{"id":80841,"date":"2022-06-28T15:18:39","date_gmt":"2022-06-28T13:18:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=80841"},"modified":"2022-06-28T15:18:40","modified_gmt":"2022-06-28T13:18:40","slug":"40jours-18-conte-a-rebours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-18-conte-a-rebours\/","title":{"rendered":"#40jours #18 | conte \u00e0 rebours"},"content":{"rendered":"\n<p>La Ferrari avait \u00e9t\u00e9 pulv\u00e9ris\u00e9e sous l\u2019impact. An\u00e9antie. Quelques restes de t\u00f4les compress\u00e9es. \u00c0 l\u2019or\u00e9e de la for\u00eat, le virage pour descendre vers la ville \u00e9tait un pi\u00e8ge. Surtout \u00e0 quatre heures du matin. Une courbe tra\u00eetresse o\u00f9 nombre de f\u00eatards de la r\u00e9gion avaient pay\u00e9 leur d\u00fb. Le nuage, m\u00e9lange de poussi\u00e8res et de fum\u00e9es, retombait lentement entre les arbres. Cindy \u00e9tait miraculeusement indemne. Sa petite robe noire Chanel \u00e9tait en lambeaux, sa longue chevelure blonde \u00e9tait devenue crini\u00e8re sauvage. Elle n\u2019avait qu\u2019une seule chaussure, de ces talons aiguilles si finement cisel\u00e9es qu\u2019ils paraissaient en verre. Elle l\u2019enleva et la prit entre ses doigts. Sous ses pieds nus, dans la terre humide et froide, elle laissait des empreintes \u00e9ph\u00e9m\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re d\u2019une lune pleine, elle rejoignit le sentier qui descendait vers la ville. Elle le connaissait bien, ce sentier. Elle savait o\u00f9 trouver les m\u00fbres et les framboises. Les fraises parfois. Quand c\u2019\u00e9tait la saison. L\u2019\u00e9troit chemin serpentait entre les grands pins que la nuit avait fait grandir. Plus bas, elle distinguait les lumi\u00e8res de la ville qui dormait encore. Les arbres se firent moins majestueux, les sacs plastiques plus nombreux. Les effets du cachet d\u2019ectasy s\u2019estompaient lentement.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019elle arriva aux abords de la cit\u00e9, elle s\u2019arr\u00eata et s\u2019assit sur un des derniers rochers avant de retrouver le goudron de la route. Elle prit ses pieds entre les mains et les frictionna. Sur ce rocher, elle avait re\u00e7u son premier baiser. Mo \u00e9tait son prince mais il \u00e9tait parti. Mo \u00e9tait son prince et elle le cherchait dans les soir\u00e9es qu\u2019elle \u00e9cumait dans la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle les connaissait, ces barres d\u2019immeubles. Lorsqu\u2019elle \u00e9tait enfant et qu\u2019elle est arriv\u00e9e ici avec sa m\u00e8re, il lui a fallu du temps pour s\u00e9cher ses larmes. La disparition de son p\u00e8re, emport\u00e9 par l\u2019amiante des chantiers navals, elle s\u2019\u00e9tait dit qu\u2019elle n\u2019arrivait pas \u00e0 y survivre. Aujourd\u2019hui, la silhouette imposante et famili\u00e8re de ces tours \u00e9tait un r\u00e9confort. Elle avait appris \u00e0 reconna\u00eetre les bruits de la cit\u00e9, elle avait appris \u00e0 y jouer sa partition. La f\u00e9e clochette, c\u2019est celle du tramway qui passe. Les sept nains, ce sont les enfants de Madame Ramirez qui jouent au foot dans la cage d\u2019escalier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle savait ce qu\u2019elle devait \u00e0 la cit\u00e9 mais elle savait aussi les dangers. \u00c0 cette heure-ci, les dealers ne dormaient pas encore. Les loups d\u00e9livraient leurs derni\u00e8res doses aux ultimes bringueurs, ceux qui faisaient la fermeture des boites de nuit. Elle savait qu\u2019elle devait \u00e9viter les balan\u00e7oires, les loups aiment les balan\u00e7oires. Elle savait qu\u2019elle devait longer la haie derri\u00e8re le grillage, \u00e0 quatre pattes pour ne pas \u00eatre vue, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9picerie dont le rideau m\u00e9tallique \u00e9tait tagg\u00e9 jusqu\u2019aux moindres recoins. Et puis se taper un sprint jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019immeuble. Faire le code, monter en courant jusqu\u2019au dernier \u00e9tage, sortir la cl\u00e9 de son petit sac, entrer dans l\u2019appart, ne pas r\u00e9veiller sa m\u00e8re, rentrer dans sa chambre et tomber sur son lit le souffle court.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle avait pli\u00e9 la Clio, une fois de plus. Sa robe Monoprix \u00e9tait toute d\u00e9chir\u00e9e, elle avait perdu une sandale. Elle avait moins de trois heures de sommeil devant elle, avant de commencer sa journ\u00e9e de m\u00e9nages. Au moment de s\u2019endormir, Cindy murmura dans un souffle : <em>tu fais chier, Mo<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Ferrari avait \u00e9t\u00e9 pulv\u00e9ris\u00e9e sous l\u2019impact. An\u00e9antie. Quelques restes de t\u00f4les compress\u00e9es. \u00c0 l\u2019or\u00e9e de la for\u00eat, le virage pour descendre vers la ville \u00e9tait un pi\u00e8ge. Surtout \u00e0 quatre heures du matin. 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