{"id":8045,"date":"2019-08-02T15:00:23","date_gmt":"2019-08-02T13:00:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=8045"},"modified":"2019-08-02T15:00:25","modified_gmt":"2019-08-02T13:00:25","slug":"le-lutrin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-lutrin\/","title":{"rendered":"Le lutrin"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1<\/h2>\n\n\n\n<p>Tige de fer couronn\u00e9e d\u2019une lyre,\nle lutrin a besoin d\u2019aide pour sa gymnastique. D\u2019abord les oreilles en haut et\non les rabaisse, les grandes puis les petites. Si on sait s\u2019y prendre, le\nlutrin devient support. Si on ne sait pas, le lutrin coinc\u00e9 rouille. Ce\nlutrin-l\u00e0 est un lutrin solide. Il a port\u00e9 la Klos\u00e9, support\u00e9 les couinements,\nles grincements, les sifflements. Il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 <em>Ballade \u00e0 Oph\u00e9lie<\/em>.\nPourquoi faut-il toujours donner aux objets des sentiments humains&nbsp;? Le\nlutrin&nbsp;: l\u2019homme debout de Giacometti, mais qui ne marche pas. D\u2019autres\ndisent pupitre, mais le pupitre est en bois, il est rempli de cahiers, il sent\nbon l\u2019encre des \u00e9coles communales de jadis. Plus aust\u00e8re, le lutrin, gris,\nfroid, est au service d\u2019une seule feuille. Parfois si petit&nbsp;: pli\u00e9 en\nhuit, un second lutrin, qui porte mon nom. Un lutrin est-ce que \u00e7a aime la\nmusique&nbsp;? <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2<\/h2>\n\n\n\n<p>Tige de fer couronn\u00e9e d\u2019une lyre,\nle lutrin est une fleur sans p\u00e9tales. Ses p\u00e9tales, c\u2019est la musique qu\u2019il\npermet. Une fleur de son, volontairement sobre, terne, rachitique, au service\nd\u2019une beaut\u00e9 dont il n\u2019est que le page. Il a besoin d\u2019aide pour sa gymnastique,\nle lutrin. D\u2019abord les oreilles en haut et on les rabaisse, les grandes puis\nles petites. Si on sait s\u2019y prendre, le lutrin devient support. Si on ne sait\npas, le lutrin coinc\u00e9 rouille. Qu\u2019y a-t-il de plus triste qu\u2019un lutrin \u00e0\nl\u2019abandon&nbsp;? Le revoil\u00e0 ferraille, piteux objet sans raison d\u2019\u00eatre, inutile\nmachin brinquebalant, fragile \u00e9clop\u00e9 chavire sur ses trois pattes cass\u00e9es. Ce\nlutrin-l\u00e0 est un lutrin solide. Il a port\u00e9 la Klos\u00e9, support\u00e9 les couinements,\nles grincements, les sifflements. C\u2019est un lutrin de clarinettiste. Il a\nbeaucoup souffert. Il fait partie de l\u2019\u00e9lite des lutrins, avec le lutrin de\nvioloniste. Le lutrin de tromboniste est plus \u00e0 l\u2019aise&nbsp;: son instrument\nlui ressemble. Parfois le lutrin de tromboniste esp\u00e8re que le musicien se\ntrompe, que le lutrin devienne trombone et le trombone lutrin. Jamais un lutrin\nne se r\u00eave clarinette ni violon. Trop d\u2019\u00e9cart, trop de dissemblance, trop de\ndissonance. \u00c0 la Klos\u00e9, ce lutrin-ci a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 <em>Ballade \u00e0 Oph\u00e9lie<\/em>. Un l\nou deux \u00e0 ballade&nbsp;? Le lutrin, toujours debout r\u00eave de marcher. Pourquoi\nfaut-il toujours donner aux objets des sentiments humains&nbsp;? Reprise du\nth\u00e8me rebattu&nbsp;: <em>objets inanim\u00e9s, avez-vous donc une \u00e2me&nbsp;?