{"id":81841,"date":"2022-06-30T22:40:44","date_gmt":"2022-06-30T20:40:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=81841"},"modified":"2022-07-27T02:45:31","modified_gmt":"2022-07-27T00:45:31","slug":"40jours17-meme-quand","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours17-meme-quand\/","title":{"rendered":"#40jours#17 | m\u00eame quand"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"795\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/WILLY-RONIS-USINES-CITROEN-JAVEL-1938-795x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-81842\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/WILLY-RONIS-USINES-CITROEN-JAVEL-1938-795x1024.jpg 795w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/WILLY-RONIS-USINES-CITROEN-JAVEL-1938-326x420.jpg 326w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/WILLY-RONIS-USINES-CITROEN-JAVEL-1938-768x989.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/WILLY-RONIS-USINES-CITROEN-JAVEL-1938-1192x1536.jpg 1192w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/WILLY-RONIS-USINES-CITROEN-JAVEL-1938-1590x2048.jpg 1590w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/06\/WILLY-RONIS-USINES-CITROEN-JAVEL-1938-scaled.jpg 1987w\" sizes=\"auto, (max-width: 795px) 100vw, 795px\" \/><figcaption> WILLY RONIS, USINES CITRO\u00cbN JAVEL &#8211; 1938<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Il est 10h fatigu\u00e9, elles sortent plein soleil, les yeux se plissent, sourient, soulag\u00e9es, harass\u00e9es, les \u00e9paules lasses, le corps p\u00e8se, avant que les actifs du jour entrent, elles, petites mains m\u00e9nage, dos courb\u00e9s, jambes lourdes, \u00e9poussettent, aspirent, lavent puis retournent m\u00e9tro RER pause et retour. Inlassablement les jours passent, les jours p\u00e8sent, elles gagnent \u00e0 peine de quoi remplir pleins le ventre des enfants qui se pr\u00e9parent seuls pour l\u2019\u00e9cole, elles, actives des petits matins encore nuits.<\/p>\n\n\n\n<p>Sourire, sourire fig\u00e9, les clients rois attendent les sourires sinon se plaignent et puis parfois m\u00eame le sourire n\u2019emp\u00eache pas r\u00e2leries saut d\u2019humeur pleine face, des journ\u00e9es de sourires, les joues douloureuses de trop plein semblant, elle rentre et fatigue sourire \u00e0 ses enfants qui qu\u00e9mande les sourires vrais les bisous pleins et la fatigue fig\u00e9e emp\u00eache de pleinement prendre les peaux douces c\u00e2lins. Et puis demain recommencement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les tables rient elle passe \u00e0 travers les yeux les voix, un corps qui pr\u00e9pare et apporte \u00e0 table automate se d\u00e9place habile pour ne pas renverser, satisfaire en gla\u00e7on, elle d\u00e9pose sur les tables de quoi remplir, haut noir court, un plateau greff\u00e9 main passe du bar au tables de la cuisine \u00e0 la terrasse une soir\u00e9e de pas ignor\u00e9s, quelques pi\u00e8ces de reconnaissance oblig\u00e9e, pas tout le temps, le verre trop cher \u00e0 d\u00e9j\u00e0 tout aspir\u00e9. Elle s\u2019active autour ils ne la voient pas les rires la traversent, occuper entre soi. Elle s\u2019active autour des chanteuses qui s s&rsquo;\u00e9poumonent, personne ne les voit non plus, elles sont des bruits de fond.<br>Un tablier pour les hommes, un d\u00e9collet\u00e9 pour les femmes et des talons oblig\u00e9s dit le patron plus belle jambes mais mal aux pieds dit la serveuse. On s\u2019en moque on fait beau pas confort dit le patron.