{"id":81923,"date":"2022-07-01T09:15:45","date_gmt":"2022-07-01T07:15:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=81923"},"modified":"2022-07-01T09:15:47","modified_gmt":"2022-07-01T07:15:47","slug":"40jours-18-rosaire-des-residences-de-fortune","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-18-rosaire-des-residences-de-fortune\/","title":{"rendered":"40JOURS #18 Rosaire des r\u00e9sidences de fortune"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/RESIZE2P8A7217-echard-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-81928\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/RESIZE2P8A7217-echard-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/RESIZE2P8A7217-echard-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/RESIZE2P8A7217-echard-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/RESIZE2P8A7217-echard.jpg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>\u00a9 Maya Lin<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Il y avait des mois d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il avait rendu les cl\u00e9s de son dernier domicile connu. Le pavillon moche de la banlieue nord qu\u2019il sous-louait \u00e0 une vieille \u2014 et il faudra noter quelque part l\u2019importance des vieilles dans sa trajectoire, et pas seulement Malice, ou la biblioth\u00e9caire, mais tout un r\u00e9seau de petites vieilles avec plus d\u2019un tour dans leur sac en croco, cette mafia de mamies \u00e0 qui on donnait le Bon Dieu sans confession avec une r\u00e9duction carte senior, alors qu\u2019une bonne partie avait sign\u00e9 sans faillir le manifeste des 343\u00a0salopes, ou aurait r\u00eav\u00e9 de le faire, et qui sur le tard, \u00e0 la faveur d\u2019un veuvage ou d\u2019un divorce, s\u2019\u00e9taient largement rattrap\u00e9 dans la dissidence, sous couvert de leurs respectables cheveux blancs \u2014, il y avait pass\u00e9 trois ann\u00e9es assez heureuses. Le voisinage \u00e9tait accommodant\u00a0: un m\u00e9decin, pensez donc\u2009! Il fermait les yeux sur l\u2019ensauvagement du jardin, les visites tardives (oh, toujours tr\u00e8s discr\u00e8tes), ces gens qui habitaient l\u00e0 pendant son absence et dont on ne savait jamais au juste combien ils \u00e9taient. L\u00e0-bas, il esp\u00e9rait encore trouver un am\u00e9nagement, un moyen terme, une fa\u00e7on de faire qui lui permettrait de garder la t\u00eate hors de l\u2019eau. Les cachotteries l\u2019\u00e9moustillaient, il nageait \u00e0 son aise dans les secrets \u2014 et sa pratique en charriait autant qu\u2019un fleuve des alluvions \u2014, il aimait les romans \u00e0 cl\u00e9s, mais la clandestinit\u00e9 \u00e9tait un lointain terrifiant et \u2014 il le croyait alors \u2014 hors de sa port\u00e9e. Il avait du d\u00e9m\u00e9nager vite, si vite qu\u2019il n\u2019emporta rien avec lui qu\u2019un sac et sa grande m\u00e9moire. Le lendemain, la logeuse fit venir comme convenu un camion d\u2019Emma\u00fcs et un autre de la ville, pour les monstres, qui mirent ses possessions en coupes r\u00e9gl\u00e9es. Depuis, on l\u2019h\u00e9bergeait \u00e0 droite et \u00e0 gauche et il lui arrivait de rester suffisamment longtemps dans un endroit pour s\u2019y sentir chez lui\u00a0: l\u2019appartement d\u2019un pianiste modeste, un deux pi\u00e8ces en enfilade qui tournait autour d\u2019une minuscule cour carr\u00e9e, au dernier \u00e9tage avec pour tout vis-\u00e0-vis les docks d\u00e9saffect\u00e9s et le canal, des voisins turcs ou pakistanais, \u00e0 l\u2019exception (l\u00e0 encore) d\u2019une dame de grand \u00e2ge, avec un spectaculaire coup de main pour les plantes, qui transformaient l\u2019avant-dernier \u00e9tage en barri\u00e8re verte contre les intrus. Ce canap\u00e9 o\u00f9 il dormait spectaculairement bien, dans un triplex mal foutu comme tout o\u00f9 cohabitaient comme des gamines du Robinson suisse, deux femmes par ailleurs tr\u00e8s engag\u00e9es dans des vies professionnelles avec des horaires oppos\u00e9s, si bien qu\u2019il n\u2019y avait jamais de bruit sauf le dimanche, l\u2019une allant se coucher quand l\u2019autre se levait. Et \u00e0 pr\u00e9sent que le train l\u2019emm\u00e8ne sans retour, il regrette les longs chuchotis dans leur cuisine en pente, o\u00f9 l\u2019on riait beaucoup en prenant garde de ne pas r\u00e9veiller celle qui dormait sous les combles. Avec celle du matin, les \u00e9changes \u00e9taient plus s\u00e9rieux, et le ton plus libre\u00a0: l\u2019autre avait un sommeil de plomb\u2026 Le grenier de Malice \u2014 reine de la coalition invisible des vieilles dames en faveur de ce jeune homme sympathique et ambigu, qui tirait vers la quarantaine sans qu\u2019elles daignent s\u2019en apercevoir \u2014 pendant les quelques semaines qui avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la liquidation de la maison. Toutes ces piaules, ces niches, ces planques lui avaient permis de rester \u00e0 Paris ou dans ses environs pendant presque deux ans, mais la situation n\u2019\u00e9tait plus tenable. Dans le train qui retournait en province, il \u00e9grainait le double rosaire de ses r\u00e9sidences de fortune et d\u2019autres, plus anciennes, plus lointaines et pour chacune d\u2019elle disait la m\u00eame pri\u00e8re en mani\u00e8re de consolation\u00a0:\u00a0<br><em>Quand tu aimes il faut partir<\/em><br><em>Quitte ta femme quitte ton enfant<\/em><br><em>Quitte ton ami quitte ton amie<\/em><br><em>Quitte ton amante quitte ton amant<\/em><br><em>Quand tu aimes il faut partir<\/em>\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y avait des mois d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il avait rendu les cl\u00e9s de son dernier domicile connu <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/40jours-18-rosaire-des-residences-de-fortune\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">40JOURS #18 Rosaire des r\u00e9sidences de fortune<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":81928,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3251,3535],"tags":[3351,3563,3564],"class_list":["post-81923","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-40jours","category-40jours-18-rentrer","tag-la-chenille","tag-malice","tag-planques"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81923","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=81923"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/81923\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/81928"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=81923"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=81923"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=81923"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}