<\/em>\nL\u2019objet comme reflet du sujet, impossibilit\u00e9 d\u2019atteindre l\u2019objet sans s\u2019y\nprojeter, sans lui donner vie&nbsp;: le lutrin est un ami pour le solitaire. Le\nlutrin&nbsp;: l\u2019homme debout de Giacometti, mais qui ne marche pas. D\u2019autres\ndisent pupitre, mais le pupitre est en bois, il est rempli de cahiers bleus, il\nsent bon l\u2019encre des \u00e9coles communales de jadis et la chaleur des cancres \u00e0\nc\u00f4t\u00e9 du radiateur. Plus aust\u00e8re, le lutrin, gris, froid, est au service d\u2019une\nseule feuille. \u00c0 l\u2019origine, il est religieux, le lutrin. La Klos\u00e9, c\u2019est la\nbible du clarinettiste. Le lutrin, c\u2019est du profane au service du sacr\u00e9. Le\ngrand Boileau lui-m\u00eame en fit un po\u00e8me \u00e9picomique que nous n\u2019avons pas le\ncourage de lire. Lire, c\u2019est aussi cela l\u2019origine du lutrin. On posait le livre\nsur le lutrin pour prof\u00e9rer les mots sacr\u00e9s. La musique aussi, c\u2019est du sacr\u00e9\nque l\u2019on prof\u00e8re. Le lutrin est aussi servant de messe. Parfois si petit&nbsp;:\npli\u00e9 en huit, un second lutrin, qui porte mon nom. Comme un miroir. Que\nrefl\u00e8te-t-il, mon lutrin&nbsp;? Un reflet de sons, qu\u2019est-ce c\u2019est&nbsp;? Il\ns\u2019agit pour l\u2019esclave qu\u2019est le lutrin de se rendre invisible parce que ce qui\ncompte, ce n\u2019est pas ce que l\u2019on voit, mais ce que l\u2019on entend. L\u2019id\u00e9al du\nlutrin, c\u2019est l\u2019effacement. Quand on n\u2019a plus besoin de lui, on joue, on lit,\non chante par c\u0153ur. Cela veut-il dire que le lutrin n\u2019a pas de c\u0153ur&nbsp;? Cela\nle renvoie-t-il \u00e0 sa condition premi\u00e8re de m\u00e9canisme de ferraille soumis \u00e0 la\nmanipulation d\u2019un expert&nbsp;? Le lutrin est modeste. Il sait \u2013 ou il sent \u2013\nqu\u2019il y a plus essentiel que lui. Pourtant, sans lutrin, il n\u2019y a pas de\nmusique. Un lutrin, est-ce que \u00e7a aime la musique&nbsp;? <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3<\/h2>\n\n\n\n<p>Tige de fer couronn\u00e9e d\u2019une lyre,\nle lutrin est une fleur sans p\u00e9tales. Ses p\u00e9tales, c\u2019est la musique qu\u2019il\npermet. Une fleur de son, volontairement sobre, terne, rachitique, au service\nd\u2019une beaut\u00e9 dont il n\u2019est que le page. Une fleur de rh\u00e9torique&nbsp;: d\u00e9crire\nl\u2019objet, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 le comparer, le d\u00e9sindividualiser, le d\u00e9truire. Le lutrin\ndevenu mots se pare de davantage de babioles qu\u2019il ne le devrait. Il s\u2019agira,\nau moment de le dire pour de bon, d\u2019\u00f4ter tout ce gras que j\u2019y ajoute, de\nretrouver dans la langue la maigreur de l\u2019objet, sa simplicit\u00e9, ses angles\ndroits. Il a besoin d\u2019aide pour sa gymnastique, le lutrin. D\u2019abord les oreilles\nen haut et on les rabaisse, les grandes puis les petites. Si on sait s\u2019y\nprendre, le lutrin devient support. Si on ne sait pas, le lutrin coinc\u00e9\nrouille. Qu\u2019y a-t-il de plus triste qu\u2019un lutrin \u00e0 l\u2019abandon&nbsp;? Le revoil\u00e0\nferraille, piteux objet sans raison d\u2019\u00eatre, inutile machin brinquebalant,\nfragile \u00e9clop\u00e9 qui ne tient plus sur ses trois pattes. Et revoil\u00e0 l\u2019humain dans\nl\u2019objet, comme si le lutrin, d\u00e8s qu\u2019il devient mots, ne pouvait pas rester\nlutrin, support \u00e0 partitions, m\u00e9canique ing\u00e9nieuse de m\u00e9tal assembl\u00e9. J\u2019\u00e9cris\nle lutrin pour le transformer en humain, en ami peut-\u00eatre, en lutin. Le lutrin\nserait un grand lutin filiforme qui m\u2019aide \u00e0 trouver les sons justes. Ce\nlutrin-l\u00e0 est un lutrin solide. Il a port\u00e9 la Klos\u00e9, support\u00e9 les couinements,\nles grincements, les sifflements. C\u2019est un lutrin de clarinettiste. C\u2019est mon\nlutrin. Est-ce que j\u2019\u00e9crirais autrement s\u2019il s\u2019agissait du lutrin d\u2019un\nautre&nbsp;? Il a beaucoup souffert. Ou est-ce moi qui ai souffert et qui me d\u00e9charge\nde ma souffrance en la lui refourguant \u00e0 bon compte&nbsp;? Il fait partie de\nl\u2019\u00e9lite des lutrins, avec le lutrin de violoniste. Le lutrin de ma voisine,\nvoil\u00e0 \u00e0 qui \u2013 au lutrin ou \u00e0 la voisine&nbsp;?