{"id":79815,"date":"2022-06-26T11:02:07","date_gmt":"2022-06-26T09:02:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=79815"},"modified":"2023-05-22T19:23:18","modified_gmt":"2023-05-22T17:23:18","slug":"40jours-16-passion-ecrire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-16-passion-ecrire\/","title":{"rendered":"#40jours #16 | le jus des fruits"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"819\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/sebastien-noel-1FRxCozPq1E-unsplash-819x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-79817\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/sebastien-noel-1FRxCozPq1E-unsplash-819x1024.jpg 819w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/sebastien-noel-1FRxCozPq1E-unsplash-336x420.jpg 336w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/sebastien-noel-1FRxCozPq1E-unsplash-768x960.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/sebastien-noel-1FRxCozPq1E-unsplash-1229x1536.jpg 1229w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/sebastien-noel-1FRxCozPq1E-unsplash-1638x2048.jpg 1638w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/sebastien-noel-1FRxCozPq1E-unsplash-scaled.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 819px) 100vw, 819px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>S\u00e9bastien No\u00ebl (sous licence gratuite Unplash)<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:20px\">Se souvenir comment \u00e7a s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 chez elle au d\u00e9but, cette envie d\u2019\u00e9crire, cette capacit\u00e9 \u00e0 inventer un projet capable de r\u00e9pondre \u00e0 cette envie forte survenue un beau jour \u00e0 vingt ans. C\u2019\u00e9tait venu \u00e0 cause d\u2019un homme \u00e0 qui elle \u00e9crivait presque tous les jours, une passion \u00e0 distance, un amour impossible \u00e0 sauver \u2014&nbsp;trop jeune encore pour le savoir. Et cet homme aimait ses courriers plus que tout. Il avait dit \u00e0 l\u2019\u00e9poque qu\u2019elle \u00e9tait faite pour \u00e7a, pour \u00e9crire des sentiments rares. Aujourd\u2019hui elle fouille l\u2019espace de cet amour, \u00e9carte les pans pareils \u00e0 ceux d\u2019un th\u00e9\u00e2tre, sc\u00e8ne repli\u00e9e en son intime derri\u00e8re les rideaux lourds une fois la repr\u00e9sentation termin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:20px\">Elle se revoit cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0. Un \u00e9t\u00e9 br\u00fblant. Elle s\u00e9journait sur la c\u00f4te catalane avec lui qui avait su montrer du doigt cette envie chez elle, qui avait soulev\u00e9 cette fureur qui \u00e9tait la sienne quand elle rassemblait des mots sur des feuillets volants. La petite ville aux b\u00e2timents cr\u00e9pis de rouge \u00e9tait accoutum\u00e9e aux grosses chaleurs. Souvent la tramontane forcissait en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi, arrachait les tentes dans les campings, brossait les hauts palmiers des places jusqu\u2019\u00e0 les d\u00e9plumer, les dess\u00e9cher. Dans les champs autour, on r\u00e9coltait des abricots \u00e0 la peau \u00e9carlate et des p\u00eaches au jus incomparable. La plupart des gens sortaient la nuit comme en Espagne, les chiens aussi, et les musiciens gitans faisaient danser le monde au c\u0153ur des quartiers. Il y avait donc la chaleur, les fruits, la musique tard la nuit, l\u2019amour qui serait perdu deux ans plus tard dans la douleur, la mer au bord de la ville rouge sauvagement vent\u00e9e, les espaces de sable tout au long du bleu acier de la mer. Chaque jour elle empruntait les m\u00eames rues de la petite ville, allait avec lui jusqu\u2019\u00e0 la mer. Ils s\u2019installaient contre le vent fort, elle ouvrait le cahier. Il y avait cette continuit\u00e9 des gestes du matin au soir, la touffeur des rues, les bains vivifiants. Parfois le soir elle allait sur la petite place, le frais ne venait que tard, et elle restait l\u00e0 avec son cahier. Il l\u2019attendait, il avait de la patience \u00e0 revendre, il l\u2019aimait. Elle avait entrepris d\u2019\u00e9crire un voyage qu\u2019elle venait de faire en Asie, \u00e7a la tenait au corps cette affaire-l\u00e0 \u2014&nbsp;un pr\u00e9texte comme un autre. Il y avait donc la chaleur aussi dans son livre, il y avait des odeurs, des rivages, des mers puissantes et dangereuses o\u00f9 vivaient des d\u00e9esses vertes. Les villes l\u00e0-bas dans son livre \u00e9taient immenses et insens\u00e9es, les h\u00f4tels infest\u00e9s d\u2019insectes. Les deux mondes se percutaient, villes et mers, amour impossible et solitude, errances pieds dans l\u2019eau et promenades sur des ports \u00e9trangers, cris dans l\u2019amour et aboiements des chiens. La vie se traduisait au pass\u00e9 et au pr\u00e9sent de la m\u00eame fa\u00e7on, une sorte de transposition g\u00e9ographique et temporelle presque musicale qui d\u2019apr\u00e8s elle donnerait de l\u2019\u00e9paisseur au texte. C\u2019\u00e9tait s\u00fbrement tr\u00e8s maladroit \u2014 elle a jet\u00e9 le cahier et les feuillets volants r\u00e9unis dans une chemise orange lors d\u2019un d\u00e9m\u00e9nagement, tout disparu de ce travail, de cet amour \u2014&nbsp; impossible de v\u00e9rifier, mais il y avait forc\u00e9ment de la douleur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:20px\">Et voil\u00e0 qu\u2019ici et maintenant, un nouvel \u00e9t\u00e9 commence. Elle vit d\u00e9j\u00e0 au rythme des canicules et des alertes au feu. L\u2019usage de l\u2019eau vient d&rsquo;\u00eatre r\u00e8glement\u00e9. Elle ne sait pas \u00e0 quoi s&rsquo;attendre. Elle passe en revue les textes qui s\u2019accumulent au gr\u00e9 d\u2019un cycle de cr\u00e9ation autour de la ville, elle ne sait pas ce qu\u2019elle va en faire. Parfois elle ne sait pas vers o\u00f9 se diriger. Elle s\u2019installe au plus frais avec son petit ordinateur portable, \u00e9crit sur une couleur, une texture, \u00e9crit sur l\u2019\u00e9criture elle-m\u00eame, essaie juste de dire ce qui arrive au jour le jour en fouillant les strates de sa m\u00e9moire. Elle avance \u00e0 t\u00e2tons.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Codicille \nOui, je voudrais bien trouver une forme, une direction \u00e0 ce travail de l'\u00e9t\u00e9, une coh\u00e9rence... pour l'instant tout reste flou.. j'essaie seulement d'accumuler en demeurant dans la m\u00eame fissure...<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Se souvenir comment \u00e7a s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 chez elle au d\u00e9but, cette envie d\u2019\u00e9crire, cette capacit\u00e9 \u00e0 inventer un projet capable de r\u00e9pondre \u00e0 cette envie forte survenue un beau jour \u00e0 vingt ans. 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