{"id":8162,"date":"2019-08-03T11:05:24","date_gmt":"2019-08-03T09:05:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=8162"},"modified":"2019-08-03T11:05:27","modified_gmt":"2019-08-03T09:05:27","slug":"petit-bouddha","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/petit-bouddha\/","title":{"rendered":"Petit Bouddha"},"content":{"rendered":"\n<p>Petit\nobjet d&rsquo;environ trois-quatre centim\u00e8tres de hauteur. Une statuette\ntoute en rondeurs, dure, froide, solide. Les yeux clos, le visage\nimberbe, un trait sombre pour la bouche, un nez pointu, un menton\nrond, quelques plis au niveau du cou, les mains jointes, entrem\u00eal\u00e9es,\npos\u00e9es au niveau des genoux. On devine aux reliefs fonc\u00e9s les plis\ndu v\u00eatement ouvert sur un torse nu, robuste et glabre. Cette sorte\nde toge se nomme <em>kesa<\/em>, <em>kasaya<\/em> en sanskrit, ce qui\nsignifie couleur ocre. Le <em>kesa<\/em> est compos\u00e9 de bandes de tissu\nrectangulaire assembl\u00e9es, \u00e9voquant les champs de riz. Il doit \u00eatre\nde couleur sombre, proche de la couleur de la terre. Sur la t\u00eate de\nce bouddha, on trouve une sorte de coiffe \u00e0 picot. Ces pics\nrepr\u00e9senteraient des coquilles d&rsquo;escargot en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une\nl\u00e9gende qui raconte que des escargots, ayant senti la sagesse qui\ns&rsquo;en d\u00e9gageait, se seraient install\u00e9s sur la t\u00eate du bonhomme afin\nde le prot\u00e9ger du soleil un jour o\u00f9 il se reposait contre un arbre.\nLe personnage est assis en tailleur, le dos l\u00e9g\u00e8rement incurv\u00e9,\nimmobile, la t\u00eate sobrement pench\u00e9e en avant, comme rentr\u00e9 en\nlui-m\u00eame. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Une\nfois bien d\u00e9crit l&rsquo;objet, on a envie de s&rsquo;en approcher, de le\ntoucher, d&rsquo;en d\u00e9tailler les contours. On laisse alors son index\nt\u00e2ter les coquilles d&rsquo;escargot au niveau du cr\u00e2ne et l&rsquo;on descend\ndoucement le long des \u00e9paules selon une courbe qui rejoint les mains\nau centre de la statuette. On observe la parfaite sym\u00e9trie du devant\nde la figurine puis l&rsquo;on imagine une coupe sagittale partant du\nsommet de la t\u00eate jusqu&rsquo;entre les jambes. Mais l&rsquo;objet est de\nmati\u00e8re m\u00e9tallique, incassable, alors pas question de le couper en\ndeux&nbsp;! On le soul\u00e8ve par le cr\u00e2ne entre le pouce et l&rsquo;index\nafin de prendre conscience de son poids, son \u00e9paisseur. Sentir le\ncontact froid sous la pulpe des doigts. On le retourne et l&rsquo;on\nd\u00e9couvre non sans quelque d\u00e9ception \u2013 on croyait l&rsquo;objet plein &#8212;\ndeux trous sur le dessous, trop \u00e9troits pour y glisser\nl&rsquo;auriculaire. On scrute alors les anfractuosit\u00e9s intimes de l&rsquo;objet\nau travers des deux trous inutiles. Pour finir par la contemplation\ninterrogative d&rsquo;une inscription en japonais situ\u00e9e \u00e0 peu pr\u00e8s\nentre les deux orifices. On secoue l\u00e9g\u00e8rement, rien ne se passe,\nvide int\u00e9rieur, inertie de la mati\u00e8re. Immobile personnage aux yeux\nind\u00e9finiment clos. Tenir enfin bouddha dans le creux de la main\navant de rechercher une surface plane pour le reposer. Observer les\nreflets clairs sur le gris anthracite brillant, sombre et lumineux \u00e0\nla fois. S&rsquo;en d\u00e9tacher.