{"id":79716,"date":"2022-06-26T09:30:00","date_gmt":"2022-06-26T07:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=79716"},"modified":"2022-06-26T00:49:31","modified_gmt":"2022-06-25T22:49:31","slug":"40-jours-16-derive-immobile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-16-derive-immobile\/","title":{"rendered":"#40 Jours #16 | D\u00e9rive immobile"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00c9crire dans les marges des livres que nous lisons comme nous d\u00e9ambulons (\u00e0 la recherche d\u2019un ouvrage ou d\u2019une place assise pour lire ou travailler ou r\u00eaver), dans les marges des biblioth\u00e8ques. L\u2019\u00e9criture c\u2019est un temps qui nous fuit, que nous n\u2019avons de cesse de tenter de rattraper, au ralenti. \u00c9crire pour arr\u00eater le temps. Savoir ou fixer son regard. Ordonner cette qu\u00eate, quitter le tourbillon de lumi\u00e8re et de nuit qui nous tourmente. \u00c9crire comme une marche au hasard. \u00c9crire pour \u00eatre ailleurs. Litt\u00e9ralement dans les nuages. Absent, distrait. Ailleurs, oui. \u00c9crire pour trouver le sens de la marche. Nous avons trop souvent peur de ne rien avoir \u00e0 faire, de perdre notre temps. Il n\u2019y a pas de pr\u00e9cipitation \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Prendre le temps de la r\u00e9flexion, laisser place \u00e0 la r\u00eaverie. Trouver sa place. Partir de chez soi, sans savoir avec pr\u00e9cision o\u00f9 aller, commencer \u00e0 marcher, \u00e0 remonter les rues, longer les trottoirs, se faufiler entre les passants, regarder ce qui se passe autour de soi tout en marchant, \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la ville, les bruits des voitures, les conversations feutr\u00e9es dont je ne capte que certaines bribes ou au contraire ces cris, ces invectives qui d\u00e9chirent l\u2019espace. \u00ab En fait, dit Claude Simon, je crois que l\u2019on peut \u00e9crire \u00e0 partir de n\u2019importe quoi. Des jeunes viennent parfois me demander des conseils. Je leur dis : descendez dans la rue, marchez pendant cent m\u00e8tres, revenez chez vous et essayez de raconter tout ce que vous avez vu, senti, rem\u00e9mor\u00e9 ou imagin\u00e9 pendant ces cent m\u00e8tres&#8230; Vous pouvez avec \u00e7a faire un livre \u00e9norme&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Une d\u00e9rive immobile \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ses entassements, de ces enfouissements secrets. L\u00e0 encore, \u00e9crire. Pas d\u2019autres solutions. Avancer dans le r\u00e9cit de cette absence qui nous d\u00e9passe, qui nous trouble. Barrer la mention inutile. Tout se transforme, s\u2019encha\u00eene, tout doit se tenir. Un exercice d\u2019une m\u00e9lancolie joyeuse. Avancer sans savoir o\u00f9 l\u2019on va avec pr\u00e9cision, sans conna\u00eetre la destination finale. Du temps passe, immobile. Ce temps o\u00f9 l\u2019on est transport\u00e9. Mon lieu d\u2019\u00e9criture aujourd\u2019hui, c\u2019est le web. Mon rep\u00e8re comme indice (j\u2019y trouve ce que je ne savais pas que je cherchais), mon repaire comme abri (j\u2019y trouve ce que je cherche). C\u2019est aussi mon espace de lecture, de partage et d\u2019\u00e9change. Retour ligne automatique L\u2019essentiel de ce que je lis passe par l\u00e0. J\u2019y \u00e9cris mes textes et les y diffuse. Mon site est mon espace d\u2019\u00e9criture. Un lieu que j\u2019invite \u00e0 visiter et que j\u2019explore en l\u2019inventant. Ce n\u2019est pas notre relation au livre qui change, c\u2019est notre rapport aux autres, au monde qui nous entoure. Donner \u00e0 lire des \u0153uvres dans leur mouvement, dans leurs \u00e9tapes successives, leur ouverture. O\u00f9 lire o\u00f9 \u00e9crire&#8230; <strong><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.publie.net\/livre\/des-oloes-espaces-elastiques-ou-lire-ou-ecrire-anne-savelli\/\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/www.publie.net\/livre\/des-oloes-espaces-elastiques-ou-lire-ou-ecrire-anne-savelli\/\" target=\"_blank\"><em>Les olo\u00e9s<\/em> d&rsquo;Anne Savelli<\/a><\/strong>, ce seraient ces endroits <em>o\u00f9 lire o\u00f9 \u00e9crire<\/em> (le second ou pouvant se comprendre \u00e9galement, c\u2019est au choix, comme un o\u00f9 sans accent), de ville, de mer, de campagne qui font une br\u00e8che, nous y accueillent. L\u2019id\u00e9e