&nbsp;\u2013 je pensais. Il y avait en\nce temps-l\u00e0 une lutte \u00e0 qui prof\u00e8rerait la musique la plus p\u00e9nible, le son le\nplus grin\u00e7ant, la note la plus fausse. \u00c0 ce jeu-l\u00e0 \u2013 il n\u2019y en eu jamais\nd\u2019autre entre ma voisine et moi \u2013, le violon et la clarinette sont ex aequo. Le\nlutrin de tromboniste est plus \u00e0 l\u2019aise. Son instrument lui ressemble. Et le\nmusicien souvent aussi. Le lutrin de tromboniste, c\u2019est celui de mon fr\u00e8re, c\u2019est\nun lutrin d\u00e9pli\u00e9 vers le ciel, un lutrin g\u00e9ant. Le lutrin de mon fr\u00e8re est un\nlutrin de professionnel, le mien n\u2019est qu\u2019un lutrin d\u2019amateur. Y a-t-il une\nhi\u00e9rarchie, une aristocratie des lutrins&nbsp;? Il faudrait l\u2019\u00e9crire ici, cette\nhi\u00e9rarchie, mais ce texte, de quoi parle-t-il, du lutrin en g\u00e9n\u00e9ral ou\nuniquement de mon lutrin de clarinettiste amateur&nbsp;? Parfois le lutrin de\ntromboniste esp\u00e8re que le musicien se trompe, que le lutrin devienne trombone et\nle trombone lutrin. Jamais un lutrin ne se r\u00eave clarinette ni violon. Trop\nd\u2019\u00e9cart, trop de dissemblance, trop de dissonance. \u00c0 la Klos\u00e9, ce lutrin a\npr\u00e9f\u00e9r\u00e9 <em>Ballade \u00e0 Oph\u00e9lie<\/em>. Un l ou deux \u00e0 ballade&nbsp;? Faut-il\nchercher dans le dictionnaire ou laisser la faute en guise de trace de mes\nh\u00e9sitations&nbsp;? Le lutrin, toujours debout, r\u00eave de marcher. Pourquoi\nfaut-il toujours donner aux objets des sentiments humains&nbsp;? Peut-\u00eatre\npr\u00e9cis\u00e9ment parce que je suis en train d\u2019\u00e9crire \u00e0 partir de l\u2019objet, peut-\u00eatre\nparce qu\u2019\u00e9crire c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment partir de l\u2019objet, le quitter en tant\nqu\u2019objet pour en faire un reflet du sujet&nbsp;: je est le lutrin, dirait le\npo\u00e8te, ou peut-\u00eatre le lutrin est-il je&nbsp;? Reprise du th\u00e8me rebattu&nbsp;: <em>objets\ninanim\u00e9s, avez-vous donc une \u00e2me&nbsp;? <\/em>L\u2019objet comme reflet du sujet,\nimpossibilit\u00e9 d\u2019atteindre l\u2019objet sans s\u2019y projeter, sans lui donner vie&nbsp;:\nle lutrin est un ami pour le solitaire. Le lutrin&nbsp;: l\u2019homme debout de\nGiacometti, mais qui ne marche pas. D\u2019autres disent pupitre, mais le pupitre\nest en bois, il est rempli de cahiers, il sent bon l\u2019encre des \u00e9coles\ncommunales de jadis et la chaleur des cancres \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du radiateur. Le\nradiateur&nbsp;: voil\u00e0 un objet \u00e0 retenir, voil\u00e0 un mot qui m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre aussi\ntritur\u00e9 que ce lutrin qui plie sous cette logorrh\u00e9e qui devra d\u00e8s la prochaine\nprise d\u2019\u00e9criture \u00e9laguer, couper, choisir ce qui, dans toutes id\u00e9es qui\nm\u2019assaillent en vrac, en vaut la peine. Plus aust\u00e8re que le pupitre, le lutrin,\ngris, froid, est au service d\u2019une seule feuille. \u00c0 l\u2019origine, il est religieux,\nle lutrin. La Klos\u00e9, c\u2019est la bible du clarinettiste. Le lutrin, c\u2019est du\nprofane au service du sacr\u00e9. Le grand Boileau lui-m\u00eame en fit un po\u00e8me\n\u00e9picomique que nous n\u2019avons pas le courage de lire, cette remarque n\u2019\u00e9tant due\nqu\u2019\u00e0 la lecture du dictionnaire, Boileau ne nous inspirant strictement rien,\nsinon des relents de poussi\u00e8re. Lire, c\u2019est aussi cela l\u2019origine du lutrin. On\nposait le livre sur le lutrin pour prof\u00e9rer les mots sacr\u00e9s. La musique aussi,\nc\u2019est du sacr\u00e9 