<\/p>\n\n\n\n<p>Petit\nbouddha \u00e0 la posture paisible et pacifiste dont on sait si peu de\nchoses. Il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un homme au vu du torse d\u00e9nud\u00e9 et des\nsillons finement trac\u00e9s des pectoraux. Existe-t-il seulement des\nrepr\u00e9sentations f\u00e9minines de bouddha&nbsp;? J&rsquo;en doute fort. On ne\nsaura jamais la couleur de ses yeux. On imagine un bonhomme d&rsquo;\u00e2ge\nmoyen. Celui-ci, contrairement \u00e0 d&rsquo;autres, ne pr\u00e9sente pas\nd&#8217;embonpoint. Il est de taille et de corpulence moyennes. Un point,\nque je n&rsquo;avais pas aper\u00e7u la premi\u00e8re fois, brille au milieu de son\nfront entre les deux sourcils. Appel\u00e9 \u00ab \u0153il int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb ou\n\u00ab&nbsp;\u0153il de l&rsquo;\u00e2me&nbsp;\u00bb, il d\u00e9signe m\u00e9taphoriquement le\ntroisi\u00e8me regard, celui de la connaissance de soi. BOUDDHA est un\nterme sanskrit qui signifie <em>\u00e9veill\u00e9<\/em>,\nparticipe pass\u00e9 passif de la racine verbale <em>budh-<\/em>,\n\u00ab&nbsp;s&rsquo;\u00e9veiller&nbsp;\u00bb. Le mien semble pourtant promu \u00e0 un\nsommeil \u00e9ternel&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai\ncherch\u00e9 un objet de petite taille plut\u00f4t insolite et familier dans\nmon environnement quotidien et c&rsquo;est sur lui que je suis tomb\u00e9e. Il\nest si petit qu&rsquo;il passe presque inaper\u00e7u (sans doute l&rsquo;est-il pour\nd&rsquo;autres) d\u00e9pos\u00e9 discr\u00e8tement, d\u00e9licatement, sur le rebord de\nl&rsquo;immense baignoire de la salle de bains. Parfois il change de coin.\nOn l&rsquo;oublie. Stable, solide et pourtant si lointain, \u00e9tranger,\nvoyageur venu de l&rsquo;autre bout du monde. La t\u00eate tourn\u00e9e vers\nl&rsquo;int\u00e9rieur de la baignoire toujours, gardien d&rsquo;intimit\u00e9, garant\nindulgent de ce si fragile temps pour soi. Malgr\u00e9 ses yeux ferm\u00e9s,\nil veille, ouvert sur le monde du dedans. Loin de moi toute vell\u00e9it\u00e9\nm\u00e9ditative, juste le savoir l\u00e0 et attendre qu&rsquo;il me transmette\npeut-\u00eatre un peu de sa sagesse, de sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, de sa pl\u00e9nitude\nqui me font tant d\u00e9faut. Sorte de point d&rsquo;ancrage, d&rsquo;arrimage, sur\nlequel s&rsquo;appuyer, rep\u00e8re s\u00e9curisant, r\u00e9sistant et durable quand\nautour tout vacille. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Petit bouddha de salle de bains, statuette grise, m\u00e9tallique, incongrue au milieu des shampoings, gels douche et bains moussants. Inclassable, incassable, immuable, ignorant du temps qui passe. Il ne porte pas une rayure, pas un accroc, pas une poussi\u00e8re. L&rsquo;eau, les ann\u00e9es, le savon, tout coule sur lui, jamais il ne tr\u00e9buche. Renvers\u00e9, retourn\u00e9, toujours il se rel\u00e8ve, reprend sa place \u00e0 quelque exception pr\u00e8s. Babiole achet\u00e9e pour quelques yens il y a pr\u00e8s de onze ans lors d&rsquo;un voyage de noces au Japon. Petit bouddha aux reflets sombres argent\u00e9s et brillants, discret et solide \u00e0 la fois, la t\u00eate inclin\u00e9e vers l&rsquo;avant dans un mouvement r\u00e9flexif de repli sur soi. Son visage paisible et impassible demeure \u00e9nigmatique, sa tenue in\u00e9branlable. Repr\u00e9sentant d&rsquo;un lointain tout proche, de souvenirs qu&rsquo;on ne souhaiterait jamais r\u00e9volus. Fig\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, statuette de silence bienveillant, d&rsquo;ailleurs, d&rsquo;exotisme. Rep\u00e8re stable dans une existence qui d\u00e9file \u00e0 toute vitesse sans pause ni r\u00e9pit. Point d&rsquo;appui, d&rsquo;\u00e9quilibre permanent et fid\u00e8le dans un quotidien qui ne l&rsquo;est pas toujours. Invariant invuln\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/DSC08647-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-8164\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/DSC08647-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/DSC08647-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/DSC08647-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Petit objet d&rsquo;environ trois-quatre centim\u00e8tres de hauteur. Une statuette toute en rondeurs, dure, froide, solide. 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