n\u2019est pas de fuir mais plut\u00f4t de creuser. Des lieux o\u00f9 s\u2019attacher, se concentrer, se laisser distraire ; s\u2019all\u00e9ger, se lester, jouer des dimensions. Elle dresse une liste de ces endroits dans son livre : \u00ab Une chaise, un lit, un canap\u00e9, une baignoire, une place de m\u00e9tro, un banc dans un parc, un muret. Un fauteuil \u00e0 roulettes, une file d\u2019attente, une branche, une buche, un abri de tramway, une marche d\u2019escalier. Une plage, un kiosque, un socle de statue, un recoin de caf\u00e9t\u00e9ria. Un bar sans BFM, une borne kilom\u00e9trique, une alc\u00f4ve, une serre, un divan de mus\u00e9e. Un pont. Un toit. Un rocher au soleil. Un compartiment vide, un rebord de fen\u00eatre, un parpaing de parking, un tapis enroul\u00e9. Un pouf. Une malle. Un si\u00e8ge de WC. Un tas de feuilles sous un arbre, la pelouse des piscines renomm\u00e9e solarium, la salle des pas perdus quand elle n\u2019est pas devenue une galerie marchande. Un cube dans une galerie. Le bas des toboggans. Une cabine d\u2019essayage au fond d\u2019un magasin. Un tabouret de cuisine, un rempart, un tr\u00e9pied, une dune, une clairi\u00e8re, un op\u00e9ra ferm\u00e9. Un squat. Une salle de sport en gr\u00e8ve. Un coussin, une chauffeuse. Une butte, une balan\u00e7oire. Un corps nu qu\u2019on aime (ou habill\u00e9) (s\u2019y appuyer). Un \u00e9dredon. Une m\u00e9ridienne.Retour ligne automatique Un olo\u00e9. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Faire son trou, trouver sa place, l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on \u00e9crit. Prendre le temps de le trouver. Trouver le temps de s\u2019y perdre. Inventer des espaces qui n\u2019existent pas, ou que les autres ne devinent pas, des espaces \u00e9lastiques, des lieux in\u00e9dits et accueillants, s\u2019y engouffrer pour \u00e9crire, pour quelques heures ou plusieurs jours. Parfois l\u2019espace d\u2019un instant seulement. Des postes d\u2019observation, des moments de calme, de replis et d\u2019ouverture en m\u00eame temps. Dans le mouvement (les transports en communs (m\u00e9tro, train, bus)), la d\u00e9ambulation (en ville ou \u00e0 la campagne). Dans le repos (un coin de table \u00e0 la maison, sur son bureau ou quand tout le monde dort, dans le silence nocturne). \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, dans les caf\u00e9s (chacun son carnet d\u2019adresses), les biblioth\u00e8ques (privil\u00e8ge du biblioth\u00e9caire qui profite de cet espace quand il est ouvert et vivant, avec le public qui le fr\u00e9quente, mais pour lui seul \u00e9galement, les jours de fermeture). Dehors, dans les parcs, dans la lecture d\u2019un livre, d\u2019un journal, la contemplation d\u2019une image. En se r\u00e9fugiant dans son site pour \u00e9crire, et les sites des autres pour les lire. Et dans le sommeil \u00e9galement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9crire dans les marges des livres que nous lisons comme nous d\u00e9ambulons (\u00e0 la recherche d\u2019un ouvrage ou d\u2019une place assise pour lire ou travailler ou r\u00eaver), dans les marges des biblioth\u00e8ques. L\u2019\u00e9criture c\u2019est un temps qui nous fuit, que nous n\u2019avons de cesse de tenter de rattraper, au ralenti. \u00c9crire pour arr\u00eater le temps. Savoir ou fixer son regard. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40-jours-16-derive-immobile\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#40 Jours #16 | D\u00e9rive immobile<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":242,"featured_media":79717,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3505],"tags":[16,258,56],"class_list":["post-79716","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-40jours","category-40jours-16-ecrire","tag-ecriture","tag-lecture","tag-oloe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79716","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/242"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=79716"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79716\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/79717"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=79716"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=79716"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=79716"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}