<\/p>\n\n\n\n<p>La journ\u00e9e finie, elle part, le vigile regarde dans son sac, si elle volait? alors le manager fait v\u00e9rifier par le vigile coll\u00e8gue que les coll\u00e8gues vendeuses ne volent pas les articles du grand magasin culture A. Je ne sais pas comment l\u2019interpellation s\u2019accepte sans rechigner, pas comment le manager se dit qu\u2019il peut avoir des employ\u00e9s confiance quand il a si peu confiance, quand la honte devant les clients, quand le malaise.  Un manager n\u2019a pas compris comment unifier plein son magasin. Les directives d\u2019o\u00f9 ? Qui invente ces humiliations pleines? pourquoi comment s\u2019accommode-elle (on)?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle sourit m\u00eame quand le temps manque elle prend le temps avant pleine lumi\u00e8re m\u00eame quand le temps manque elle d\u00e9place les corps lentement m\u00eame quand le temps manque elle pose les mains douceur et lave tendresse m\u00eame quand le temps manque essuie les bouches essuie les vulves les p\u00e9nis les fesses sans brutalit\u00e9 m\u00eame quand le temps manque elle regarde dans les yeux elle parle elle explique elle montre que vivant compte m\u00eame quand le temps manque parce que le temps vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Une m\u00e8re plus vraiment l\u00e0, sa m\u00e9moire perdue dans l\u2019eau de pluie, ruisselle le long des rires. Elle ne sait plus, laver son corps manger sentir le chemin de la maison. Recueillir sa m\u00e8re. Les grands quittent, les a\u00een\u00e9s reviennent. Le nid paille ne prend jamais feu pour qui aime. Ses enfants r\u00e2lent l\u2019indisponibilit\u00e9 m\u00e8re. Ils savent mais voudrait autrement. Une maison sans souvenirs pourrait accueillir la m\u00e8re,les tripes  disent tu dois langer celle qui t&rsquo;a pouss\u00e9 droit. Elle veille la nuit au bruit vigilant comme lorsque les enfants touts petits d\u00e9pendants. Revenir au d\u00e9but, et si la vieillesse croisait nouveau-n\u00e9? Elle lave rassure c\u00e2line mais l\u2019absence, elle ne sait plus qui. Le corps l\u00e0 plus vraiment m\u00e8re. Prendre soin pour rendre ce que re\u00e7u. Les cycles s\u2019inversent. Elle devient gardienne m\u00e8re. Et si le moment venu, ses enfants l&rsquo;abandonnaient maison vieillesse ? Qui dit tu as r\u00e9ussi une vie?<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re la caisse, un bip continu vrille les tempes. Elle l\u2019entend m\u00eame la nuit. Un bip pour chaque article d\u00e9file sur le tapis gris. Et les mains de danser le m\u00eame mouvement continu les poignets geignent les os craquent en fin de journ\u00e9e presque fossilis\u00e9s les bras crisp\u00e9s peinent d\u00e9tente. Les yeux vagues polie bonjour merci bonne journ\u00e9e \u00e7a vous fera tant, seuls les chiffres renouvel\u00e9s.<br>Le matin elle ouvre la porte du vestiaire bleu, glisse son manteau, enfile sa tenue rouge informe chaude l\u2019hiver chaude l\u2019\u00e9t\u00e9, les pieds la d\u00e9pose sur son si\u00e8ge de la caisse n\u00b032 et commence les bips. Elle r\u00eave de soleil vrai face \u00e0 la lumi\u00e8re aveugle. Bip Elle r\u00eave de course \u00e0 pied de dune roul\u00e9e sauvage ensabl\u00e9e. Bip. Elle r\u00eave d\u2019ailleurs mais le loyer pay\u00e9 \u00e0 coup de bip larv\u00e9. Bip. Elle r\u00eave mais reste. Bip. Sa fille a besoin de manger. Bip bip bip bip bip.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est 10h fatigu\u00e9, elles sortent plein soleil, les yeux se plissent, sourient, soulag\u00e9es, harass\u00e9es, les \u00e9paules lasses, le corps p\u00e8se, avant que les actifs du jour entrent, elles, petites mains m\u00e9nage, dos courb\u00e9s, jambes lourdes, \u00e9poussettent, aspirent, lavent puis retournent m\u00e9tro RER pause et retour. 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