;eau pressuris\u00e9e afin de faciliter aux sapeurs-pompiers l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;eau dans les \u00e9tages, leur \u00e9vitant d&rsquo;avoir \u00e0 d\u00e9rouler leurs tuyaux \u00e0 travers des cheminements longs ou peu pratiques. Je n&rsquo;ai jamais vu personne emprunter cet escalier en colima\u00e7on \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du garde-meuble de la rue. Grande porte \u00e0 larges battants m\u00e9caniques, vert bouteille, tr\u00e8s souvent en r\u00e9paration. Il faut tirer d\u00e9sormais de toutes ses forces pour r\u00e9ussir \u00e0 l&rsquo;ouvrir. Le gras de la poign\u00e9e colle aux doigts, d\u00e9go\u00fbt passager. \u00c0 travers la grille la silhouette des passants s&rsquo;esquive dans la rue. Fant\u00f4mes urbains. L&rsquo;immeuble d&rsquo;en face o\u00f9 le jeune homme fume et travaille, \u00e0 sa fen\u00eatre tous les matins. Il doit se contorsionner pour rester assis \u00e0 cet endroit exigu qui n&rsquo;est pas pr\u00e9vu \u00e0 cet effet. La rue para\u00eet d\u00e9serte. Impression trompeuse. Peu de passants, pas de voiture. L&rsquo;air semble plus l\u00e9ger, sans doute \u00e0 cause de l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Croisillons grav\u00e9s \u00e0 m\u00eame le goudron frais devant le seuil d&rsquo;entr\u00e9e de chaque porte d&rsquo;immeuble. L&rsquo;eau s&rsquo;y engouffre par d\u00e9faut et fait briller le sol qui refl\u00e8te la lumi\u00e8re. Sur le coffrage en parpaing ciment\u00e9 peint en vert du syst\u00e8me de chauffage de l&rsquo;immeuble, des pierres ont \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9s et scell\u00e9es par ajout de ciment \u00e0 la base. On dirait des menhirs minuscules. Elles emp\u00eachent toute assise ou tentative de couchage. Dans le recoin de la baie vitr\u00e9e du studio d&rsquo;architectes qui a ses bureaux au-rez-de-chauss\u00e9e et qui depuis longtemps l&rsquo;a recouvert d&rsquo;un rideau, tirant un trait dessus, pour pr\u00e9server l&rsquo;intim\u00e9 du repas de ses employ\u00e9s et la tranquillit\u00e9 de leurs r\u00e9unions de travail, tissus gris m\u00e9tallique ondoyant et diffractant la lumi\u00e8re ext\u00e9rieure. Le carton d\u00e9pli\u00e9 dans le recoin sale et poussi\u00e9reux, mince matelas improvis\u00e9 qui garde la trace du corps fatigu\u00e9 d&rsquo;un inconnu qui a pass\u00e9 sa nuit dehors, dans l&rsquo;inconfort du sol, la promiscuit\u00e9 de la nuit. La ville n&rsquo;est ni bienveillante ni accueillante. Elle est rude et sauvage. L\u2019id\u00e9e est bien entendu ici comme ailleurs de<strong><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/liminaire.fr\/journal\/article\/le-monde-entier-est-un-cactus\" target=\"_blank\"> repousser les SDF en dehors de la ville<\/a><\/strong> pour les rendre invisibles, ne surtout plus les voir. Passage pi\u00e9ton. Longer l&rsquo;\u00e9cole. Les panneaux des \u00e9lections l\u00e9gislatives tiennent encore debout, inoxydables, les affiches lac\u00e9r\u00e9es r\u00e9guli\u00e8rement pendant la campagne, sont intactes d\u00e9sormais. Ironie du sort. Un homme, cheveux gris, gilet jaune, tient son panneau pour faire traverser les enfants \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e et \u00e0 la sortie des classes. En dehors, les adultes osent \u00e0 peine le solliciter pour traverser prudemment la rue. Devant les bureaux de l&rsquo;AVEJE (Association pour l&rsquo;enfance et la jeunesse), site qui porte le nom de mon ami mort il y a quelques ann\u00e9es, je me rends compte que si je pense chaque jour \u00e0 lui en passant de la porte vitr\u00e9e du b\u00e2timent qu&rsquo;il m&rsquo;a fait visit\u00e9 alors qu&rsquo;il \u00e9tait encore en travaux, je ne regarde plus comme au premier jour la plaque discr\u00e8te qui en annon\u00e7ait le bapt\u00eame. Il y a souvent des personnes qui fument devant la porte. Je ne saisis que des bribes de leurs propos. Conversation qui part en fum\u00e9e. Dans une pi\u00e8ce qui sert \u00e0 entreposer les travaux d&rsquo;ateliers, les animateurs ont s\u00e9lectionn\u00e9 des \u0153uvres tr\u00e8s vari\u00e9es, peintures ou sculptures r\u00e9alis\u00e9es par les enfants. Il y a un collage dans la vitrine qui me fascine. Une v\u00e9ritable \u0153uvre d&rsquo;art. Je suis sans doute le seul qui le remarque.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En sortant de chez soi, brusque changement d&rsquo;air, choc thermique et sonore, les oiseaux chuchotent dans les branches des arbres, les voisins p\u00e9pient aux fen\u00eatres de leur appartement, le vent souffle dans les branchages encore verts, l&rsquo;air est encore frais malgr\u00e9 le soleil. 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