que l\u2019on prof\u00e8re. Le lutrin est aussi servant de messe. Si je\nvoulais lui rendre justice, je devrais dans ce texte me faire moi-m\u00eame le\nservant du lutrin mais c\u2019est le lutrin qui me sert \u00e0 \u00e9crire, c\u2019est moi qui me\nsers du lutrin pour \u00e9crire, alors qu\u2019il faudrait \u2013 il faudra \u2013 que je trouve le\nmoyen de dispara\u00eetre devant l\u2019objet lutrin enfin mis en lumi\u00e8re. Parfois si\npetit&nbsp;: pli\u00e9 en huit, un second lutrin, qui porte mon nom. Ou alors c\u2019est\nmoi qui porte le nom du lutrin. Comme un miroir. Que refl\u00e8te-t-il, mon lutrin&nbsp;?\nUn reflet de sons, qu\u2019est-ce c\u2019est&nbsp;? Il s\u2019agit pour l\u2019esclave qu\u2019est le\nlutrin de se rendre invisible parce que ce qui compte, ce n\u2019est pas ce que l\u2019on\nvoit, mais ce que l\u2019on entend. L\u2019id\u00e9al du lutrin, c\u2019est l\u2019effacement. Mais dans\nce cas-l\u00e0, \u00e0 quoi bon \u00e9crire \u00e0 propos du lutrin&nbsp;? Tous ces mots accumul\u00e9s\nsont-ils vains&nbsp;? N\u2019auront-ils d\u2019int\u00e9r\u00eat que quand ils seront effac\u00e9s au\nprofit de leur musique&nbsp;? Il faudrait trouver des mots-lutrins, des mots de\nrien qui permettent de dire quelque chose de plus essentiel qu\u2019eux. Quand on\nn\u2019a plus besoin du lutrin, on joue, on lit, on chante par c\u0153ur. Cela veut-il\ndire que le lutrin n\u2019a pas de c\u0153ur&nbsp;? Cela le renvoie-t-il \u00e0 sa condition\npremi\u00e8re de m\u00e9canisme de ferraille soumis \u00e0 la manipulation d\u2019un expert&nbsp;?\nLe lutrin est modeste. Il sait \u2013 ou il sent \u2013 qu\u2019il y a plus essentiel que lui.\nPourtant, sans lutrin, il n\u2019y a pas de musique. Un lutrin, est-ce que \u00e7a aime\nla musique&nbsp;? <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4<\/h2>\n\n\n\n<p>Tige \u00e0 t\u00eate de lyre, fleur de son\nsobre et rachitique, sans p\u00e9tales sinon de musique, le lutrin est le page d\u2019une\nautre beaut\u00e9 s\u2019enrobant \u00e0 travers ses angles droits&nbsp;; gymnaste aux\noreilles de fer, puis rouill\u00e9, puis abandonn\u00e9, le revoil\u00e0 triste ferraille,\ninutile machin brinquebalant, fragile \u00e9clop\u00e9 sur ses trois pattes cass\u00e9es,\nhumain trop humain, ami m\u00e9canique du musicien solitaire, grand lutin filiforme\net serviable. Lutrin de Klos\u00e9, solide lutrin de clarinettiste, celui-ci a tout\nsupport\u00e9, couinements, grincements, sifflements&nbsp;; lutrin de violoniste,\nvoisin dans la douleur, celui-l\u00e0 aussi joua le p\u00e9nible et le faux&nbsp;; lutrin\nde tromboniste, fr\u00e8re d\u00e9pli\u00e9 vers le ciel, lutrin \u00e0 l\u2019aise, lutrin facile, cet\nautre se prit \u00e0 r\u00eaver d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame l\u2019instrument. Lutrin-trombone mais point\nlutrin-clarinette&nbsp;: dissemblance. Ballade ou balade&nbsp;? Souvenir\nd\u2019Oph\u00e9lie, promenade impossible des objets inanim\u00e9s, l\u2019homme qui marche ne\nmarche pas. Pupitre&nbsp;? Le lutrin reste sans bois, sans encre, sans radiateur.\nL\u2019aust\u00e8re lutrin gris et froid sert la messe. Klos\u00e9, c\u2019est la bible sous qui le\nlutrin plie mais ne rompt pas. Lutrin-roseau parfois si petit, si esclave, si\neffac\u00e9 qu\u2019il ne reste de lui que des reflets de sons. Modeste m\u00e9canique\ndisparue quand c\u2019est le c\u0153ur qui chante, le lutrin revient sans cesse \u00e0 sa\ncondition de ferraille pour laisser seule vibrer la musique. Un lutrin, est-ce\nque \u00e7a aime la musique&nbsp;? <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5<\/h2>\n\n\n\n<p>Tige \u00e0 t\u00eate de lyre, fleur de son sobre et rachitique, le lutrin sans p\u00e9tales sinon de musique