{"id":81124,"date":"2022-06-29T08:01:57","date_gmt":"2022-06-29T06:01:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=81124"},"modified":"2022-06-30T06:16:44","modified_gmt":"2022-06-30T04:16:44","slug":"40jours-18-quand-ce-qui-na-pas-ete-edite-ne-vous-laisse-pas-en-paix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-18-quand-ce-qui-na-pas-ete-edite-ne-vous-laisse-pas-en-paix\/","title":{"rendered":"#40jours #18 | quand ce qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9 ne vous laisse pas en paix."},"content":{"rendered":"\n<p>Revenir&nbsp; chez soi quand ce n\u2019est plus chez soi. Ce sentiment de chez soi qui demeure. Le trajet si connu, depuis le centre du village touristique qui l\u2019\u00e9tait de moins en moins avec les boutiques qui fermaient les unes apr\u00e8s les autres \u00e0 part les quelques bistrots avec leur terrasse. Emprunter le chemin de hallage avec la voiture et d\u00e9passer le parking du Delhaize et aussi la maison de retraite qui donne un peu envie celle-l\u00e0, mais pas trop, parce que la vue est jolie, vue sur le bord de l\u2019eau, le ravel qui attire les promeneurs du dimanche et les joggeurs de tous \u00e2ges, les cyclistes aussi. Laisser la voiture sur le bas-c\u00f4t\u00e9 et continuer \u00e0 pied. Le sol recouvert de grandes dalles de b\u00e9ton et maintenant on ne se salit plus les pieds. Entre les feuilles des arbres suivre le cours de l\u2019eau, ses reflets. Le fond qu\u2019on avait dragu\u00e9, qu\u2019on draguait \u00e0 r\u00e9p\u00e9titions, surtout apr\u00e8s les inondations, histoire de faire quelque chose pour \u00e9viter, mais \u00e7a n\u2019\u00e9vitait rien. Le nom pour d\u00e9signer l\u2019endroit o\u00f9 la rivi\u00e8re se s\u00e9pare en formant un \u00eelot central qui finit \u00e0 rien, et le cours d\u2019eau reprend son cours, je l\u2019ai oubli\u00e9. Le camping sur la gauche avec les jardinets des caravanes r\u00e9sidentielles, certaines miteuses, \u00e0 pourrir sur pieds, d\u2019autres qui laissaient r\u00eaveuse, avec ce souci du d\u00e9tail pour si petit espace, les d\u00e9corations qu\u2019on disait kitchs, mais c\u2019\u00e9tait Disney World avant l\u2019heure, je ne m\u2019en suis jamais lass\u00e9e, imaginer la vie des gens aussi, ce vivre \u00e0 l\u2019ann\u00e9e dans une caravane au bord de l\u2019eau, comme vivre dans une cabane de jardin tout le temps, et on aurait le droit ou le cran, un truc dont on vous dit que \u00e7a ne se fait pas en vrai, revenir chez soi pour voir la maison de pr\u00e8s, mais par l\u2019envers, par son c\u00f4t\u00e9 jardin, son c\u00f4t\u00e9 maison au bord de l\u2019eau, se tenir juste de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re qu\u2019on peut traverser \u00e0 la nage, en kayak, en p\u00e9rissoire, \u00e0 pied les ann\u00e9es de grande s\u00e9cheresse, mais c\u2019est rare, pour revenir chez soi. Parce que pour sentir&nbsp; le chez soi il faut garder distance, garder entre la maison et toi, quelque chose qui affirme s\u00e9paration. Il faut la rivi\u00e8re. Elle qui coule vers le pont,&nbsp; le barrage, le village, l\u00e0 o\u00f9 chaque ann\u00e9e les maisons sont inond\u00e9es. Revenir chez soi par l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 par la route, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a&nbsp; plus de trottoir apr\u00e8s le sentier du bord de l\u2019eau, sur l\u2019autre rive, avec les jardins des maisons de ma\u00eetre \u00e0 droite du sentier&nbsp; qui vont en s\u2019amenuisant pour finir \u00e0 rien \u00e0 cause de la forme entre eux et la route qui est un triangle et apr\u00e8s lui il faut longer le muret bas qui s\u2019arr\u00eate \u00e0 intervalles r\u00e9guliers comme petits bancs qu\u2019on aurait align\u00e9s. Ils prot\u00e8gent un peu de l\u2019\u00e0-pic. Il faut marcher dans le peu de terre battue du bas-c\u00f4t\u00e9 de la route quand les voitures et les poids lourds d\u00e9boulent \u00e0 toute vitesse, passer le garage&nbsp; Di Tullio, la belle construction avec de grandes fen\u00eatres et la fa\u00e7ade peinte en blanc, l\u2019enseigne Esso du temps o\u00f9 le village \u00e9tait un lieu de promenade du dimanche, des p\u00e9cheurs, des amoureux, des familles, avec son marchand de glaces tr\u00e8s connu qui existe toujours, avec le m\u00eame nom, La fraise des bois, quand parler du village \u00e0 quelqu\u2019un c\u2019\u00e9tait pour entendre citer le nom du glacier, quand le garage lui tout un temps d\u00e9saffect\u00e9, lorsque Monsieur Di Tullio a cess\u00e9 de travailler, parce que ses deux fils n\u2019ont pas repris bien s\u00fbr, avaient fait des \u00e9tudes, n\u2019auraient plus les mains&nbsp; pleines de cambouis, les mains de ma\u00e7on non plus que leur p\u00e8re avait aussi, parce qu\u2019il l\u2019avait construite lui-m\u00eame la maison au-dessus du garage, il faut passer le garage, continuer \u00e0 marcher, passer, m\u00eame si j\u2019aurais encore beaucoup \u00e0 \u00e9crire \u00e0 se propos, comme elle me consolait, Madame Di Tullio, lorsque je venais pleurer pr\u00e8s d\u2019elle qu\u2019Enzo ne voulait pas jouer avec moi, me refusant \u00e0 comprendre qu\u2019\u00e0 nos \u00e2ges les filles ne jouent pas avec les gar\u00e7ons, sa voix douce o\u00f9 chantait l\u2019accent quand elle me serrait dans ses bras en m\u2019appelant Anna,&nbsp; apr\u00e8s ce garage donc quelques maisons&nbsp; encore, pas tr\u00e8s belles, jusqu\u2019\u00e0 celle de chez moi, pas belle non plus, s\u00e9par\u00e9e des autres, mais pas de beaucoup, en contrebas de la route avec son muret et derri\u00e8re quelques maigres rosiers de mauvaise fa\u00e7on qui s\u2019acharnaient \u00e0 ne pas crever, menac\u00e9s par la voiture qui roulerait trop vite et sortirait de la route, car tout le long de cette route sans trottoir c\u2019\u00e9tait chose courante. Dans le revenir chez soi avec lui adulte, pas Enzo, il y en aurait plusieurs \u00e0 l\u2019adolescence jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re fois. Ce quelque chose qui ne se ferait pas. Revenir chez soi avec lui. Son corps dont le bras reposait sur mes \u00e9paules depuis sa haute taille, c\u2019\u00e9tait pourtant m\u00eame posture qu\u2019avant, ce que ce marcher c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te enlac\u00e9s, ce que \u00e7a&nbsp; m\u2019avait fait croire, ce leurre qui semblait ne devoir jamais prendre fin, mais ce ne serait pas jusqu\u2019\u00e0 revenir chez soi, ce serait jusque l\u00e0 o\u00f9 prend fin le sentier prot\u00e9g\u00e9, on se s\u00e9parerait l\u00e0, et je marcherais seule sur ce tron\u00e7on de route sans trottoir jusque chez moi, m\u00eame si d\u00e9j\u00e0 ce n\u2019\u00e9tait plus chez moi. Toujours ce morceau-l\u00e0 avec les pas de nos deux corps unis sur la terre battue manquerait \u00e0 l\u2019histoire. Il m\u2019avait rendu le parapluie qu\u2019il tenait au-dessus de nos t\u00eates.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Revenir&nbsp; chez soi quand ce n\u2019est plus chez soi. Ce sentiment de chez soi qui demeure. Le trajet si connu, depuis le centre du village touristique qui l\u2019\u00e9tait de moins en moins avec les boutiques qui fermaient les unes apr\u00e8s les autres \u00e0 part les quelques bistrots avec leur terrasse. 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