est le page d\u2019une autre beaut\u00e9 \u2013 fugitive \u2013 s\u2019enrobant au travers de ses angles droits\u00a0; gymnaste aux oreilles de fer sous les doigts de l\u2019expert, puis fan\u00e9, puis rouill\u00e9, puis abandonn\u00e9, le revoil\u00e0 triste ferraille, inutile machin brinquebalant, fragile \u00e9clop\u00e9 sur ses trois pattes cass\u00e9es, humain trop humain, ami m\u00e9canique que le musicien d\u00e9laisse, grand lutin filiforme et serviable qu\u2019on a mis au ch\u00f4mage. Mais lutrin de Klos\u00e9, solide lutrin de clarinettiste, celui-ci a support\u00e9 couinements, grincements, sifflements\u00a0; mais lutrin de violoniste, son voisin dans la douleur, celui-l\u00e0 joua le p\u00e9nible et le faux\u00a0; mais lutrin de tromboniste, le grand fr\u00e8re d\u00e9pli\u00e9 vers le ciel, le lutrin \u00e0 l\u2019aise, le lutrin facile, cet autre lutrin se prit \u00e0 r\u00eaver d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame l\u2019instrument de son miroir. Il existe des lutrins-trombones mais point de lutrins-clarinettes\u00a0: dissemblance de forme et de mati\u00e8re. Ballade ou balade\u00a0? Souvenir d\u2019Oph\u00e9lie, promenade impossible et n\u00e9cessaire des objets inanim\u00e9s qui n\u2019ont pas d\u2019\u00e2me\u00a0: l\u2019homme qui marche n\u2019a jamais march\u00e9. Pupitre\u00a0? Le lutrin reste sans bois, sans encre, sans radiateur. N\u00e9 pour les \u00e9glises, il a courb\u00e9 l\u2019\u00e9cole. L\u2019aust\u00e8re lutrin gris et froid sert la messe\u00a0: Klos\u00e9, c\u2019est la bible sous qui le lutrin plie mais ne rompt pas. Lutrin-roseau si petit, si esclave, si effac\u00e9 qu\u2019il ne reste de sa fleur fig\u00e9e que des reflets de sons disparus. Modeste m\u00e9canique quand c\u2019est le c\u0153ur qui chante, le lutrin revient sans cesse \u00e0 sa condition de ferraille pour laisser seule vibrer la musique. Un lutrin, est-ce que \u00e7a aime la musique\u00a0? Je me tiens debout devant lui, je lui joue une m\u00e9lodie, je m\u2019applique, je raffine, il ne bronche pas. Le lutrin est d\u00e9sesp\u00e9rant. Il n\u2019aime pas la musique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">6<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Journal recal\u00e9 n\u00b029 : 28 juillet 2019\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/-J2X93OFgoo?start=2\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1 Tige de fer couronn\u00e9e d\u2019une lyre, le lutrin a besoin d\u2019aide pour sa gymnastique. D\u2019abord les oreilles en haut et on les rabaisse, les grandes puis les petites. Si on sait s\u2019y prendre, le lutrin devient support. Si on ne sait pas, le lutrin coinc\u00e9 rouille. Ce lutrin-l\u00e0 est un lutrin solide. Il a port\u00e9 la Klos\u00e9, support\u00e9 les <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-lutrin\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Le lutrin<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":97,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[454],"tags":[778,103,779,775,776,780,750,781],"class_list":["post-8045","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-03-cinq-fois-sur-le-metier","tag-clarinette","tag-fleur","tag-giacometti","tag-lutrin","tag-musique","tag-pupitre","tag-trombone","tag-violon"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8045","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/97"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8045"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8045\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8045"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8045"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8045"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}